Actualité Cinéma Photos Fonds d'écran Vidéos 3B Poèmes Histoires
Séries TV Musique Sondages Citations Blagues Jeux Blogs t'Chat Forums
Rechercher

Artang - chapitre 4

Ma colère et ma frustration étaient si fortes qu'elles m'embrouillèrent l'esprit pendant plusieurs heures. Lorsque je me fut calmé et que mes idées furent à nouveau claires, le soleil était déjà très haut dans le ciel. Je me trouvais à présent très loin de mes compagnons, alors que je m'arrêtais et descendais de cheval, je me demandais s'ils m'avaient suivi. Préférant rester seul, j'espérais que ça ne soit pas le cas. Perdu dans mes pensées, je marchais machinalement vers un étang afin d'y faire boire ma monture. Je m'assis en tailleur au bord de l'eau laissant les rennes sur l'encolure de Flèche de manière à ce qu'il puisse se promener librement. Fatigué, j'appuyais ma tête dans le creux de mes mains, accoudé à mes genoux et me laissais aller à la rêverie. Apaisé, j'écoutais le son autour de moi, j'entendis mon destrier crapahuter dans l'eau, les oiseaux gazouiller dans les arbres et le ciel ainsi que le doux bruissement de leurs ailes, le vent souffler dans les épaisses branches des sapins alentours et les torrents glacés s'écoulant des montagnes qui s'élevaient à ma gauche. La faim me titillait le ventre, mais le calme m'entourant m'entraîna dans un sommeil sans rêve.

Une langue râpeuse et le souffle chaud d'une bête reniflant mes cheveux me tirèrent de mon sommeil.

_ Flèche, fiche-moi la paix tu veux ! fis-je en repoussant le museau qui surplombait mon visage. Celui-ci était rugueux et brûlant comme des plaques de métal chaud superposées. Surpris par cette texture inhabituelle pour le pelage d'un cheval, je fis un bond de coté et portais aussitôt la main au pommeau de ma vieille épée. Face à moi, fier et orgueilleux se dressait un dragon plus grand que moi de juste quelques pieds aux écailles rouges et scintillantes. Il était chevauché par un chevalier colossal vêtu d'une armure luisante d'argent. Cette apparition totalement incongrue me laissa bouche bée d'étonnement. Mon regard allait des yeux flamboyants de reptile au heaume ferraillé de son imposant cavalier.
_ Tu te réveille enfin maraud ! déclara une voix caverneuse du fin fond de l'armure.
_ Qui es tu ? demandais non sans méfiance.
_ Quel culot ! Tu oses me tutoyer vilain ? se rengorgea t il en dégainant son épée. Mon nom est Cerfon du Poiret, fils de Durtane, Seigneur des Monts Calarius et du territoire de Valennes.

Faisant glisser à mon tour la lame de son fourreau, et la posant sur ma poitrine comme le veut le code seigneurial du civisme je me présentais en levant la voix de manière à ce que mon interlocuteur puisse m'entendre :

_ Je me nomme Adrien Fermafeu, fils de Aaron Fermafeu, Seigneur de tout Artang et je te salut chevalier du Poiret !

L'homme en face de moi se crispa dans un crissement de fer sur sa monture qui laissa échapper un nuage de fumée de ses naseaux. Sans dire mot, le chevalier glissa péniblement de sa selle dans la cacophonie des crissements et gémissements de son armure, se prit le pied dans l'étrier, battit l'air des bras pour retrouver l'équilibre et enfin, s'écrasa lourdement et misérablement sur le sol. Son épée vola à quelques pas de lui et finit sa course dans l'étang avec un bruit d'éclaboussure. Retenant à grand peine un fou rire, je rangeais mon arme et me précipitais aux cotés de l'homme pour l'aider à se relever.

_ Fichue armure ! grogna t il en retirant son heaume. J'eu d'abord un sursaut surpris. Sous le casque d'argent, là où aurait dû se trouver la tête du chevalier, il n'y avait rien. Mais ma seconde réaction fut cette fois de laisser éclater mon rire en voyant qu'en vérité, seule une petite touffe de cheveux oranges dépassait de l'armure. Alors que je me gaussais en me tenant le ventre et en tapant le sol du pied, Cerfon du Poiret se dégagea de sa ferraille.

_ C'est bon ! Inutile de te moquer seigneur Adrien ! Malgré tout le respect que je te dois, je n'hésiterai pas à te charcuter les côtes si tu continu !
_ Me charcuter ? Avec quoi ? Ton épée est à l'eau ! gloussais je, hilare en me roulant par terre.
_ Il faut avouer que la situation est plutôt cocasse mon pauvre Ulrich. déclama le dragon de sa voix ténébreuse, me calmant du même coup, Quelle idée puéril as tu eu de te faire passer pour un fier chevalier dans l'armure de ton père qui est à l'évidence bien trop grande pour toi !

Je me redressais et, gardant un sourire amusé aux coins des lèvres, j'observais le curieux duo. Le dragon aux allures majestueuses et fières et au regard profond paraissait impressionnant malgré sa petite taille par rapport au jeune garçon trop maigre qui se tenait maladroitement à ses cotés et dont les cheveux roux flamboyaient sous le soleil. Celui ci me regardait en coin, sur son visage couvert de taches de rousseur s'affichait une mimique boudeuse. A son attitude et à son physique me faisait penser à Jessie. Il se dandinait d'un pied sur l'autre l'air gêné, puis se mit à parler :

_ Pardonnes moi mon insolence Seigneur Fermafeu, mais j'ignorais qui tu étais et je n'aurais jamais imaginé te rencontrer ici ! Mon véritable nom est Ulrich Makenbourg, mais je suis réellement le fils de Durtane. Et voici Tarkane un dragon gardien des tours qui s'est fait mon ami !

L'adolescent s'inclina légèrement en guise de salutation,
visiblement mal à l'aise tandis que son compagnon esquissait une révérence tout en souplesse.

_ Eh bien me voici heureux de faire ta connaissance Ulrich, et toi aussi, maître dragon ! Mais je vous en pris, pas de chichi avec moi, je ne suis plus seigneur j'ai quitté le palais de mon père pour voyager à travers le monde…
_ PLUS SEIGNEUR ? beugla soudain mon interlocuteur en me faisant sursauter et tirant un grognement exaspéré de Tarkane. Cela veut dire qu'il n'y a plus d'héritier au trône ! Mais alors, qui règnera à la suite du Seigneur ton père ?
_ Allons, calmes toi voyons, inutile de t'énerver ainsi. lui dis je amusé.
_ Me calmer ? Mais te rends tu compte que s'il n'y a personne pour lui succéder au trône cela signifie qu'il n'y a pas d'avenir pour Artang !
_ … Bon, d'accord, écoutes, je ne vais pas te cacher la vérité, j'ai une mission importante à accomplir, si je ne meurs pas au court de celle ci, je retournerais à Jussey et je succèderais à mon père. Fis-je en le pensant presque sincèrement.
_ Vraiment ? demanda t il sans trop y croire. Elle est si dangereuse que cela ?
_ Cesse donc de t'énerver pour cela, ça n'a pas encore suffisamment d'intérêt. intervint Tarkane.
_ Mais si ça a de l'intérêt ! se récria l'adolescent.
_ Pas pour le moment, si le Seigneur Adrien ne s'en préoccupe pas plus que de sa mission, c'est que celle ci est bien plus importante que d'avoir un héritier pour le trône.

Le garçon se tu.

_ … Bon eh bien, je vais vous laisser. dis je sur le ton de la conversation. Il faut que je me dépêche un peu, j'aimerai traverser cette montagne le plus rapidement poss…

Grouiiiiiic

Le son que produisit mon estomac me fit bondir. Ulrich me regarda avec de grands yeux ronds en me regardant puis il éclata d'un rire tonitruant.

_ Vous comptez nous quitter l'estomac vide messire ? se moqua t il. Voilà qui me paraît une bien drôle d'idée.
_ Eh bien je n'ai pas mangé depuis hier au soir et j'avoue que la faim commence à m'étreindre.
_ Votre Altesse, en tant que fils du Seigneur Durtane, ce serait une joie et un honneur pour ma famille et moi-même que de vous accueillir en notre demeure et de vous offrir gîte et couvert ! ironisa le garçon dans une grande révérence.
_ Ce n'est pas de refus, cela me permettra de faire un peu mieux connaissance avec toi, tu es une personne qui m'est sympathique.

Lorsque le prince entra dans la pièce, il fut d'abord frappé par le manque de luminosité et la chaleur étouffante qui y régnaient. Ses yeux s'habituèrent rapidement aux ténèbres et il put enfin voir autour de lui. Son regard se posa d'abord sur l'immense lit à baldaquins aux lourdes tentures rouge sombre dans lequel son père, souffrant se reposait. Puis il porta son attention sur la jeune fille au regard triste agenouillée à coté. Il s'approcha d'elle et posa une main rassurante sur son épaule avant de s'asseoir à son tour.

_ Comment va t il ?
_ … Son état ne s'est malheureusement pas amélioré…
_ Va t il mourir ?
_ Pourquoi me poser cette question, vous connaissez déjà la réponse, c'est irrémédiable…
_ Je sais… Mais j'avais espéré…
_ L'espoir, voici bien tout ce qu'il nous reste…
_ A lui aussi, cela fait des années qu'il se bat… Il dit qu'il a encore une chose importante à accomplir pour Artang avant de mourir…
_ Quelle est cette chose ?
_ Je n'en ai pas la moindre idée…
_ … Parfois, il marmonne de curieuses choses durant son sommeil…
_ De quoi s'agit il ?
_ … Il dit… Que la guerre n'est pas encore terminée…
_ …
_ … Et aussi qu'il doit « lui » parler avant de partir…
_ A qui doit il parler ?
_ Il ne « lui » a jamais donné de nom…

Le silence se fit à nouveau dans la pièce, pendant un long moment, lourd de tristesse. Lentement, le Seigneur s'éveilla en poussant un grognement. Sur son visage couvert de multiples rides chaque jour un peu plus creuses se lisait une longue et endurante douleur.
Ses yeux gris, presque aveugles se tournèrent péniblement. Ils distinguèrent vaguement deux silhouettes floues, l'une plus grande que l'autre et dont la partie supérieure devait être la tête était munie d'une longue chevelure flamboyante. La voix rauque du vieil homme s'éleva :

_ Mon fils… Te voici de retour…
_ Oui père, je suis là ne vous…
_ L'as tu retrouvée ?
_ Je… le jeune homme baissa les yeux. Non, elle demeure introuvable…
_ Pourquoi… Pourquoi a t il fallut qu'elle parte, pourquoi ?
_ Je suis navré père, elle me fait autant de peine qu'à vous, mais vous la connaissez…
_ … Oui je la connais… tout le portrait de sa mère… Espérons… Espérons que cette fois les dieux l'épargneront… C'est tout ce qu'il nous reste à faire…
_ Ne vous faites pas de soucis père, je la retrouverai, coûte que coûte, même s'il me faut la chercher au-delà des frontières de notre pays ! s'exclama le fils e se redressant vivement et e frappant sa poitrine de son poing.
_ Mon fils…

A ce moment là, quelqu'un frappa à la porte.

_ Entrez ! clama le prince en abandonnant son regard triste pour laisser place à son allure solennelle de grand guerrier.

Un jeune serviteur entra en silence et s'inclina
respectueusement devant ses maîtres.

_ Qu'y a t il Manir ? Aurais tu par hasard des nouvelles de ma sœur pour te permettre de nous déranger ?
_ Non pas de votre sœur Votre Altesse, j'en suis consterné, mais c'est de votre jeune frère qu'il s'agit.
_ Allons, le voici enfin de retour de son escapade ! Je suppose que sa faim l'aura rappelé à sa demeure, dis-lui que je le rejoindrais dès que j'aurai terminé.
_ C'est que… Il n'est pas revenu seul…
_ Vraiment ? Que nous a t il ramené cette fois ci ?
_ Eh bien… Il s'agit d'une personne de la plus haute importance…
_ Eh bien parle ! Pourquoi fais tu tant de mystère ?

_ Ce repas t'a t il satisfait ton Altesse ?
_ Ce fut absolument parfait, je t'en remercie, mais appelles moi par mon prénom, combien de fois faudra t il encore que je te le répète ?

Après avoir rassemblé dans un sac de peau l'armure de son père, Ulrich l'avait confiée à Tarkane et s'était hissé sur son dos avant de m'inviter à le rejoindre. Le dragon nous avait conduit jusque dans un château de pierres sombres et à l'étrange texture bâtit entre d'immenses colonnes de roche qui s'élevaient au cœur des Monts Calarius. Le voyage ne fut pas des plus agréables pour moi, la vitesse et l'altitude m'avaient donné d'affreux vertiges et mon estomac en fut tout retourné. De ce fait, mon appétit s'en retrouva doublé et lorsque Ulrich me présenta une table couverte de mets divers et variés, je m'étais jeté dessus avec avidité. A présent, nous venions de terminer notre repas et mon hôte m'entraîna dans un long couloir tapissé de rouge et dans lequel avaient été exposés des tableaux d'une taille remarquable. Tandis que Ulrich me présentait la peinture la plus grande de toute la collection sur laquelle posait un homme colossal aux yeux gris qui, malgré leur froideur avaient quelque chose de rassurant, quelqu'un arriva dans le couloir.

_ Adrien !

A l'appel de mon nom, je me retournais vers la personne qui l'avait prononcé mais n'eu le temps d'apercevoir qu'une longue chevelure noire avant de me retrouvé enlacé. Repoussant la tête de l'inconnue, je pus enfin voir son visage et à ce moment là, tel un volcan en éruption, deux mots explosèrent dans mon crâne me faisant pousser un cri à la froid surpris et effrayé « Sayuri la Muse »

_ Sa… Sayuri ? m'écriais je affolé.
_ Tu m'as reconnue ! Qu'est ce que je suis contente ! fanfaronna la jeune fille en resserrant son étreinte, ses yeux noir pétillant de joie.
_ Vous vous connaissez ? demanda Ulrich en nous regardant alternativement.
_ Ulrich !

Un homme, aux longs cheveux roux et à la forte carrure, âgé d'une vingtaine d'années accompagné d'un dragon aux écailles d'argent un peu plus grand que lui et d'un jeune serviteur essoufflé qui peinait visiblement à le suivre nous rejoignirent. L'homme avait quelque chose de noble et de fier à la fois, il paraissait, malgré cela quelque peu perturbé et agité, il semblait aussi très fatigué et à la vue des plaques de métal qui protégeaient sa poitrine ses coudes et ses genoux, j'en déduisis qu'il revenait de voyage. Il prit à nouveau la parole, d'une voix qui se voulait forte et autoritaire mais dans laquelle on saisissait un tremblement nerveux :

_ Ulrich, tu aurais pu m'avertir de la présence d'un tel invité en notre palais, cela n'est pas sérieux mon frère ! Sayuri, quelles sont ces manières, tiens-toi correctement, sais eu au moins à qui tu t'adresse.

Après quoi, il me dégagea de la poigne de Sayuri et me parla d'un ton plus doux :

_ Pardonnez le comportement de mon jeune frère et de mon amie, Votre Altesse, je me nomme Sequin Makenbourg, fils de Durtane, Seigneur de ces lieux. Puis m'indiquant de la main le reptile d'argent qui posait sur moi un regard calme et anxieux à la fois. Et voici Tiqui, ma dragonne compagne.
_ Ravie de faire votre connaissance jeune prince. fit la créature en inclinant profondément la tête.
_ Gnagnagna ! Arrêtez un peu tous les deux, vous voyez bien que vous l'embarrassez avec vos politesses !
_ Sayuri ! s'écria Sequin avec reproche.
_ Quoi ? Quoi ? Quoi ? Arrêtez un peu de vous croire au-dessus de tout ! Je connais Adrien depuis longtemps ! Pas vrai ? ajouta t elle en me tendant son plus joli sourire.
_ Euh… Oui… Mais…
_ Ah vous voyez ! clama t elle.
_ Et comment ça se fait que vous vous connaissiez ? demanda Ulrich curieux.
_ Parce que je suis sa fiancée !
_ Quoi ? s'exclamèrent en même temps les deux frères, la dragonne et le serviteur en ouvrant des yeux ronds.
_ Eh, oh ! Pas de méprise ! intervins je. Ce n'est pas MA fiancée !
_ C'est vrai. minauda Sayuri.
_ Mais alors… De qui ? commença Tiqui.
_ Du meilleur ami d'Adrien voyons, Yvan !
_ Qui ? bredouilla Ulrich.
_ Qu'importe ! interrompit Sequin. Seigneur Adrien, je suis navré de vous brusquer ainsi, moi-même je ne comprends pas pourquoi, mais mon père qui est mourrant souhaiterait s'entretenir avec vous avant de rendre son dernier souffle.

Le silence se fit aussitôt tandis que mon interlocuteur dont la voix tremblait sensiblement me regardait avec insistance. Sayuri perdit immédiatement sa mine joyeuse et baissa les yeux, Tiqui me fixait sans ciller, le serviteur prit un air triste et Ulrich s'appuya contre le mur, des larmes commençant à inonder son visage. Le jeune garçon resta ainsi quelques instant puis se jeta soudain dans les bras de son frère en hurlant :

_ C'est pas vrai ! Dis moi que c'est pas vrai ! Père ne va pas mourir ! Il ne peut pas nous abandonner ! Nous n'avons pas encore retrouvé notre sœur ! Il ne peut pas partir sans lui dire adieu !
_ Je suis navré Ulrich, pour moi aussi c'est dur, mais il n'a plus la force de se battre encore, cela fait trop longtemps qu…
_ Tu mens ! Tu mens ! Tu mens ! Tu mens ! cria de plus belle le cadet. Je ne te crois pas ! Il ne peut pas partir ainsi, Notre sœur va revenir, et elle va le soigner ! Elle l'a dit… Elle a dit qu'elle le ferait…

Le garçon se cramponna un peu plus à son aîné, plantant son regard mouillé dans le sien. Sequin le soutint un instant et baissa les yeux. Ulrich recommença à pleurer.

_ Je te déteste ! hurla t il avant de s'enfuir en courant au travers du couloir.

La chambre était sombre et il y faisait très chaud, quand mes yeux furent habitués à l'obscurité, je pus distinguer un très grand lit au milieu de la pièce. Dedans se trouvait un homme d'un grand âge, son visage était creusé de tellement de rides que l'on aurait pu croire qu'il avait vécu suffisamment longtemps pour connaître la Grande Guerre. Ses cheveux blancs, courts étaient collés par la sueur sur son front, une barbe grisonnantes de quelques jours recouvrait en partie son visage. Il respirait lentement et semblait dormir d'un sommeil agité de cauchemars. Il paraissait dans un piteux état.

_ Nous l'avons toujours connu malade, mais avant, il résistait… Il est comme ça depuis que notre sœur, qui est magicienne est partie pour essayer de trouver un moyen de le guérir. Il n'a toujours pas réussit à s'en remettre et moi je n'ai su retrouver ma sœur… fit Sequin derrière moi.

Je contemplais ce triste spectacle sans rien dire. Autour du lit du vieil homme, un prêtre et quatre prêtresses agenouillés étaient plongés dans une profonde méditation. Tenant la main squelettique de son père et pleurant à chaudes larmes, Ulrich se trouvait déjà là et ne semblait pas en mener bien large. Je fis un pas dans la chambre et m'arrêtais. Je venais de me rendre compte qu'en réalité, le vieux souverain était gigantesque. Son corps devait bien être aussi grand que large, et la main que tenait son fils devait bien faire au moins le double du visage de celui ci. Cela me frappa. Je me souvenais soudain du tableau dans le couloir représentant un fier guerrier colossal en armure. Sayuri entra et s'approcha du souffrant en essayant de marcher sur les longues toges des prieurs. Elle posa une main sur l'épaule d'Ulrich pour tenter de le réconforter. Celui ci se retourna vivement et frappa violemment le bras de la jeune fille pour la repousser en criant :

_ Ne me touches pas ! Ne m'approches pas ! Et n'approche pas mon père sorcière ! Et toi non plus maudis fils de roi ! hurla t il en pointant un doigt accusateur sur moi.
_ Fermafeu !

Le prêtre et ses prêtresses bondirent, surpris. Le silence s'établit et chacun se retourna ébahit vers le colosse qui venait de se redresser dans son lit.

_ Plait il ? fis je plus effrayé qu'interloqué.

L'homme me contempla de ses yeux gris, profonds, ternis par
le temps sans dire mot. Son regard devint rapidement insoutenable, mais je fis de gros efforts pour ne pas baisser les yeux.

_ Approches enfant. dit il enfin d'une voix rauque, qui avait dû perdre bien de la vigueur à cause de la maladie.

Je n'avais pas très envie, mais je m'exécutais d'un pas hésitant. Il continuait de me fixer. Ulrich trépignait à son côté mais ne disait mot. Au fur et à mesure que j'avançais, je sentais le regard du vieux seigneur de plus en plus lourd. Arrivé à son chevet, ne sachant que dire, je me tins droit et muet. La main de l'homme se libéra de celle de son fils qui la lâcha à contre-cœur et vint se poser sur l'une de mes joues.

_ Pauvre enfant… murmura t il sans que je ne comprenne pourquoi il disait une pareille chose. Tu ne ressemble pas à celui auquel j'aurais pu croire, mais plutôt à celui auquel je ne m'attendais pas.
_ De… De qui parlez-vous ? bafouillais je.
_ D'un homme qui ne devait pas être bien plus vieux que toi lorsque tout ceci a eu lieu… sa voix devint un souffle sur la fin de sa phrase, il parût soudainement encore plus fatigué qu'il ne l'était avant.

Il se rallongea lentement, reposant sa main sur le matelas.

_ Je suis vieux jeune Fermafeu, j'ai connu ton père et le père de ton père…
Je restais silencieux, mais n'en étais pas moins surpris.
_ Pauvre enfant… répéta t il en fermant les yeux un instant avant de les rouvrir. J'ignore ton nom, mais je peux deviner que si tu t'es aventuré si loin de ta douce ville, et seul, c'est que la roue du destin s'est à nouveau mise en marche…

Il poussa un long soupir et sembla s'endormir.

_ Je… Je ne doute pas de votre parole, mais j'ignore de quoi vous parlez… dis je perturbé.
_ L'ignores tu vraiment ? demanda t il en gardant les yeux clos.
_ Je… Je ne sais pas…
_ N'es tu pas l'élu ?
_ Qu'avez vous dit ? sursautais je sans me contrôler, m'attirant les regards furieux d'Ulrich et des prieurs.
_ Ton ouïe est certainement bien meilleure que la mienne. souffla l'homme sans bouger. Tu as parfaitement entendu.
_ Je… Comment… Comment savez vous cela ? fis je hésitant.
_ Tes prédécesseurs sont tombés dans l'oublie, mais leur existence a marquée à jamais la mienne.

Il déboutonna avec difficulté sa chemise et découvrit sa poitrine. De l'épaule droite à la hanche gauche, une énorme cicatrice palpitante traversait le torse du vieil homme. Plusieurs cris se firent entendre dans la pièce et Sayuri se cacha le visage. Moi je continuais de contempler la plaie, et la vision furtive d'une énorme épée plate déchirant une armure et la chaire d'un homme dans une effusion de sang m'assaillit. Je réprimais un haut le cœur.
La vision avait été rapide mais d'une telle précision qu'elle semblait un souvenir enfoui dans ma mémoire. Ceci m'effraya.

_ L'as tu vu ? murmura l'homme.
_ Vous.. Qui a fait ça ?
_ Il te le dira lui-même… Ou peut être serait ce son compagnon…
_ Qui ça ? Je le connais ? Qui est ce ?

Soudain une pensée traversa mon esprit de manière tellement
percutante que je faillis en tomber à la renverse. Mais c'est d'un ton bas et inquiet que je murmurais :

_ Ne me dites pas que… Qu'il s'agit de…
Je ne pus finir ma phrase tellement l'angoisse me nouait la gorge.
_ Non, il ne s'agit pas de ton père… Je crois bien qu'il avait bien trop peur pour être présent !
_ Peur… Mon père ?

Je ne me souvenais pas d'avoir vu mon père effrayé une seule fois avant le jour où j'avais fait brûler la tête du conseiller.

_ Comme toutes personnes de son âge à l'époque…
_ Je dois avouer que je ne vous suis pas trop… répondis je après un instant de silence.
_ Qu'importe, cela n'a pas d'importance pour le moment…

Silence.

_ Quel est ton nom jeune prince ?
_ Adrien monsieur… mon esprit était un peu embrouillé.
_ Adrien… Triste héritier… il sembla à nouveau s'endormir, son visage constellé de gouttes de sueurs. Cette cicatrice est vivante…

Je ne compris pas.

_ C'est une plaie qui ne se refermera jamais… Et elle me tue chaque jour un peu plus…
_ Et je… Puis je faire quelque chose pour vous ?

Il explosa d'un rire rauque qui se termina par une quinte de toux.

_ Plus personne ne peut rien pour moi à présent… Mais en recevant cette blessure je me suis fait porteur d'un bien lourd message…
_ Que voulez vous dire ?

L'homme grogna en enserrant sa plaie d'où s'écoulait un fin filet de sang. Soudain, la fine peau qui refermait la blessure éclata et l'hémoglobine gicla, le seigneur poussa un râle et tout le monde s'agita.

_ Père ! s'écrièrent Ulrich et Sequin en se précipitant sur lui.

Les prêtresses hurlèrent, le prêtre entama une prière et Sayuri affolée rejoignit les deux frères, suivie de près par le jeune serviteur. Le roi toussa et cracha du sang, aidée du serviteur, Sayuri banda la blessure du souverain comme elle put, celui ci s'appuya avec une poigne féroce sur ses fils et se convulsa.

_ Adrien Fermafeu… gémit il entre deux effusions de sang.
_ Seigneur Durtane, vous ne devriez pas parler, laissez Sayuri vous soigner ! lui recommandais je agité.
_ C'est inutile… geignit il en arrachant les bandages qui enserraient sa poitrine.
_ Ecoute-moi, fils de la dynastie… Toi… Et tes compagnons devez retrouver les quatre seigneurs ailés… Vous devez les retrouver et… Et détruire le sceau… Vous devez le détruire avant que ton sang ne bouillonne ! Retrouves ma fille… Retrouves la… Elle t'aidera… Elle sait… Dis lui… Dis lui que je veux qu'elle le fasse…

L'homme délirait et le sang coulait à flot. Ses dernières paroles furent pour ses fils. Il me regarda une dernière fois et souffla :

_ Tu ne dois pas abandonner… Ton peuple…

Son corps se déchira en deux au niveau de la cicatrice. Les hurlements retentirent encore. Le prêtre et les prêtresses s'enfuirent. Sayuri cria de terreur, je l'entraînais hors de la pièce avec le serviteur…

Histoire publiée le 02/03/2007 à 18h59.
Thèmes : Dragon, Elfe, Fantastique, Magie

Rappel : Ce contenu est protégé par le droit d'auteur. Toute reproduction, même partielle, est interdite sans le consentement de l'auteur.
Dernière visite le 11/07/2008 à 23h55

Dernière visite le 11/07/2008 à 23h55 Mva1822 Dernière visite le 11/07/2008 à 23h55 - Voir ses histoires
 

Ajouter aux favoris
Ajouter aux favoris
Envoyer à un ami
Envoyer à un ami
Attribuer une note
Note 1Note 2Note 3Note 4Note 5
Moyenne (2 votes)
Note 1Note 2Note 3Note 4Note 5

Commentaires

Avatar de arilia

Par arilia le 21/04/2007 à 12h02

super extra !!!!!

Avatar de aglar

Par aglar le 02/04/2007 à 15h20

a quand la suite ?

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire, inscrivez-vous gratuitement !