Asmir, chapitre 1
La brume s'écartait lentement. La lumière qu'offrait le spectacle du soleil rougeoyant derrière les montagnes enneigées, se reflétait dans les prunelles rousses de Loane. La jeune femme, bien droite sur sa jument, regardait les quatre sommets se dessiner devant elle. Une impression de vertige la saisit. Elle se sentait minuscule, insignifiante, face à tant de grandeur, et ne se lassait pas de ce décor presque irréel. Des sabots se rapprochèrent lentement derrière elle. La jeune femme tourna la tête dans leur direction. Son époux s'approchait.
- Sommes-nous bientôt rendus Sir ? demanda-t-elle avec un sourire.
- Si rien ne nous retarde, nous serons à Mordéa demain avant la nuit. Ne soyez donc pas impatiente ma reine, admirez plutôt ce qui s'offre à vous.
- N'ayez crainte, c'est si beau, je pourrais rester là des heures. Nous n'avons pas à Edenia de si beaux paysages.
- Il est vrai que les montagnes y sont rares. Je propose de nous arrêter ici pour la nuit, vous pourrez ainsi admirer le crépuscule.
Hoël porta une corne de nacre à ses lèvres. Un son puissant et grave en sortit, signe que pour tous le moment de s'arrêter était venu. Le reste de la suite, qui les avait rejoint, commença à décharger avec animation les chariots de bois qui transportaient le ravitaillement et le matériel pour les haltes. Hommes et femmes s'affairaient pour dresser le campement avant que la nuit ne tombe. Une vive agitation régnait parmi eux, car la fin du voyage approchait enfin. En moins de deux heures, tout fut installé, et des dizaines de tentes de toile s'étaient multipliées sur le sommet de la colline boisée. Au milieu avait été allumé un grand feu de bois, au-dessus duquel un énorme mouton suspendu à une rôtissoire attendait son sort. Valets, suivantes, gardes et couple royal étaient rassemblés autour des flammes conviviales, assis sur des rondins, et mangeaient avec un enthousiasme partagé. Lorsque la nuit fut tombée, le roi se tourna vers Sophorius, son druide et conseiller.
- Druide, la soirée est belle, je voudrais que tu l'emplisses d'une de tes histoires. Nous ferais-tu cet honneur ?
Les regards se dirigèrent vers Sophorius, brillants et encourageants. Rares et appréciés étaient les récits des druides. Les bardes égayaient les soirées, célébraient les naissances comme les décès, relataient l'histoire d'Asmir et de ses peuples aussi nombreux qu'étranges. Ils chantaient les louanges des héros disparus, les aventures des rois et des dragons, certains mieux que d'autres. Mais les druides avaient un don, et savaient transporter leur public dans ces époques révolues, en effleurant de leurs doigts agiles les cordes de leur instrument.
- Avec plaisir roi Hoël, quel conte te plairait-il ?
- Peu m'importe, ce qui te viendra.
Le vieil homme se leva de la souche sur laquelle il était assis, et se plaça au centre, près du feu crépitant. Son long manteau blanc était parcouru d'ombres ondulantes, et sur son visage, la lumière dorée et tamisée du feu lui donnait un air enchanteur. Il conta ce soir là la légende Draconnis, que tous sur l'Ile d'Asmir connaissaient, mais sans toutefois trop y croire.
- Il y a de cela quatre siècles, Hommes et Hémérides ne formaient qu'un seul peuple, solidaire. Un puissant roi nommé Simeon régnait sur notre Edenia si chère, alors unique cité d'Asmir. Lors d'un festin organisé au palais, une femme aux yeux de cristal se présenta. Le souverain la reçut aimablement, et lui demanda :
- Dame inconnue, quels sont ton nom et la raison de ta venue ?
La jeune femme s'avança vers lui, la tête haute, le regard franc, lumineuse dans sa robe blanche. De sa voix douce et chuchotante, elle répondit :
- Je m'appelle Ganaëlle, je règne sur le Ciel. J'ai quelque chose de très important à te remettre, roi Simeon.
Un mouvement de la main, et comme par magie, quatre cristaux apparurent dans sa paume. Un bruit sourd parcourut la salle, des murmures stupéfaits se propageaient parmi la cour du roi.
- Je te confie ces talismans, les Cœurs des Dragons Draconnis.
- Des Monts Draconnis ? Mais les Dragons ne sont qu'un mythe, Déesse.
- Non Sire, ils sont bien réels. Ces créatures ont été créées par la magie, pour protéger l'île, bien des siècles auparavant. Mais ils s'avérèrent incontrôlables et destructeurs. Pour les arrêter, leurs concepteurs les privèrent de leurs cœurs, que je détiens dans ma paume, puis ils les condamnèrent au sommeil éternel, exilés au sommet des montagnes. J'ai hérité des talismans, mais un être diabolique les réclame. Mes pouvoirs ne sont guère suffisants face aux siens, voilà pourquoi je désire que tu en prennes soin.
- Divine, quel est cet être maléfique ?demanda le roi mortel.
- Ma sœur Méléna, reine du monde souterrain, âme noire et pervertie par le mal. Acceptes-tu ma demande Grand Roi ?
- J'en serais très honoré, Dame Ganaëlle. Mais comment leur garantir une protection plus sûre que la tienne ? Qu'avons-nous de plus que toi, Déesse ?
- Vous êtes beaucoup plus nombreux, ma sœur ne peut vous atteindre directement, et la magie vous protège, votre île en est enveloppée depuis toujours, ne l'oubliez pas. Méléna ne peut nuire pour l'instant sur Asmir, expliqua Ganaëlle à la voix mélodieuse.
Simeon haussa les sourcils, stupéfait. La Divine s'approcha du roi, lui donna les talismans, et posa ses mains délicates sur les siennes.
- De plus, vous détenez un autre bien, beaucoup plus précieux.
- Lequel ? Je ne vois pas ce qui peut repousser la magie noire plus efficacement que tes pouvoirs.
- L'innocence, répondit la Divine avec un regard mystérieux.
- L'innocence ?
- La candeur d'un enfant, la pureté d'une âme, les talismans seront à l'abri près d'un être pur …
Sur ces mots, Ganaëlle sortit de la vaste pièce, et disparut, tel un rêve. »
Sophorius laissa résonner les derniers mots, qui moururent peu à peu dans l'atmosphère enchantée du soir.
- Je t'en prie Druide, ne nous laisse pas languir, réagit Hoël, comme éveillé par le silence.
Autour de lui, des murmures approbateurs semblèrent le soutenir. Sophorius sourit devant la sollicitude des siens, et reprit :
- « Simeon resta quelques instants immobile, les yeux fixés sur l'épaisse porte par où Ganaëlle était sortie. Aucun bruit, aucun mouvement n'étaient perceptibles parmi l'assemblée, peut-être par crainte de troubler l'atmosphère enchanteresse dans laquelle la déesse l'avait plongée. Roi, seigneurs et valets, tous étaient sous le charme de cette apparition angélique, à se demander si l'apparition était réelle ou onirique.
Les cristaux furent placés sous une cloche de verre, dans la chambre du fils de Simeon, Oslim, pour que la noire Méléna ne puisse s'en emparer. Dès lors, la curiosité des hommes pour ces talismans ne cessa de croître, mais le roi résista à l'envie prenante de voir quels pouvaient être les pouvoirs de ces précieuses pierres. Les printemps passèrent, Simeon en ressentait le poids, puis, une nuit, la Mort le rappela à elle. Oslim, âgé d'une vingtaine d'années à peine succéda à son père. La jeunesse et l'impétuosité qui la caractérise en firent un souverain peu responsable, préoccupé davantage à se divertir qu'à s'occuper des problèmes de son peuple et de son royaume.
Un beau jour, les cristaux attirèrent son attention plus que de coutume. Il pensa à la légende Draconnis, aux Quatre Dragons, et se dit qu'avec ces créatures surpuissantes sous son commandement, ses pouvoirs seraient illimités et sa renommée bien plus grande. Malgré l'interdiction de son père avant sa mort, son ambition prit le dessus. Le jeune Oslim convoqua donc ses conseillers, et leur ordonna de rechercher tout ce qui pourrait l'aider dans sa quête. Puis il fit préparer une expédition pour les Monts Draconnis. Quelques semaines plus tard, le roi avait rassemblé une dizaine de guerriers pour l'escorter, un druide, des chevaux et des vivres pour le voyage, sans oublier les quatre talismans. Lors de leur éprouvante ascension, la moitié des hommes moururent, à cause du froid et des dangers de la montagne, qui leur était encore bien trop inconnue. Durant une semaine, les péripéties s'enchaînèrent, et au milieu du septième jour, le petit groupe arriva au sommet du mont le plus élevé. Une énorme statue de glace reposait sur un socle de marbre, un dragon, la gueule béante, les ailes déployées, comme prêt à bondir sur quiconque s'en approcherait. Le druide montra alors à Oslim une petite cavité dans le poitrail de la statue, et lui fit signe d'y placer les cristaux. Le jeune roi les déposa avec précaution, un à un. Son cœur battait dans sa poitrine, car il pouvait sentir la puissance de cette créature l'envahir au fur et à mesure que les talismans regagnaient la bête. Lorsque le dernier eut rejoint sa place, un terrible grondement fit reculer Oslim. Il rejoignit ses hommes qui s'étaient réfugiés à l'abri d'un rocher et observèrent la scène avec terreur et fascination. Les talismans avaient été engloutis par la glace, et les cœurs battaient maintenant dans les entrailles gelées du démon. La glace fondait et l'extraordinaire monstre blanc revint à la vie. Il se dressa de toute sa hauteur, poussant un rugissement infernal, et tourna la tête en direction des autres sommets Draconnis. Les hommes firent de même, et ils purent s'apercevoir que les trois autres bêtes avaient elles aussi retrouver leur apparence de chair et de sang. Le druide informa Oslim que les Dragons ne lui feraient aucun mal, car les cristaux leur avaient été rendus par sa main. Le roi s'approcha donc de l'imposante créature, non sans une crainte alarmante, mais essayant de se donner mine noble et courageuse. D'une voix plus ou moins assurée, il lui dit :
- Dragon, je suis Oslim, roi des Mortels et celui qui vous a rendu la vie. Je voudrais que tu unisses ta force à la mienne en gage de gratitude, pour dominer l'Ile.
Le Dragon se campa sur le piédestal de marbre, se grandissant et toisant ce petit être d'un regard amusé.
- Mon nom est Tolmeï. Tu es bien effronté petit roi. Pourquoi devrais-je éprouver la moindre once de reconnaissance ? En quoi devrais-je t'obéir ? Tu es venu ici par pur intérêt, ma délivrance ne fait pas de toi mon maître.
- Je vous offre une partie de l'île à toi et à tes frères, en échange de votre coopération, lança le jeune inconscient, pris au dépourvu.
Les autres Dragons avaient pendant ce temps regagné la montagne, et entourèrent Oslim. Tolmeï jeta un bref coup d'œil à ses frères, et répondit :
- Nous n'obéissons à personne, petit roi, et en aucun cas à des créatures dont nous apprécions la chair.
Les gardes tremblèrent à ces paroles. Pyrrhus, le Dragon de Feu, sentit cette odeur se dégageant des hommes, l'odeur de la peur. Il se tourna vers eux, les scrutant d'un regard famélique, imité par Ydriss et Astor, les Dragons de l'Eau et du Vent. Ils avançaient lentement vers les mortels apeurés, d'un pas posé et menaçant, contrôlant chaque muscle, prêts à bondir comme s'ils craignaient que leurs proies ne leur échappent. Oslim s'adressa à Tolmeï d'un regard implorant :
- Tu ne peux pas les laisser les dévorer ! Ce sont mes meilleurs guerriers, c'est aussi grâce à eux que vous respirez en cet instant !
- Pardonne mes frères, Mortel, ils n'ont pas mangé depuis des siècles. Ton royaume ne sera pas privé d'une poignée d'individus.
Derrière eux, des cris déchirants retentirent, des hurlements atroces s'élevèrent, et quelques secondes après, un calme pesant tomba sur le sommet de la montagne. »
A cet instant, le visage de Sophorius, éclairé par les flammes, prit un aspect inquiétant qui transmettait à son auditoire une angoisse apparente. Avant qu'Hoël ne le presse de nouveau, il continua son histoire :
- « Oslim se retrouva seul avec les créatures impitoyables. Celles-ci, tout de même conscientes du rôle qu'avait joué celui-ci, l'épargnèrent et le reconduisirent à Edenia, où ils semèrent panique et désolation. Notre ville splendide fut balayée, brûlée, gelée, inondée, chacun des monstres laissant sa signature sur la cité. Oslim ne les contrôlaient pas, les horreurs infernales faisaient régner terreur et misère, brûlant les récoltes, dévorant bétail et gens du peuple. Le roi mortel, à défaut d'une renommée et d'une gloire à l'image de son égocentrisme, se vit aussitôt attribuer la faute. Asmir sombrait et l'anarchie s'installait. Oslim avait perdu toute autorité, et n'exerçait plus aucun pouvoir sur son peuple. A cela s'ajoutaient des différents entre Mortels et Hémérides, ces derniers voulant agir, et faire appel à des forces plus puissantes pour vaincre les monstres. Ils décidèrent de fuir vers l'ouest, où ils fondèrent tant bien que mal celle qui devint la belle Héméra. Un peuple divisé, terrorisé et soumis à leur volonté … les Dragons jubilaient. Ils firent vivre un véritable Enfer sur notre chère Asmir, et cela pendant près de trente années. Mais un beau jour, un homme du nom de Méal se présenta devant le roi, et lui tint ces propos :
- Roi Mortel, je suis venu pour te proposer mon aide. Mon nom est Méal, prince Héméride, fils du roi Lenny. Je te demande de m'accorder une faveur, pour tenter de vaincre les Quatre Seigneurs.
- Parle sans retenue Prince, ta requête nous laisse espérer une issue à cette situation effarante.
- Sir, la reine Ganaëlle me fait dire de préparer les druides les plus compétents de nos cités, car avec leur aide, peut-être pourra-t-elle mettre fin au règne des Dragons. Un puissant sortilège existe pour les renvoyer à leur état premier, mais il requiert un nombre important de ces prodigieux sorciers.
- Il en sera comme tu dis, répondit Oslim. Je ferais savoir aux druides d'Edenia que la Divine a besoin d'eux pour libérer notre île. Mais n‘avertissons pas nos peuples, car ils placeraient un bien trop grand espoir en vous, et si la tentative échouait, leur déception serait fatale.
- Cela n'échouera pas Roi Oslim, j'y veillerai, affirma Méal plein de certitude.
Le roi comme promis, fit venir ses druides les plus puissants, qui se joignirent à leurs confrères Hémérides. Guidés par le Prince Méal, ils se dirigèrent vers la Forêt Interdite, aux flancs des Monts Draconnis, se cachant et marchant à couvert, pour plus de sécurité. Des kilomètres de végétation s'étendaient à perte de vue aux pieds de ces montagnes. Méal conduisit les sorciers au cœur de la forêt, dans un lieu où les sous-bois ne laissent pas la place à la lumière. Devant eux, une sombre clairière leur parut, avec en son centre, une large dalle de pierre grise entourée de quatre hauts piliers. »
- Sophorius, cette forêt, ne l'avons nous pas traversée aujourd'hui ? interrompit Loane.
- En effet ma reine, mais elle a bien changé depuis toutes ces années.
- Le temple y est-il toujours ? J'aurais tant aimé le voir.
- Oui Dame Loane, mais il est difficile d'y accéder, personne ne sait réellement où il se trouve, répondit-il.
Le druide reprit ensuite son histoire là où elle l'avait interrompu :
- « Devant le Cromlech se tenait, avec une prestance envoûtante, la Divine Ganaëlle aux yeux de cristal. Elle tendit les bras pour accueillir Méal, qui descendit de son cheval pour aller la saluer. Il désigna les druides de la main qu'elle serra en guise de remerciement pour les avoir convaincu de venir. La Reine avança vers eux d'un pas majestueux, et leur tint ce discours :
- Druides d'Asmir, le sort de notre île est à présent entre nos mains, et je vous suis d'une infinie reconnaissance d'avoir répondu à mon appel. Je connais le moyen de rendre la paix sur notre terre.
Ganaëlle se tut, baissa les yeux et se pinça les lèvres, comme si quelque chose en elle lui pesait.
- Qu'y a t-il Ganaëlle, qu'est ce qui ne va pas ? demanda un des sorciers.
- Mais … cette liberté aura un prix.
Des murmures se propagèrent dans l'assemblée druidique. Tous étaient soucieux d'apprendre de quoi relevait cette contrainte. Le même homme s'adressa de nouveau à la reine :
- Ganaëlle, peu importe le prix, le sacrifice, nous devons sauver Asmir du chaos Draconien. C'est notre devoir, et nous l'accomplirons avec honneur.
A ces paroles, les druides acquiescèrent d'un hochement de tête solennel.
- Je vais donc vous dire de quoi il en résulte, avança la Déesse. Quatre d'entre vous devront être sacrifiés afin que les Dragons soient renvoyés au sommet de leurs demeures de glace. La décision ne sera pas simple à prendre je le conçois, mais vous avez la nuit pour vous décider, et me transmettrez votre réponse au petit matin.
Sur ces paroles attristantes, la blanche Ganaëlle leva les mains vers le ciel, et disparut dans un nuage de brume.
Les druides se réunirent donc pendant la nuit, et quatre volontaires se désignèrent pour le sacrifice. Après une courte et difficile nuit, la Reine revint donc à l'aube et les druides la suivirent pour le rituel. Toute la journée, les quatre hommes, entièrement vêtus de blanc, furent soumis aux préparations en vue de la cérémonie. Lorsque le soleil commença à décliner, chassant le peu de clarté qu'offrait la lumière du jour dans la clairière, Ganaëlle appela tous les druides à se rassembler autour du Cromlech. Les trente sorciers encerclèrent le piédestal et les piliers du temple. Elle fit ensuite venir les mages désignés, qui se postèrent chacun au pied d'une des hautes colonnes, le dos contre la surface lisse et froide de la pierre. Toute la clairière était plongée dans l'obscurité singulière de cette nuit sans lune. C'était comme si plus rien autour n'existait en cet instant. Un silence tendu s'était installé parmi les druides, dont les yeux semblaient hypnotisés par la scène. Avec des gestes soignés et mesurés, Ganaëlle lia les mains des offrants derrière les piliers, de sorte qu'ils ne pouvaient plus reculer. Elle prit ensuite deux fioles de verre tirées de sa robe blanche. L'une était vide, l'autre contenait un liquide rouge presque brun et elle en marqua les quatre hommes d'une croix sur le front. Elle reprit sa place au centre et les druides, cernant le Cromlech, entamèrent leurs psalmodies monocordes qui devaient accompagner les incantations. Méal, resté en arrière, observait ce spectacle ensorcelant, les mains croisées sur son cœur, priant pour que le sacrifice ne se révèle pas vain. Un rayon de lumière opaque, venant du ciel, éclairait Ganaëlle, sur la grande dalle grise. Elle était comme un ange dans l'obscurité. D'un regard, elle fit comprendre au prince Méal qu'il devait la rejoindre. Lorsqu'il fut à ses côtés, la Divine lui tendit la fiole pleine, sans un mot. Seul le chant des druides trahissait le lourd silence de la cérémonie. Ganaëlle détacha une fine aiguille de la manche de sa robe, et piqua un doigt de la main libre du prince. Elle recueillit les quelques gouttes de sang qui coulèrent dans la fiole qu'elle détenait et récupéra ensuite la petite bouteille de verre. Méal fut ensuite écarté, et invité à regagner sa place à l'orée de la clairière. Ganaëlle prononça alors les paroles qui devaient tout changer.
Le liquide rouge, le sang des dragons, fut mêlé à celui de Méal, sous les incantations de la déesse. La lumière qui l'éclairait jusqu'alors se fit plus intense, plus éclatante, le chant des druides plus envoûtant et oppressant, si bien que le cœur du prince se mit à battre, à battre comme jamais. La blonde chevelure de Ganaëlle ondulait sous un souffle qui ne semblait venir de nulle part. Elle se tenait sur la dalle de pierre, immobile, les yeux fermés, enveloppée par cette agitation extraordinaire. Les chants se faisaient de plus en plus forts et soutenus, jusqu'à ce qu'un cri déchirant retentisse. Un éclair zébra le ciel sans lune, et illumina la clairière. Tous virent le Dragon Blanc apparaître dans les airs. La Divine proféra les paroles magiques, et la bête, dans un cri à glacer le sang, disparu, comme happée par un tourbillon cauchemardesque, s'échappant du corps d'un des druides. Lorsque la première rafale s'éteignit, Méal vit avec tristesse le premier sacrifié, à terre, sans vie. Puis vint Pyrrhus, Hydriss et Astor, qui connurent le même sort que leur abominable frère. Ils disparurent dans les ténèbres, aspirés par les puissantes tornades créent par Ganaëlle, pour retrouver leur place originelle. Mais, un à un, les sorciers tombèrent. Jamais ils n'eurent l'occasion de voir de nouveau leur île en paix. Lorsque le rituel fut terminé, et que tous réalisèrent que les monstres n'étaient plus, Méal vint saluer le courage des quatre disparus. Il délia les corps de leurs entraves, et leur rendit un dernier hommage. Ganaëlle vint à lui, le serra dans ses bras, et lui dit ceci :
- Ne t'inquiète pas Prince, ils ont été honorés de libérer leurs semblables. Nous avons réussi, maintenant, nous allons ensembles reconstruire Asmir et ses cités.
Elle lui montra les quatre cristaux retrouvés, symboles de leur victoire sur les monstres révoqués. Plus tard, lorsque l'île eut recouvré sa sérénité, elle les répartit entre les souverains d'Asmir, afin que jamais un homme ne les détienne à nouveau. »
La voix du druide s'éteint lentement, et les auditeurs restèrent quelques secondes immobiles, réfléchissant à ses paroles.
- Merci Druide pour ce conte, rappelons-nous de lui, pour le bien de notre pays, dit Hoël. Puis, se tournant vers ses sujets : Allons mes amis, il se fait tard, une longue route nous attend demain, regagnons nos tentes. »
Hommes et femmes lui obéirent, se levant péniblement, engourdis par l'histoire.
Hoël, dans la tente royale, ouvrit un petit coffret de bois molletonné de velours pourpre, et pris délicatement le joyau vert qui s'y trouvait, cœur du Dragon du Vent, Astor. Il le contempla, pensif, et se jura une nouvelle fois que de son vivant, nul ne s'en emparerait.
Histoire publiée le 21/12/2007 à 17h09.
Thèmes : Fantastique, Île, Légende
|
| Ajouter aux favoris |
Envoyer à un ami |
Moyenne (1 vote) ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |



Par amere le 04/01/2008 à 12h09
Je n'ai pas compris ... "tu y viens ?"
Et ui, c'est le premier chapitre, qui explique un peu le vécu.
Par noir-fluo le 03/01/2008 à 12h49
a c'est ça ton recit ..... hmmm oui si j'ai un peu de temps j'y vient ^^ nan mais il faut bien !
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire, inscrivez-vous gratuitement !