Bal de Minuit
C'est avec beaucoup de grâce que mes amies et moi-même descendîmes de la voiture. Après tout, nous étions des princesses pour la soirée. Le père d'une de mes quatre amies présentes, avait loué un manoir afin que nous y célébrions dignement les dix-huit ans de sa fille. Nous étions donc parées de longue robe s'apparentant à celles des contes de fées. Une calèche et son cocher nous attendaient aux portes de la propriété. Léna dit au revoir à son père qui promit de revenir nous rechercher demain, au matin. La calèche traversa un parc boisé et ensuite des jardins aux massifs floraux illuminés par les derniers rayons de soleil de la journée. Je pouvais sentir une douce odeur de rose. Nous fûmes bientôt dans le hall d'entrée de notre château. Il était immense. Les bougies l'éclairaient mal mais on pouvait distinguer deux escaliers de part et d'autre de la pièce qui conduisaient à l'étage, ainsi que deux portes, l'une de chaque coté de la pièce. Deux serviteurs ouvrirent une large porte, au fond, juste en face de la porte d'entrée.
Nous pénétrâmes dans une salle de bal. Je n'en revenais pas tant tout était beau. Une table se dressait en plein milieu de la pièce et était garnie d'une montagne de mets qui nous ramenaient à notre époque. Nous mangeâmes un peu avant que Léna nous entraîne dans une valse sans autre cavalier que nous-mêmes. Manquant une personne pour former un troisième couple, je les regardais danser. Léna, avec ses dix-huit ans à présent, était la plus âgée d'entre nous et ma meilleure amie. Elle tentait vainement de tirer quelques pas à Edwine, la plus timide. Et enfin, les jumelles Sophie et Nathalie, semblaient plus douées en danse que l'autre couple. Au bout de deux heures de dentelle et rubans tourbillonnant au rythme de la musique, je m'assis à terre. Je retirai mes chaussures à talons et les envoyai sous la table d'un geste du bras. Bien vite je ne fus plus la seule assise au milieu de la salle. Nous discutâmes longtemps quand Edwine se leva et quitta la salle. Elle voulait trouver un miroir pour se remaquiller.
Près d'une demi-heure plus tard, elle n'était pas revenue. Inquiètes, après quelques plaisanteries au sujet de son éventuel égarement dans les couloirs sombres du manoir, nous quittâmes la pièce. Les serviteurs du début de soirée étaient partis en éteignant les bougies du hall d'entrée. Je tirai une tenture, devant une large fenêtre, pour qu'un rayon de lune nous éclaire. Nous appelâmes plusieurs fois Edwine mais nous n'obtînmes pas de réponse. Nous partîmes donc à sa recherche, en commençant par l'étage. Je retournai d'abord à la salle de bal pour y chercher un chandelier afin d'éclairer nos pas. Léna décréta qu'il valait mieux que Sophie et Nathalie reste au rez-de-chaussée. En montant les marches vers les chambres, je me demandai si l'électricité était installée. Cela nous aurait bien facilité la tâche, mais je ne remarquai aucun interrupteur où signe contemporain. J'appelai de nouveau Edwine mais encore une fois je n'obtins que le retour du silence. Léna serra mon bras en me murmurant qu'elle avait entendu du bruit. Je tremblais malgré moi et je m'avançai vers l'endroit qu'elle indiquait. La porte était entrouverte, je la poussai légèrement quand un cri sinistre m'arriva aux oreilles.
C'était Edwine, j'en étais persuadée. Mais le hurlement ne venait pas de cette pièce, mais celle d'à coté. Je courus jusqu'à celle-ci et forçai la porte pour qu'elle s'ouvre. Elle ne céda pas et resta fermée. Je tapai dessus, en appelant mon amie. Je me tournai vers Léna pour qu'elle m'aide à ouvrir la porte mais elle avait disparu. Un parfum de rose traversait la porte. Je fracassai une dernière fois mon poing dessus avant de retourner au hall, pensant que ma meilleure amie avait pris peur et s'était enfuie… mais non, personne… il n'y avait personne. Je criai alors après elle… ensuite j'appelai les jumelles… mais personne ne me répondit. L'obscurité m'étouffait, le silence m'entourait, j'étais seule… Un craquement sec, à peine audible, venant de l'étage, me fit sursauter.
Je fermai les yeux et comptai jusqu'à cinq pour remettre en place mes idées. Ce délai passé, je remontai les escaliers. La porte que j'avais voulu ouvrir tout à l'heure était déverrouillée. Je restai en face, presqu'incapable de faire le moindre geste. Je m'expliquai l'incident en pensant que Léna avait trouvé la clé et était entrée. A cette idée, je rentrai donc dans la pièce à l'odeur de rose, bien trop forte.
Je tendis mon bras, droit devant moi pour que la lueur des bougies éclaire aussi loin que possible. Il n'y avait rien d'anormal, à première vue. Toujours pas de trace de mes amies. Je m'aventurai pourtant plus loin. La porte claqua dans mon dos. Je me retournai brusquement et manquai de lâcher les chandelles. Je secouai la poignée pour ouvrir cette porte mais comme pour la première fois, elle ne céda pas. Je déposai le chandelier sur une petite table et allait ouvrir les tentures. Je marchai alors sur un liquide tiède, épais… Qu'est-ce qu'il m'avait pris de retirer mes chaussures ? J'écartai d'un coup sec les tentures et la pièce fut immédiatement plus claire. Je remarquai la couleur du liquide… du sang… une marre de sang recouvrait le parquet. Il s'étalait autour d'un corps… Je reconnus Edwine. Je me jetai à genoux auprès d'elle. Elle était morte, le visage fermé, droite, elle donnait l'impression de dormir. Elle tenait de ses deux mains, une rose sur sa poitrine. J'éclatai en sanglot mais je n'eus que peu de temps avant que quelqu'un… quelque chose ne touche à la poignée. Il fallait que je parte d'ici… Je regardai les fenêtres à contrecœur. J'en ouvris une et aperçus, presqu'avec joie, que du lierre escaladait le manoir. La véritable chance consistait plus dans le fait que l'étage n'était pas trop haut.
Je fus rapidement arrivée en bas et courus vers les grilles. Je m'arrêtai après quelques dizaines de mètres… Je ne pouvais pas laisser mes amies ainsi ! J'étais complètement apeurée, tremblant et pleurant dans les graviers d'une allée du jardin. Je restai là, attendant… sans savoir quoi… je ne parvenais pas à me calmée ni à retrouver suffisamment de courage pour retourner dans le manoir. Soudain je remarquai que les gravillons crissaient, quelqu'un marchait dans une allée proche. Je me reculai dans un buisson, ramenant ma robe pleine de sang contre moi, veillant qu'elle ne dépasse pas. La personne se mit à courir… M'avait-elle vue ? Entendue ? Non… Je retenais mon souffle… Une jeune femme portant une longue robe blanche passa à coté de moi, sans me voir… Quand elle s'éloigna je pu remarquer sa coiffure, la même que Léna. Je bougeais mon bras et de ce fait, les buissons. La jeune fille s'arrêta, fit volte face… c'était bien Léna ! Je sortis de ma cachette alors qu'elle se remettait à courir. Je l'appelai à voix basse, de peur qu'on nous entende. Quand elle remarqua qu'il s'agissait de moi, nous tombâmes dans les bras de l'autre. Elle m'expliqua rapidement que tout à l'heure elle avait voulu rejoindre Sophie et Nathalie et qu'elle les avait retrouvées. Elles étaient mortes, comme Edwine. Une rose ornait leur poitrine. La pièce empestait l'odeur de cette fleur. Mais Léna apporta un sombre détail. Les roses étaient là pour cacher une plaie béante au niveau du cœur.
Alors qu'elle m'expliquait comment elle était sortie du manoir, je lui fis signe de se taire. Je frissonnai sous une brise et je remarquai que des fontaines d'eau se mettaient à fonctionner, une à une. Le léger clapotement de l'eau m'était insupportable. Il couvrait les autres bruits. D'un autre coté, nous pouvions en profiter aussi. J'attrapai la main de Léna et la tirait vers une allée dont la haie était plus haute, cela nous permettrait de mieux nous cacher. Il fallait que l'on sorte de la propriété. Mais nous étions loin des grilles et encore plus loin du village le plus proche. Le manoir était isolé de tout. Je courrai vers les bois, tenant toujours fermement la main de mon amie. Elle me demanda bientôt de s'arrêter, à bout de souffle. J'essayai, pendant cette pause de comprendre ce qu'il s'était passé. Comment une si belle fête pouvait-elle se terminer ainsi ? Qui nous voulait du mal ? Qu'est-ce qu'Edwine… Nathalie … Sophie avaient bien pu faire pour mériter cela ? Et nous, Léna et moi … qu'est-ce qu'on allait devenir ? Je ne voulais pas mourir !
Nous restâmes à cet endroit un long moment. Mes pieds nus, saignaient. Je consolai Léna qui se culpabilisait de la mort de nos amies. C'était sa fête d'anniversaire mais elle ne les avait pas tuées. Je revoyais sans cesse l'image d'Edwine dans son sang, ses cheveux blonds détachés, ses yeux clos, cette rose… et cette odeur horrible. Cette odeur qui se rapprochait de nous… Je secouai Léna qui somnolait. Elle me confirma que ce n'était pas mon imagination. Il fallait partir, au plus vite. Je repartais en direction des bois. Je me retournai une fois afin de vérifier que Léna me suivait bien. Ma robe s'accrochait dans les ronces, se déchirait, se salissait et me ralentissait, surtout. Au bout de 10 minutes de course folle, je m'arrêtai et m'adossait contre un arbre. Puis je m'aperçu que Léna ne me suivait plus. Je me maudis de m'être séparée d'elle et je revins sur mes pas. Je trouvai un ruban de sa robe accroché dans des fougères, c'était tout… elle avait également disparu. Je pris le risque de crier après elle… mais je me retrouvais encore face au silence.
J'étais perdue, anéantie, sans amie, j'étais seule… Je me laissais tombée contre un arbre en pleurant. Je n'avais plus d'espoir de me sortir de là, c'était mon tour à présent. Quelques minutes plus tard, je localisai Léna grâce à un hurlement perçant. Remplie de rage, plus que de raisons je me précipitai en direction du son. Je la trouvai, comme j'avais découvert Edwine, morte. Sur son corsage blanc grandissait une tâche rouge que la fleur sur sa poitrine ne parvenait plus à cacher. Mais plus que la vue de mon amie sans vie, c'était l'odeur de rose qui m'écœurait. J'hurlai désespérément à l'assassin de mes amies qu'il se montre. Je lui demandai juste de voir son visage avant qu'il ne termine son œuvre. Mon cœur battait trop vite dans ma poitrine. Je tournai sur moi-même, attendant une apparition. Encore une fois personne ne répondit à mes appels, à mes demandes. Je retournai auprès du corps de Léna. Ma meilleure amie depuis tant d'année était morte… je n'avais pu rien faire. Je ne pouvais que la regarder, me rappeler de tant de chose à son sujet, mais c'était tout. Même tenter de m'enfuir ne me faisait pas envie.
Je regardai une dernière fois le visage de Léna et je partais… juste en marchant… attendant que l'on me tue à mon tour puisqu'il devait en être ainsi. Je rejoignis l'allée principale que la calèche avait empruntée il y avait quelques heures à peine. J'avais tellement peur, que je ne savais plus réfléchir à une solution pour me sortir d'ici. En levant les yeux vers le ciel, j'eu l'impression que l'aube arrivait. Je ne connaissais pas l'heure mais j'étais sûre que l'aurore peinait à arriver. J'arrivai devant les grilles, je les saisi, les secouai mais elles ne bougèrent pas. Un parfum de rose se mêlait peu à peu à l'air. Je n'osais pas regarder derrière moi. Les larmes me piquaient les yeux. J'étais terrifiée par ce qui arrivait dans mon dos… J'entendais des pas, le bruissement d'un tissu contre le sol, comme une robe… Je fermai les yeux...
« Julie, dit Léna, Julie… Réveilles-toi, nous sommes arrivées.»
J'ouvrai les yeux et regardai Léna dans une longue robe blanche, telle une princesse scintillant de mille feux. Je sortis de la voiture après elle. Je regardai autour de moi. Nous étions face à une large grille qui s'ouvrirait sur notre palais d'une nuit. Je respirai un doux parfum de rose et sourri. Nous allions passé une soirée inoubliable.
Histoire publiée le 06/05/2008 à 17h39.
Thèmes : Amitié, Anniversaire, Bal, Fantastique, Meurte, Nuit
|
| Ajouter aux favoris |
Envoyer à un ami |
Moyenne (4 votes) ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |



Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à en rédiger un !
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire, inscrivez-vous gratuitement !