Belle... ma nuit
Belle... ma nuit
De bonnes âmes m'ont tout raconté, je sais bien que la nuit n'est pas du tout semblable au jour, que les choses y sont bien différentes. La nuit, c'est l'heure où tout est gris et sombre. Seules subsistent quelques ombres fantomatiques et gigantesques qui s'étirent et se collent le long des murs. Elles sont posées là, au hasard, par une lune changeante et capricieuse ou l'éclairage factice et fugace d'une lampe. La nuit, on vit autrement que le jour, une vie insolite qui se prête à tous les excès et multiplie les folies. On ne peut même pas expliquer toutes ces extravagances à la lumière du jour puisque, quand la rose attend la rosée du matin, lorsque s'allume la clarté, telles des hallucinations, elles n'existent plus. Envolées folies et chimères, effacées pour laisser place au mystère doublé du soupçon de magie d'une journée bien éclairée.
Le jour sérieux est oublieux des phantasmes nocturnes, vous vivez en clignant des yeux, heureux de voir une journée nouvelle. Pour un peu qu'elle soit radieuse, la gaieté vous submerge et vous distribuez vos sourires aux inconnus qui passent. Ceux-là même que vous avez peut-être croisés, dans la nuit, sans les reconnaître. D'autres profitent du creux de leurs draps pour imaginer un destin meilleur et penser à l'avenir. Pour exorciser leur malheur ou se projeter dans un favorable destin. Ou encore rêver aux plus belles choses qu'elles souhaitent obtenir. Le rêve devient beaucoup trop rarement réalité. Vous vivez deux demi-vies sans trop savoir quelle en est la meilleure partie. Pour la majorité d'entre vous, votre lit, ce n'est qu'une couche servant simplement à dormir quand tombe l'obscurité. La journée, seuls les draps froissés attestent votre passage dans le monde de l'opacité, où les yeux fermés, vous n'avez fait que des rêves sans lendemain, si vite oubliés.
Pour moi ! Le jour ? La nuit ? Le jour et la nuit n'existent pas, c'est du pareil au même. Je vis dans un jour qui est égal à la nuit. Ni plus clair ni plus sombre. Les paysages ensoleillés, je ne connais pas, tout comme ce que vous voyez sans le voir. Vite et machinalement regardé, sitôt égaré dans votre esprit encombré, débordant d'images et de mots. En passant au même endroit, je n'ai rien vu, j'ai simplement tout imaginé !
Triste vie ? Ne croyez pas cette idée bien mal reçue ! Qui devient fragile et ridicule quand la lumière s'éteint et, dans le noir oublie son chemin, sa vie et son destin ? Ce n'est pas moi ! Mais qui se souvient de l'eau de toilette que portait son amie la dernière fois qu'elle l'a rencontrée ? Qui lit au milieu de cette nuit comme en plein jour ? Qui, de ses doigts, sur les surfaces parcourues, en retrouve l'image ?
Ne voyant pas la laideur de notre société. J'ai construit mon idée personnelle du monde, un monde que j'aime et j'y vis avec bonheur parce que c'est le mien. J'en change le modèle et les tons quand bon me semble. Un univers où pouvant effacer ce qui me déplaît, j'ajoute à plaisir ce que d'y trouver j'ai envie.
Les plus belles couleurs n'existent que chez moi, toutes vos machines étant incapables de les reproduire. Ma couette est peut-être verte ou bleue, peu importe ! Voulant être auteure, je dors couverte de lettres et de phrases multicolores peintes sur ses faces. Je suis comme une enfant vivant dans l'univers irréel de sa poupée. Ma poupée ! Je l'ai lâchement abandonnée, elle se cachait tout le temps pour que je ne la trouve point, j'ai fini par l'oublier bien en vue dans sa cachette au milieu du lit, sur la couette. J'ai su garder l'imagination et le goût de cet univers d'enfant, je sais en repeindre mon espace artificiel et maintenant que je suis grande, vivre encore dedans.
Ce que je vis la nuit, je le retrouve intact le jour. Ma nuit résiste à la clarté sans sortir de l'obscurité, elle n'en est ni plus ni moins que la continuité. La différence ? Le jour est bruyant et peuplé de fantômes qui se glissent partout, me surprenant, me faisant peur de temps en temps. Le jour, pour moi, c'est la vie des autres et ce n'est plus chez moi ! Le jour, parfois, une main prend la mienne pour faire un bout de chemin. Oh, bien court, aussi court que la largeur d'une rue. La nuit, je n'ai besoin de personne.
Une nuit si une main se glisse dans la mienne, je suppose que la largeur de la rue sera l'infini et durera toute une vie. Je me fiche que cette main soit belle, brune ou blonde, grande ou petite. Je lui demanderai simplement d'être gentille, câline et tendre. Encore un avantage, dans mon existence, on ne voit chez autrui que le cœur et les sentiments. Uniquement l'intérieur des gens, on ne juge pas sur de trompeuses apparences. L'aspect m'est étranger et n'influence pas le choix de ceux que je dois aimer ou détester.
Je crois que j'ai tout dit, enfin ce que je voulais dire, pour le moins ! Une opération ! Bof, Jésus est mort depuis 2000 ans, les miracles, je n'y crois guère. En admettant : une opération qui ensoleillerait mon cerveau au point de l'éblouir ! Je ne sais pas si je la tenterais.
Simplement parce que je ne suis pas certaine d'être plus heureuse dans votre monde où tant de choses vous sont imposées. Sans doute, serais-je déçue de comparer mon univers, composé à ma mesure, avec le vôtre bien réel. Une vie dans laquelle vous vivez, presque sans rien voir et sous la contrainte, puisque vous n'avez pas d'autre choix. Regardez où vous en êtes arrivés ! Le moindre de vos gestes est surveillé, téléguidé, même pour acheter un paquet de lessive, vous êtes influencés par la publicité.
Je suis désolée d'affirmer que je préfère rester comme je suis. Vous avez une vie double, partagée deux tiers un tiers, je n'en ai qu'une ! Je n'envie pas la vie des autres, je préfère utiliser toutes mes forces à une chose moins futile. Mener à bien mes ambitions par exemple ! D'aucuns prétendent qu'elles sont bien trop élevées pour qu'une petite gamine comme moi, qui ne voit même pas le bout de son nez, puisse les atteindre.
Devenir auteure, est-ce trop demander à cette vie qui ne m'a rien donné. Très motivée, j'emploie toute mon énergie et travaille comme une forcenée pour atteindre ce but, paraît-il, si éloigné. J'aimerais que les gens achètent mes rêves, tout simplement. Qu'ils donnent un peu d'argent pour les lire dans un bouquin. Oh pas pour m'enrichir ! Tout simplement en récompense de mon travail, comme preuve que ma nuit a servi à quelque chose… que la lumière et l'arc-en-ciel peuvent jaillir du noir !
Liza
Histoire publiée le 31/08/2011 à 21h53.
Thèmes : Auteur, Cécité, Espoir, Nuit
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Par conavenante le 02/09/2011 à 14h06
Ton ordinateur lit et émet à haute voix ce que j'écris ? Dans ce cas, juste pour l'entraîner: un chasseur sachant chasser devrait savoir chasser sans son chien.^^ Je plaisante, j'ai vraiment beaucoup aimé la lecture de ton texte. C'est touchant, mais ce n'est pas du tout larmoyant. Au contraire, c'est très bien écrit et parfois même drôle. Un grand bravo de ma part, je suis impressionné.
Par nadye le 02/09/2011 à 11h17
Ainsi racontée, la cécité ne semble plus à un handicap insurmontable.
J'espère que c'est la sincérité et pas des mots arrangés pour faire un joli texte.
Magnifique +5
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