Catastrophe et compagnie
Jamais on aura vu un Noël si parfait. Des millions de morts. Des paysages dévastés. Des villes, des îles entières réduites à néant. De quoi faire les gros titres pendant au moins une semaine, sans compter les émissions spéciales, les invités spéciaux, les éditions spéciales, les envoyés spéciaux… Bref un fameux raffut quand on sait que les périodes les plus dures pour les journaleux sont entre le 14 juillet et le 15 août et entre le 25 décembre et le 1er janvier. Les gens sont heureux, en vacances et en famille, on oublie du coup un peu le reste. Et là ! Paf ! Une catastrophe ! Du pain béni pour les bruyants du petit écran ! Ils auront tous des choses à dire, des images inédites, des débats magnifiques. Part de marché, pourcentage d'audience, tout augmente d'un coup. Et on s'apitoie sur ces paradis perdus, sur cette économie qui s'effondre, sur ces pauvres touristes perdus. On remercie aussi cette fillette qui, se souvenant d'un cours de géographie, donne l'alerte et sauve une plage entière.
Au final, beaucoup de sous pour les déjà riches et beaucoup d'émotion pour les accros de la télécommande. Cet argent gagné, vous l'enverrez aux pays touchés ? Ces larmes versées, pourraient-elles coulées sur les populations tuées ?
Et qui dit catastrophe dit nécessiteux. Alors mettez la main à la poche, brave gens, les pays miséreux ont besoin de votre argent ! La voilà la nouvelle semaine d'audience ! Parlons de dons, faisons des émissions pour reverser l'argent à l'Asie ! Allez, c'est le jour de la bonne action ! 10 euros pour s'acheter une conscience ! Pas mal comme marché, non ? Versez donc un peu, vous deviendrez des gens bien ! C'est à la mode de donner, même les pilotes de F1 y ont pensé !
Mais des gens bien, il faudrait pas l'être toute l'année ? Réfléchissez… Tous les jours vous croisez des mendiants, des vendeurs de Macadam, des laveurs de vitres. Et jamais vous ne donnez car ce sont des mafias qui sont derrière tout ça ; ces pauvres gens n'en profitent pas. Mais les collectes de nourriture et de vêtements, Emmaüs ou les restos du cœur, vous y pensez de temps en temps ? Combien de fois donnez-vous ? Pas forcément en argent comptant, c'est trop facile, mais en temps, ces heures si précieuses ? Combien de fois aidez-vous votre voisine âgée à porter ses paniers ? Pensez-y avant de donner, la solidarité, c'est 365 jours par an, pas juste tous les 29 février…
Vous avez donner, braves gens, car vous vouliez sauvez des enfants. Soyez honnêtes, pensiez-vous vraiment que l'argent leur serait destiné ? Ne voyez vous pas que tout va recommencer ? On va reconstruire les zones touristiques, c'est une nécessité économique. Et le reste ? Rien. Enfin si des dizaines d'orphelins. Des nouveaux, des frais pour remplacer les anciens. Qui les défendraient ? Ils n'ont plus de parents, ils n'ont plus rien, il leur faut au moins un bol de riz tous les matins. L'arrangement est vite trouvé, d'ici là prochaine saison, tout aura été réorganisé.
Alors, moi, voyez-vous, j'ai refusé de donner.
Histoire publiée le 17/12/2006 à 11h43.
Thèmes : Aide, Catastrophe, Don, Nature
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