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Cauchemar d'une nuit d'été (2)

Aujourd'hui nous sommes le 6 juillet 2008. Je suis allongée sur le sol, à demi-nue. Des larmes coulent en abondance sur mes joues. Il est 4h30 du matin, c'est le lendemain de mon anniversaire et je viens de perdre ma virginité lors d'un viol qui s'est déroulé il y a moins d'une heure.

Pourquoi m'avait-on fait ça ? Je n'avais rien fait de mal. Je ne les ai jamais vu. J'avais honte. Tout était de ma faute : le chauffeur de taxi m'avait pourtant prévenue. Et si maman venait à l'apprendre, elle ne me laisserait plus jamais sortir jusqu'à la fin de ma vie. Quant à papa, il me dirait sûrement que c'était de ma faute, je n'avais pas à mettre des vêtements aussi sexy et à sortir aussi tard la nuit. Mais qu'est-ce que je raconte ?! Je viens de me faire violer et c'est moi qui devrait avoir honte ?!! NON ! Je ne vais pas laisser ces idiots irresponsables, ces monstres dégueulasses me prendre ma vie ! Ils m'ont salie mais je vais me laver et revivre. J'ai 17 ans, ma vie ne fait que commencer et.. et.. Je vais réussir à surmonter ça. Je dois y arriver, pour moi, pour mes amies, pour ma famille.

Il est 5h et les joggers commencent à sortir pour leurs exercices quotidiens. J'essuie alors mes larmes et enlève tant bien que mal le mascara sur mes joues, je me rhabille, prends une profonde inspiration et me dirige vers ma maison. Je vais directement dans la salle de bain et prends un bain. Je me lave avec tout les types de savon que je peux trouver et je me frotte non-stop malgré la douleur. Ça me pique mais tant pis, il faut que tout les microbes disparaissent. En me séchant, je remarque que j'ai encore des traces sur les bras, le ventre, le dos et même sur les fesses. J'enfile alors un vieux jogging pour cacher ces marques et me dirige droit dans ma chambre, avant que ma mère ne me voit. J'essaie de dormir mais n'y arrive pas. Pourtant, si je prends des somnifères, j'ai peur de ne plus me réveiller.
Je suis donc restée toute la journée, allongée sur mon lit, les yeux ouverts fixant le plafond, feintant un profond sommeil quand mes parents venaient me voir. Puis vint le moment où je réussis enfin à dormir..
"NOOOOOOOOOOOONNNN !!! PITIEEE, ARRETEZ !! STOOOOOOPPP !
- Seigneur, Tullia ! Calme-toi chérie je t'en prie !" Elle me prit dans ses bras, me serra fort.
"C'est juste un cauchemar mon coeur.. Chut Chut..
- Maman.. Maman.. Les laisse pas revenir.. Maman,s'il te plait.. Maman, pardon..
- Ça va mon cœur.. Maman est là, calme-toi.. Maman est là et il ne va plus rien t'arriver.. Calme toi.."
Je me blottis dans ses bras, continuant à pleurer. Elle me berça alors, caressant mes cheveux, comme dans mon enfance. "C'est juste un cauchemar" me répétait-elle. Si seulement, elle savait.. Et comme j'aurais aimé que ce soit la vérité, que ce ne soit qu'un terrible cauchemar, que ça ne soit jamais produit.
Elle resta à mes côtés, caressant lentement mes cheveux de ses douces mains et me chantant des berceuses. Pendant mon sommeil, elle remarqua, les marques que j'avais sur les bras et sut que quelque chose s'était effectivement passé la nuit dernière.
Le lendemain, les filles sont passées me rendre visite mais je ne voulais pas les voir. J'avais honte. Je suis restée à la maison pendant 3 jours comme ça, sans voir personne sauf mes parents. Même Tom téléphona. Si il savait la vérité, il me jetterait sûrement en me traitant de tous les noms. Face à mes réactions, voyant que je n'étais pas vraiment malade, ma mère me posa des questions mais je restais toujours aussi évasive que possible. Elle appela mes amies, mais ces dernières ne me comprenait pas non plus.
" Tullia, tu vas arrêter tes gamineries ! Y en a marre ! Dis moi ce qui t'arrive ? Où donc as-tu eu ces marques ?
- ...
- Que s'est-il passé à ton anniversaire ?
- Anne-So et Laura t'ont déjà tout raconté non ?
- Mais entre le moment où tu les a ramenées et ton retour à la maison, il s'est bien passé environ 1 heure non? Alors qu'est-ce que t'as fait ? Tu étais avec ce Tom ??
- Tu insinues quoi là maman ? Tu crois que j'oserais... ? J'espère que t'es pas en train de dire que fais le trottoir là maman.. Non, mais.. Tu oses dire çà ! A ta propre fille en plus !!
- Je n'insinues rien Tullia et ne me parle pas sur ce ton s'il-te-plait ! Je veux que tu me dises juste ce que tu as fait.
- Le taxi est tombé en panne et ça a prit du temps. C'est bon ? T'es contente là ?
- Et ces marques alors ? C'est le Saint Esprit ?
- Exactement."
Elle me donna alors une gifle.
" Ne te moque pas de moi Tullia. Je suis ta mère. Respecte moi." Des larmes commencèrent à couler sur ces joues "Mais tu vois pas qu'on s'inquiète tous pour toi ? Depuis ton anniversaire, t'arrêtes pas de faire des cauchemars, tu manges à peine, tu parles pas.. T'es là sur ton lit, sans dormir.. On dirait un zombie.. Je sais plus quoi faire moi...
- Maman..
- Quand ton père s'approche de toi, tu fais comme si il allait te frapper.. C'est lui qui t'as fait ces marques ? Tu veux le protéger ? T'as 17 ans. Tu sais que c'est pas bien..
- Maman, calme toi. Comment peux-tu croire que..Papa puisse.. !? Comment tu peux penser à des choses horribles comme ça ?! Maman,c'est ton mari, tu l'aimes et il t'aime ! Tu sais parfaitement qu'il est incapable de faire quelque chose comme ça !!....Papa ne m'as rien fait. Rien du tout. Ne doute pas de lui comme ça s'il te plait..
- Alors quoi ma fille ??? Qu'est-ce qui s'est passé ??"
Elle avait l'air tellement désespérée. Elle savait qu'il s'était passé quelque chose. A ce moment-là, je voulais tout lui raconter. Après tout, peut-être qu'elle voulait vraiment m'aider, peut-être qu'elle ne se fâcherait pas contre moi.
" En fait.. Maman.. Ce qu'il s'est réellement passé, c'est que..
- ...
- Le taxi a eut un petit accident et comme c'était le premier jour du chauffeur, il était terrifié. J'étais saine et sauve, alors je lui ai dit que tout allait bien. Il me faisait tellement pitié et s'en voulait d'avoir abîmé l'auto. Il m'a ramenée à pieds jusqu'à la maison et m'a remboursée. Et comme je savais que tu allais en faire tout un plat, j'ai rien voulu te dire. Et si je voulais pas voir Anne-So et Laura, c'est parce que j'avais encore mal à la tête et que je voulais rester au calme."
Elle me regarda droit dans les yeux. Cette réponse ne semblait pas la satisfaire. Elle me prit dans ses bras et me dit :
" Dans la vie, on tombe tout le temps, que ce soit à cause de nos erreurs, de nos ennemis ou juste par manque de chance. Parfois, on est souvent au mauvais endroit au mauvais moment. Quand on tombe, ma fille, ça fait toujours mal. Et il est normal, que l'on s'arrête un moment à cause de la douleur. Mais tôt ou tard tu vois, il faudra toujours choisir si on veut se relever et se battre ou si on veut rester par terre et crever. Cela s'appelle le libre-arbitre."
Elle m'embrassa sur le front et sur le seuil de ma porte, elle ajouta:
" Même si tu as mal Tullia, relève-toi. Même si tu n'oublieras jamais la douleur, utilise-la pour avancer et te battre. N'abandonne pas si tôt ma chérie, parce que la vie vaut vraiment la peine d'être vécue et, toi, à ton âge, tu n'as pas encore tout vu.. Je serai toujours là pour toi ma fille. Quoique tu décides, je ne partirai pas.. Je t'aime ma Tullia.
- ... Je t'aime aussi maman."
Et elle partit. Elle ne savait pas, et pourtant, ces mots qu'elle avait dit. Relève-toi.. Bats-toi.. Mais pourquoi ? Comment ? Et puis.. A quoi bon ? Jamais je n'oublierai ce qui s'est passé. Ça va me hanter tous les jours et je ne pourrais même plus être avec un garçon sans avoir peur qu'il me touche. Il faut que je disparaisse pour que ces mauvais souvenirs disparaissent. Sinon ils vont me gâcher la vie. Sur ces pensées je m'endormis.
A mon réveil, j'ai vu un livre posé sur ma table de chevet et un mot par-dessus. "Mon poussin, je suis allée voir ta grand-mère, je n'en aurais pas pour longtemps mais si tu as faim, j'ai laissé ton repas dans le frigo.
Ps: ce livre c'est le journal intime de ma défunte sœur. Je pense qu'il peut t'aider."

En lisant le journal, je ne trouvais rien de vraiment captivant dans la vie de feu ma tante et je ne trouvais rien qui pouvait expliquer les paroles de ma mère. C'était une ado comme une autre, avec ses coups de gueule, ses amourettes, ses disputes avec ma mère, ses délires avec ses copines. C'est alors que les dernières pages attirèrent mon attention. Ma tante décrivait un scène traumatisante, un crime, un viol : le sien. Seigneur, alors elle aussi !! Elle fut violée par son petit ami, quelqu'un qu'elle aimait vraiment. Mais comment a-t-il osé ?! Décidément, les hommes sont de vrais bêtes sauvages ! En lisant les choses horribles qu'elle avait vécu et comment elle avait réagi après, avec sa famille et ses amis, mes larmes ont coulé et je pensais à ma situation. Je ressentais exactement la même chose, les mêmes peurs, les mêmes angoisses, ce sentiment d'être sale, cette peur d'être touchée par un homme. Je fondis littéralement en larmes lorsque je remarquais une lettre tombée du journal. Et lorsque je la lus, je compris enfin pourquoi maman m'avait demandé de me relever. Ma tante avait choisi de rester à terre. Ma tante avait abandonnée et s'est laissée dévorer par les démons de la vie. Elle s'est suicidée..
"C'est moi qui l'ai trouvée."
Je n'avais pas entendue ma mère entrer.
"J'avais remarqué qu'elle était bizarre mais je pensais que c'était à cause de sa peine parce qu'elle s'était séparée de son petit ami. Je l'aimais beaucoup mais elle ne s'est jamais vraiment confiée à moi. Mes parents s'en voulaient terriblement eux aussi. Mais que pouvions-nous faire? On ne se doutait pas de ce qui lui arrivait vraiment et parler de viol était assez tabou de notre temps."
Ma mère.. Ma mère n'avait que 14 ans et pourtant elle fut la première à découvrir le corps de sa soeur, morte dans la baignoire, baignant dans son sang, les yeux dans le vide, les veines ouvertes.. Elle a été traumatisée. C'est d'ailleurs pour ça qu'elle ne supporte pas la vue du sang.
"Elle dormait mal et faisait des cauchemars. Comme toi."
Je baissais les yeux. Alors elle se doute vraiment de ce qui s'est passé. Je regardais ma mère, tremblante, se remémorant les derniers moments qu'elle a "passés" avec sa sœur. Je la pris dans mes bras et la serrai fort. Je devenais la mère et elle la fille à consoler. Je lui murmurais alors :
" Maman, je te promets que c'est moi qui pleurerai à tes funérailles et jamais l'inverse. "
Elle comprit et me serra fort.
"Seulement, maman, donne-moi du temps."

Je pris un bain, me fit belle, mangea un petit peu et partit. Je suis allée au cimetière, voir la tombe de ma tante. Sur la pierre tombale, on pouvait lire " A grandi trop vite". Les mots tels qu'elle le voulait.. Des mots tels que je le voudrais..

Je m'appelle Tullia, j'ai 17 ans. J'ai été sauvagement tuée et maintenant, je renais d'entre les morts car ma vie sur cette Terre n'est pas encore terminée.

Histoire publiée le 26/11/2010 à 06h24.
Thèmes : Mère, Renaissance, Tristesse, Viol

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Commentaires

Avatar de fanelise

Par fanelise le 01/04/2012 à 22h20
Seule

Superbe, bouleversant.

Avatar de netami

Par netami le 01/12/2010 à 16h56
je vois tous les regards vers l'éphémère

Bravo, ton texte et très beau et j'aime beaucoup la fin.

Avatar de dead-rose

Par dead-rose le 30/11/2010 à 08h45

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