Celle qui fuit. (Partie 1)
Déjà deux heures de train. J'attends, je ne sais où je vais. Et si on me retrouvait ? Peut-être que ma vie changerait, peut-être que c'est ainsi qu'elle changera. Oh bien sûr, on me demandera pourquoi, je ne sais quoi répondre lorsque moi même je ne le sais pas. Mais je pars et c'est décidé.
J'ai emporté plusieurs feuilles blanches, plusieurs stylos, plusieurs images, histoire de me rappeler les autres.
Qui sont les autres ? Eux, ce sont eux que je fuis je pense, ce sont eux.
Je devrais un peu raconter mes aventures, pour ne pas dire mes mésaventures.
J'avais six ans lorsque mon père quitta la maison. Je n'ai jamais su pourquoi, et maman me disait toujours de ne pas en parler et de ne jamais poser de questions. A huit ans, ma mère fut remariée avec un homme d'apparence grotesque. Je le trouvais moins séduisant que Papa, mais c'était pour le bonheur de Maman, pas le mien. Puis Nina naît. Les yeux bleus, ceux de maman, un peu comme un héritage. Par contre, Nina n'était pas brune, ni blonde. Ses cheveux étaient roux, très roux. Elle avait même de petites tâches de rousseurs sur ses joues. Elle était très mignonne, je l'aimais déjà ma sœur.
Nina dormait dans ma chambre le temps qu'on lui construise sa petite chambre, avec son lit doré, sa moquette rose bonbon, ses murs peints d'une couleur magenta et sur sa porte était inscrit « La Belle Nina » Magnifique, n'est-ce-pas ?
A mon dixième anniversaire, Maman me disait toujours « Tu es maintenant grande ma chérie, maintenant, on te fera de plus en plus confiance, ton père et moi.» Mon père... mon père ? Quel père ? Jean n'est pas mon père, si ? Cette question se baladait dans ma tête tout le temps, je n'avais aucune réponse. Pour cet anniversaire, j'ai eu le droit à un nouveau lit pour ma chambre, j'étais très contente car il était comme je voulais : jaune et vert. Mes couleurs préférées, celles de Papa aussi.
A 12 ans, Maman et Jean m'avertirent d'un nouveau départ. On allait vivre dans un endroit pas réellement connu, avec des champs, beaucoup de champs. Maman disait que c'était le paradis là bas, et que tout le monde serait content. A 12 ans, on suit le mouvement. 1 ans après, on s'installa à 200 kilomètres de la maison. Sans aucune raison particulière d'après maman. On y resta 3 ans. Nina avait grandi, elle venait d'avoir 8 ans. Toujours aussi jolie, elle avait de belles robes sur elle, toujours. Elle eu le droit à la plus grande chambre, d'après maman c'est parce qu'elle joue beaucoup. Maman et Jean avaient la vue sur notre grand jardin et moi j'avais la vue sur la route. Cela me convenait quand même.
Pour les 8 ans de Nina, elle reçut au moins 15 lettres et 20 cadeaux. A table, tout le monde la regardait et la dévisageait. Elle était belle ma sœur, c'est vrai. Et c'est à ce moment là, que je me suis mise à complexer. Pourquoi je n'ai pas les yeux de maman ? Pourquoi à chaque anniversaire, personne me regarde ? Nina était devenue en peu de temps le centre du monde, mais pas le mien. Je n'avais jamais prêté attention à cela.
On peut dire que c'est de la pure jalousie, mais pourquoi rien ne change lorsque j'en parle à maman ?
Elle ne m'écoute plus. Nina par ci, Nina par là. Déjà que Jean était venu s'installer à la place de Papa, il a fallut que quelqu'un d'autre vienne me déranger. C'est pourtant ma sœur, mais elle a tout.
Me voilà ici, dans ce train. Hier soir, en rentrant de l'école il n'y avait personne à la maison. Même pas Jean, qui ne travaille jamais. Seulement un petit mot était sur la table : " Nous sommes partis avec Nina, chez ta tante Élise. Nous pensons revenir demain en fin d'après midi. Tu as tout ce qu'il faut pour manger. Bisous, ton papa et ta maman. "
C'est là, que j'ai eu le sentiment d'être seule. Mais ce n'était pas qu'une simple impression, j'étais seule. Maman, Jean et Nina sont partis sans moi. Et mon père, où est-il ? Trop, c'est trop. Mon sac était fait, quelques boites de conserve trainaient dans la maison, des fruits aussi et j'étais partie. Pour de bon. Puisque je suis de trop, autant m'effacer et retrouver celui qui me manque depuis déjà 10 ans.
Voilà, pourquoi aujourd'hui, 7 mai 2005 je suis dans ce train seule entourée de personnes endormies, pour retrouver mon père et m'éloigner d'eux.
Histoire publiée le 21/07/2010 à 14h52.
Thèmes : Famille, Fuir, Partir
|
| Ajouter aux favoris |
Envoyer à un ami |
Moyenne (2 votes) ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |



Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à en rédiger un !
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire, inscrivez-vous gratuitement !