Chroniques. part II : Décade. 5
La sonnerie retentit sourdement au rez-de-chaussée, faisant sursauter Kate, allongée sur son lit.
Il n'y avait personne aujourd'hui, chez elle. Elle regarda le réveil. Neuf heures. Elle avait dût s'endormir. Un éclair, la pluie, puis le tonnerre. Elle ne prit seulement conscience de l'orage qu'à ce moment là. C'était la tempête dehors. Il faisait nuit noire. Même la sordide lumière du lampadaire devant chez elle avait du mal à percer les rafales de pluie.
Qui pouvait bien sonner à cette heure ?
On sonna à nouveau, plus longuement. Ce comportement lui mettait toujours les nerfs à vif. Pour la seule soirée où sa mère et le Porc étaient partis au restaurant, où elle était tranquille depuis plus de trois moi, on venait sonner à sa porte comme un forcené.
Elle commençait à descendre les escaliers, quand ils commencèrent à tambouriner.
Une voix rocailleuse retentit, couverte d'abord par le tonnerre assourdissant.
La voix retentit à nouveau.
« Madame Heather ? France ? Police ! »
Kate se figea. La Police ? Pourquoi était-elle là ? Qu'avait-elle à voir avec sa mère ?
Ils continuèrent de tambouriner, un nouvel éclair la tira de ses pensées et elle dévala les dernières marches puis ouvrit la porte en grand, tout en prenant un air maussade d'adolescent rebelle.
Derrière la porte, il y avait trois grands hommes en manteau long, chapeau sur la tête, regard lisse ou blasé, bref, la caricature de film de policier. L'orage ne rendait la scène que plus grandiose, ou comique, selon.
L'homme du milieu, un gros bonhomme froissé et au visage fatigué pris la parole, un peu gêné.
« Kate ? »
Kate eut un sursaut de surprise. C'était l'inspecteur Daniel. Il s'occupait du quartier. Elle avait pas mal de fois eu à faire à lui. Un brave type, même si elle ne lui avait pas mené la vie facile. Il connaissait tout le monde dans le quartier. Mais pourquoi il était là, par ce temps en plus ?
« Qu'est-ce qu'il se passe ? »
Son visage devient grave.
« Tu es toute seule ?»
« Qu'est-ce que ça peut vous faire ? Qu'est-ce qu'il se passe ? » Répéta-t-elle.
Il hésita.
« Tu… Tu peux nous laisser rentrer ? On a quelque question à te poser. »
Ce n'était pas pour sa mère alors. Mais pour elle. Merde. Elle avait rien fait de mal. Et son ton... Presque de la pitié. Condescendant. Elle s'affola.
« Vous ne rentrerez pas tant que je ne saurais pas ce qu'il se passe. Vous pourriez crever de froid sous la pluie, j'en aurais rien à foutre. » Ils avaient eux aussi entendu sa voix flancher. Elle était au bord de la rupture, mais il était trop tard pour reculer.
« Kate, le cadavre qu'on a retrouvé dans la ruelle derrière chez le boulanger. » Il marqua une pause. Hésita. Puis prit une inspiration. « C'était Steven. »
Trou noir. elle entendait vaguement, en arrière plan l'orage se déchaîner, les paroles de l'inspecteur qui se répercutait dans sa tête, tandis que d'autre tentait de rentrer de force, par bride. « ...devons t'interroger... pas ce qu'il s'est passé... »
C'était trop. Le martellement des gouttes d'eau sur le perron devint insupportable. Il fallait partir. Courir. Fuir. Loin de ces salauds de corbacs, tout de noir vêtue. Noires ailes, noires nouvelles…
Loin. Le plus loin possible. Elle n'écoutait plus rien, pris sont élan, et fonça sur les trois hommes. L'inspecteur Daniel, surpris, partis à la renverse, mais ces deux acolyte lui bloquèrent le passage. Elle se débattait furieusement sans pouvoir s'échapper.
C'était impossible. Non, impossible. Il fallait qu'elle s'en aille. Elle DEVAIT s'en aller.
Un éclair foudroya la maison dans un claquement assourdissant, projetant tout le monde dix mètre plus loin. Le choc, puis le froid, l'humidité de la pluie, les rafales de vent qui balayaient ses cheveux. Le choc à nouveau, le contact dur et froid du sol trempé. Elle n'avait rien, elle se releva, non sans remarquer que les deux hommes qui la tenait étaient calciné et fumaient encore, grillés comme de vulgaires saucisses dans un barbecue à taille humaine. Prise d'horreur, elle s'enfuit à toutes jambes sous la pluie, un Rire démentielle lui martelant le crâne, l'accompagnant dans sa fuite éperdue.
Histoire publiée le 01/10/2008 à 17h59.
Thèmes : Amour, Chroniques, Décade, Fantastiques, Fantasy, Histoires, Mr S, Part II, Peur, Roman
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Par dadineangel le 02/10/2008 à 18h58
trop top!
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