Convention 7:57
Convention 7:57
Je marche au milieu de la rue déserte.
Couloir vidé de sa population avide.
Le vent se lève, me gèle les os. Un malin frisson me parcourt le dos, je croise les bras, cela ne changera pas, mains sur les pans de ma veste, je reste.
Le ciel est gris, il pleut, je crois.
Mes sensations sont glacées par le froid ambiant, un froid qui me brûle la peau, irradie ma gorge, ravage mes poumons.
Ma poitrine est douloureuse, comme si je courrais depuis des heures.
Alors que je suis juste là, à marcher, au milieu de cette rue déserte.
A ma gauche, de sinistres arbres me regardent, terriblement. J'ai l'impression qu'ils me supplient, que c'est à moi qu'ils envoient la prière, de renaître bientôt.
J'aime à penser que l'hiver s'achève, alors qu'il ne fait que commencer.
J'aime à penser que c'est le temps, qui a tout fait déserté.
Je songe que les feuilles ne sont plus parce que c'est l'automne qui les a déchues.
Je songe que personne n'est avec moi, parce qu'ils ont tous peur du froid.
A ma droite, amoncellements métalliques. Boites étroites qui ne conservent plus rien, allures d'aluminium car la couleur s'éteint.
Sur elles s'étendent, de ça de là, fine couche d'un blanc grisé.
Il neige, je pense.
Je tends la main, ose affronter le froid, attends que tombe sur ma paume un diamant d'eau cristallisé.
Mais il n'en est rien.
Je lève les yeux, et regarde, tout autour de moi, les tours. Maisonnées désertées, par peuples affolés, incapables d'affronter. Terrifiés.
La neige glisse dans ma main, mais pourtant ne fond pas. Je baisse ma capuche, et recherche, que le froid tombe sur moi.
Mais il n'en est rien.
Mes yeux me piquent, mon coeur tremble.
Ce n'est pas le froid, qui m'achève, mais la douleur.
Ce n'est pas la neige, qui tombe, mais les cendres.
Cendres d'une humanité aujourd'hui dépassée, rayée, effacée.
Les nuages noirs qui couvrent les cieux sont ceux des combats qui font rage en haut.
Peut-être sont-ils achevés, je ne sais.
D'ici je ne vois que le gris.
Le feu brûle les taules des anciens véhicules, les armes frappent les anciens habitats.
Arbres ruinés, disparaissent à jamais, sous les combats, sous les ravages, d'une guerre qui nous dévisage.
Qui me dévisage.
On a pris un mauvais virage.
Moi, seule ici bas, avec les héros là-haut.
Moi, à attendre là, leur retour. Impossible.
Plus une seule vie que la mienne, le froid me gèle.
Plus un seul lieu qu'ici, dernier lieu, dernier fruit, interdit.
La neige me brûle, mon âme se glace.
Convention, 7:57.
Notre ville, s'efface.
Histoire publiée le 03/03/2007 à 23h42.
Thèmes : Douleur, Fin, Solitude
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Par speedysyd le 07/03/2007 à 11h48
Merci beaucoup

Par theriault le 05/03/2007 à 20h14
speedysyd, moi j'ai voté cinq
Cette histoire est vraiment cool !
Par kiriecrescent le 05/03/2007 à 16h34
Kuroi namida nagasu...
Trés intense, trés bien écrit. Rien à dire de negatif... Bravo!
Par milly54 le 05/03/2007 à 08h52
Baiser froid sur lèvres froides à l'images de ton
magnifique
Par speedysyd le 04/03/2007 à 20h39
Le titre, exact. Je savais pas si je pouvais poster l'explication à la suite de l'histoire, résultat je l'ai pas fait.

Le lieu dans lequel se passe l'histoire est inspiré d'une rue qui existe réellement, et dont le nom est Convention. Quant à 7:57 il s'agit tout simplement d'une heure. Voilà y'a un peu moins de mystère mais ça semblait nécessaire
Merci à ceux qui m'ont noté 5/5
Par theriault le 04/03/2007 à 19h30
Où est le lien avec le titre ?
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