Dans le couloir de la mort
Le couloir de la Mort.
C'est un lieu très froid.
Ici, règne une certaine quiétude, un calme que seuls le bruit des chaines et les pas des gardiens viennent quelques fois troubler.
Aucun contact avec l'extérieur lorsque l'on pénètre dans ce vaste et étouffant univers grisâtre. Je ne me rappelle n'avoir jamais entendu le chant d'un oiseau ou encore, vu une fleur pousser -Ah! comme la sensation de fraîcheur de la terre humide sous mes pieds me semble lointaine-.
Quatorze ans que je suis ici ; que j'attends pour passer ces barreaux d'acier. Je sais que je n'irai pas vers l'inconnu parce que le jury en a décidé autrement. Mais, avec le recul forcé que le milieu carcéral m'a imposé, je le comprends et ne lui en veux guère -il faut bien que certains payent le prix des erreurs des autres-.
Mes trois premières années ici furent les plus difficiles. Je ne dormais pas, je ne faisais qu'espérer qu'ils allaient se rendre compte de l'erreur qu'ils avaient commis et que, je retrouverai mon petit Lucas -il est paru dans un journal ; j'ai toujours su qu'un jour, il jouerait si bien du violon qu'il sera acclamé par tout le monde-. Il aura bientôt 21 ans, et je suis sûre que c'est un jeune homme formidable et pour cela, je remercie sa maman adoptive sans oublier aussi ce père bien qu'adoptif mais dont il a toujours rêvé. Je me demande souvent si il se souvient de moi.
Après avoir mûri de six ans dans ce bloc de glace, je me suis faite à l'idée que rien ne pourra empêcher que je n'aille au rendez-vous de la chaise électrique.
Maintenant, je suis à six heures de ce moment.
J'ai reçu la visite de Ronald, un homme brave que j'admire pleinement, il doit avoir 27 ans -je ne lui ai jamais demandé pourtant, il vient me voir une fois par mois depuis des années et me fait oublier que la société m'a exclue. Il m'a offert une Bible dans laquelle j'ai inscrite à la première page, celle qu'on doit remplir ma date de naissance et celle de ma mort-. Il a parlé avec moi, m'a dit qu'il allait demander Sarah en mariage et qu'il aurait voulu que je sois là -qu'aurez-vous fait si vous étiez à ma place ?-. Je suis fière de lui un peu comme je l'aurais été de mon petit Lucas...
...
Plus que deux heures.
Le père Andrews est là, je ne veux pas de bénédiction et je n'ai pas peur de ce qui m'attend. "Avez-vous prié mon enfant ?
- Oui, mais pas pour que Dieu me sorte d'ici, juste pour faire pardonner mes fautes passées."
Le silence... J'entends le "tic-tic-tic..." des aiguilles de la montre et je sais que je me rapproche de l'heure.
"On sort Mama".
C'est Clovis, un gardien très gentil avec lequel, je me suis bien amusée à parler quelques fois. J'étais dans mes pensées et je ne l'ai même pas entendu arriver.
Je le suis sans rien dire. Le bruit des chaines doit effrayer les douze autres condamnés mais je ne peux faire autrement, ces chaines sont bien trop longues.
Je traverse de longs couloirs, je ne connais aucun chemin mais j'avance, je sais que je ne vais pas encore à la chaise car il n'est pas encore l'heure. Je suis juste Clovis et soudain, une lourde porte est ouverte et, je vois la lumière. Quatorze ans sans jamais avoir respiré cet air si doux, j'ai l'impression de retomber en enfance. Je regarde le ciel et imagine des vies dans les nuages... "Je sais que ça n'a pas duré mais c'est l'heure" me dit mon ami avec beaucoup de tristesse. Je le regarde et pour toute réponse lui demande comment vont ses enfants. "Bien".
J'inspire une dernière fois et sans faire de problème je suis cet homme.
Il me guide vers une autre pièce -il n'est pas le seul gardien avec moi, mais j'ai l'impression que si- où, l'on me coupe les cheveux -mes mèches blondes tombent à mes pieds, mon esprit se promène et je fais le bilan de ma vie ; j'essaye de ne me souvenir que des grands moments : la naissance de mon fils, son premmier rôle de théâtre à la maternelle, ce genre de souvenirs-.
C'est fini ; c'est l'heure.
J'ai passé ma plus belle journée aujourd'hui.
On me conduit vers cette petite salle qui m'a jusqu'à présent toujours été inconnue et comme si un être cher m'attendais, j'y pénètre.
Mes chaines me sont enlevées.
Il y a une vingtaine de personnes qui sont venues assister à mon exécution et ça me fait sourire car, elles donnent l'impression d'être aussi pures que des anges. Certains, me regardent franchement, d'autres semblent dégoutées. Dans un coin, j'aperçois un journaliste que j'appréciais ; il me semble qu'il a vieilli.
Soudain, je ne vois plus rien.
Je sens de l'eau couler sur mon crâne nu.
Ca doit être le moment que nous attendons alors, je ferme les yeux et je pense à Lucas, à sa nouvelle famille que je ne connais, Ronald et Sarah, aux photographies de ces jeunes filles qu'on m'accuse d'avoir étranglées.
Histoire publiée le 08/08/2008 à 19h18.
Thèmes : Femme, Mère, Mort, Paix, Pensées, Prison, Quiétude
|
| Ajouter aux favoris |
Envoyer à un ami |
Moyenne (3 votes) ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |



Par niagara le 11/08/2008 à 04h18
Is it just a waste of time...?
Ouais rien à dire sur cette histoire, elle est géniale...
Par nomanslans le 09/08/2008 à 16h21
les morts ont la paix...considérez moi comme morte
très bien rédigé..la fin est aussi brutale que cette mort...bravo à toi
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire, inscrivez-vous gratuitement !