De l'ombre à la lumière
Un couloir vide à la tombée de la nuit. Trois fauteuils calés dans le coin le plus sombre. Une porte qui s'ouvre et se referme.
L'une est assise sur un fauteuil dans l'ombre et attend tout simplement, laisse le temps filer sur son corps si chétif par rapport au monde qui l'entoure. Le laisse lui glisser dessus comme de l'eau, s'en imprègne et songe, réfléchit, pense.
L'autre, un cabas sur le bras vient de claquer la porte. Elle sort d'une pièce voisine et passe. S'arrête net. Elle distingue cette masse intrigante seule dans son coin de ténèbres naissantes. Il n'y a pas assez de lumière pour qu'elle puisse identifier cette masse. Elle en déduit pourtant qu'il s'agit d'un humain. La masse est mouvante, paraît vivante.
Elle la scrute dans l'obscurité essayant de voir de qui il s'agit. Elle est là, plantée devant cette masse, qui bouge et semble rapprocher son menton d'elle. Alors elle distingue mieux ce qu'elle regarde. Un petit menton légèrement pointu qui se lève à son adresse, un nez en demi-trompette qui bouge fébrilement sans cesse, comme pour renifler, des doigts courts mais fins qui semblent porter un livre, une poitrine toute mignonne et toute ronde qui se maintient parfaitement, et des pointes de cheveux telles des épines.
Elle parvient à capter les lignes principales de ce corps inconnu qui paraissait calme et sans intérêt auparavant. Elle capte également la respiration du corps et se met elle aussi à renifler doucement les odeurs qui dansent un balai sans fin autour d'elle. Ce parfum qui se dégage...inqualifiable et tellement attirant. Elle se penche légèrement pour mieux sentir mais le corps bouge tout aussi légèrement balançant ses épines et emettant encore plus d'odeurs attreyantes. Ce corps semble être une rose et dire: "Ne me touche pas, je risque de te faire mal." Mais c'en est de plus tentant pour elle d'essayer de découvrir cette forme qui l'intrigue dans cette nuit de velours.
Le corps n'en distingue pas plus d'elle. Son cabas et ses longs cheveux, interminables, qui se fondent en une cascade harmonieuse. Toutes deux, elles se découvrent veulent se connaître, se reconnaître. La nuit chaude et rassurante qui les enveloppe décuple leurs sensations et leur bien-être. Le corps pose une main douce et fine sur son thorax. Elle s'arrête de respirer. La main remonte jusqu'à la bouche et palpe ses lèvres en insistant. C'est tellement bizarre de les sentir comme ça, sans savoir vraiment ce que c'est.
Elles tremblent, s'éloignent, se raprochent, suivent les lignes de leurs corps, jouent au jeu du miroir, regarde incessament la silhouette, l'ombre, le mystère en face d'elles. Et ressentent la même chose: le charme, la séduction, l'envie. Elles se fixent droit dans les yeux. Elles le savent, elles le sentent, même si elles ne voient pas leurs yeux.
Puis, dans un concert de "clic" exaspérants, la foule de néons suspendus au plafond tout le long du couloir s'allume. Alors la clarté se fait, la vérité éclate. Elles baissent toutes les deux les yeux et l'une continue de se confondre au temps tandis que l'autre reprend son chemin où elle l'avait laissé. L'inconnu devient connu, et le mystère n'a plus aucun charme, il ne séduit plus, ne donne plus aucune envie. Baissez les yeux et tout s'envole...
Histoire publiée le 21/11/2006 à 13h02.
Thèmes : Mystere, Ombre, Séduction
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