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De la chenille au papillon (1/4)

« Quand l'amitié devient amour, c'est comme quand la chenille devient papillon. D'autant que l'amour donne des ailes... ».

Je termine la lecture d'un chapitre de mon livre de poche juste au moment où mon train entre en Ile-de-France, dont le décor est composé, aux alentours des voies, de hauts immeubles d'habitations d'un gris triste. Ce qui remplace le paysage vert dans lequel le TGV a foncé pour atteindre sa destination : Paris. Il est dans mes habitudes de quitter ma place bien avant l'arrêt du train, pour aller dans la première voiture et ainsi poser plus rapidement mes pieds à Paris, cette ville-capitale que j'aime, et dans laquelle je vais assez souvent. Enfin... Quand le temps me le permet.

Le train s'arrête. J'exerce une pression avec mon pouce sur le bouton permettant l'ouverture de la porte. Je n'attends même pas qu'elle soit entièrement ouverte, que je sors déjà, direction le Paris-Souterrain pour rejoindre mes lieux préférés, ceux qui m'inspirent, me donnent les mots et l'imagination recherchés. Avant cela, je dois rejoindre mon hôtel qui m'attend pour deux nuits et dans lequel je vais déposer ma légère valise. Trente minutes de trajet me suffisent, en ce début d'heure de pointe de l'après-midi, pour effectuer la liaison Gare du Nord – Esplanade de la Défense. En sortant de la station, l'avant-dernière avant le terminus, mon regard s'accroche au sommet des imposants immeubles, des « buildings tout de verre et d'acier » comme dirait Renaud. Rapide coup d'œil en direction de la Grande Arche, puis j'entre dans mon hôtel. A l'accueil, le personnel semble étonné de me voir seul, moi, encore un mineur, qui compte séjourner dans leur hôtel. Je sors de ma poche ma feuille de réservation que je leur tend :
- Bonjour. C'est pour deux nuits ; j'ai la réservation ici, dis-je à la charmante réceptionniste.
Elle pianote je ne sais quoi sur son ordinateur, qui confirme que j'avais auparavant réservé ma chambre sur internet.
- Je vois que vous êtes seul, monsieur. Avez-vous votre autorisation parentale ?
- Oui bien sûr. Elle est accrochée à la feuille que vous tenez en main, dis-je en pointant du doigt l'agrafe qui lie les deux feuilles.
Elle ne répond pas, et se contente de pianoter de nouveau sur son clavier, avant de me donner la carte magnétique nécessaire pour que je puisse entrer dans ma chambre.
- Chambre 349, au troisième étage. Bonne soirée monsieur Paul Marlois.
Merde ! Troisième étage. Être au troisième étage, surtout au milieu de ces grandes tours à la Défense, c'est vraiment ridicule. Mais bon, je vais m'y faire. Ce n'est que pour deux nuits.
- Je peux régler maintenant ? Je n'aime pas me balader avec tout cet argent sur moi...
- Si vous le voulez... Alors ça vous fera 118 euros s'il vous plait.
J'ai envie de siffler tout haut tout fort, tellement le prix est exorbitant pour un quelconque adolescent de 15 ans comme moi. Je lui tends quand même mes billets puis elle me donne une feuille récapitulant la transaction ainsi qu'une pièce de deux euros, correspondant au rendu. Faut bien que je règle la note, non ?
- Merci. Bonne soirée à vous aussi, répondis-je en récupérant mes papiers.

Je dépose sans plus attendre mes affaires puis repars, direction le quartier de la Convention dans lequel je vais voir Alice, ma meilleure amie que je ne connais que depuis sept mois, mais avec qui notre amitié peut faire penser que nous sommes amis depuis la maternelle. En fait, je ne viens pas spécialement à Paris pour elle. Déjà, bien avant que je la connaisse, je venais à Paris pour me ressourcer, puisqu'il n'y a que dans cette ville que je me sens bien. Mais depuis que je la connais, j'ai une bonne raison de venir.

Dans le métro, il y a du monde. Il est environ 17h, une heure incluse en pleine heure de pointe du soir. A Lille, dans la petite-grande ville de Lille dans laquelle j'habite, jamais les métros ne sont remplis de cette façon, sauf pendant la braderie de Lille où les touristes se font plus nombreux que les lillois. Une quarantaine de minutes après être monté à la Défense, j'arrive à la station située pas très loin de chez elle, la station Convention de la ligne 12, elle, peu fréquentée, visiblement, ou du moins sur cette partie de la ligne. Je termine mon trajet à pied puis arrive enfin au pied d'un joli immeuble, typique parisien. Je sonne depuis l'interphone de l'entrée, puis la mère d'Alice me répond :
- Oui ?
- Bonjour madame. C'est Paul. Vous pouvez m'ouvrir ? Alice est là ?, lui dis-je, comme impatient de rentrer.
- Oui elle est là, dit-elle en même temps que les grésillements qui annoncent le déverrouillage de la porte d'entrée.
J'ignore l'ascenseur qui m'attend au rez-de-chaussée, préférant prendre les escaliers. Je monte quatre à quatre les marches, ce qui à priori me fait arriver plus rapidement que si j'avais emprunté l'ascenseur. Je sonne encore une fois, cette fois-ci chez elle, directement. Je récupère mon souffle puis Alice vient m'ouvrir.
- Ah Paul ! Tu vas bien ?, me dit-elle avec un sourire angélique.
- Depuis que tu as ouvert la porte, oui, je me sens bien.
Elle ne me répond pas, mais garde un sourire comme pour dire qu'elle est flattée. Elle m'invite à la suivre jusque dans sa chambre. J'entre. Mon regard balaye la pièce rose, dans laquelle des peluches et posters en tout genre trônent respectivement sur des tables et sur les murs. Soudain, le balai que sont mes yeux s'arrête sur la valise grande ouverte posée sur sur lit. Intrigué, je lui demande :
- Tu t'en vas où Alice ?
- A Lausanne, en Suisse. Pour voir mes grands-parents que je n'ai pas l'occasion de voir tous les jours.
Je prends un air déçu, puisqu'il y a quoi l'être.
- Pourquoi tu ne m'as pas prévenu ? Tu sais bien qu'on se dit tout !, lui dis-je un peu attristé.
- Désolé Paul. Je sais, j'aurais dû. Mais j'ai eu l'idée ce matin en cours de maths. Tu sais, moi, les maths, j'en ai marre. Donc à la place je pense, je rêve. J'ai tout de suite prévenu mes parents, mais pas toi.
- T'en fais pas, moi aussi j'ai des idées qui atterrissent dans mon esprit comme des pluies imprévues. Et moi aussi, je déteste les maths, ce casse-tête sous forme de théorèmes, calculs et tout ça...
Depuis la chambre, nous entendons des pas s'approcher. La porte s'ouvre, laissant passer la tête de la mère d'Alice.
- Bonsoir madame, lui dis-je pour la deuxième fois.
- Ma chérie on est prêts. On attend.
- D'accord, j'arrive tout de suite. Tu viens avec nous ?, me demande t-elle.
- Bien sûr que oui !

Histoire publiée le 10/08/2008 à 16h49.
Thèmes : Amitié, Amour, Chenille, Papillon, Paris

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