Dehors
Étrangement, tu as envie. Tu regardes le ciel se dérober sous ton regard. Il a juste envie de s'en aller. Parfois, tu voudrais le suivre, là-bas. Tout le temps, en fait, mais tu fais abstraction. Abstraction, ça ressemble un peu à un reflet de rayon dans le ciel, qui se laisse flotter dans les airs. Et puis, tu avances, ou tu n'avances pas. Mais, tu ne peux reculer alors tu flottes toujours, parce qu'au fond c'est la seule chose à faire. Un frisson te transperce, tu as froid. Mais tu fais comme tout le monde et tu te tais, parce qu'il le faut. Comme tout le monde. Cette pensée te répugne. Tu voudrais juste pouvoir voler, toi, seulement toi, parce que tu es toi. Mais dehors, il n'en est pas question. Tu dois suivre la foule, parce qu'on t'a dit de le faire. En fait, on ne te l'a pas ordonné, mais tu te souviens toujours de l'unique fois où tu as voulu t'échapper, et rien que ce souvenir, là, encré en toi, efface ne serait-ce que l'idée de t'éloigner du rang.
Tu voudrais boucher tes oreilles, pour ne plus entendre le bruit. Les enfants qui crient, les chiens en furie qui grognent. Personne ne parle. Mais toi, toi, et seulement toi, tu as ce pouvoir de les entendre, parler, penser, crier, hurler, et souffrir. Et toi, tu es toi, et ça te tue, mais tu dois l'être. Tu sais que tu dois les sauver mais tu ne peux pas bouger, car au fond, tu es comme eux. Tu restes là, sans bouger, tu te tais. Et ça hurle en toi, ça agonise. Tout, eux, toi, toi, eux. Ils crèvent tous et tu le sais. Ils crèvent en toi mais ils ne le savent pas. Car toi, tu sais, horreur, tu sais. Ton cœur s'arrache mais les leurs implorent. Ils implorent le ciel de les aider. Mais toi, tu reste là. Au fond, tu as peur, tu ne veux pas te décomposer plus encore que maintenant. Tu voudrais fermer les yeux, pour ne plus les voir. Ils cherchent partout ce qu'ils ont sous les yeux. Eux ne te voient même pas. Pourtant, ils t'appellent, tous autant qu'ils sont, mais ils ne savent pas. Ce n'est pas ton nom qu'ils hurlent mais ton âme. Ton âme, ils ne la connaissent pas. Au fond, ils n'ont jamais cherché à la connaitre, et toi, toi tu la gardes précieusement secrète au fond de toi. Alors toi, toi, tu te fais une raison, ce n'est pas vraiment toi qu'ils appellent, alors tu n'as pas de raison d'y aller.
Dans la foule, quelqu'un t'a repéré. Bien sur il ne sait pas qui tu es, Grand Dieu non, mais il croit savoir. Alors toi, là, tu espères. Peut-être que tu n'es pas seul, finalement. La personne se retourne, puis te regarde. Elle ne voit pas tes yeux, non, mais elle te regarde quand même. Elle tourne autours de toi. Toi, tu suis son regard, tu veux t'accrocher maintenant qu'elle est là. Elle porte ta main à son cœur. Tu te dis que peut-être tu pourras les oublier, maintenant, eux, qui crient, qui hurlent. Son regard se tourne vers un autre côté, elle part. Toi, tu te décompose. Le bruit devenu sourd t'éclate en plein visage. Tu voudrais crier, hurler, tuer, mais tu serais comme eux. Et ça il en est hors de question. De toute façon tu ne peux pas, tu dois te taire. C'était la quatrième.
Étrangement, tu as envie. Tu regardes le ciel se dérober sous ton regard. Il a juste envie de s'en aller.
Histoire publiée le 28/12/2008 à 20h35.
Thèmes : Envie, Froid, Souffrance
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Par dead-rose le 06/08/2010 à 12h56
J'adore
Par uriko le 25/02/2009 à 18h16
Sourire de lune
j'aime bien cette histoire mais le "tu" me gênes.
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