Dehors et Dedans
Violence. Deux mondes, celui de dehors, celui où On rit, celui où On chante, celui où On a l'air bien. Dedans. Celui de dedans, celui qui est noir, celui qui est sale, celui qui est violent, celui où On crie, celui où On lance les objets, celui où les objets se brisent, celui où On blesse les autres, celui où, pour arrêter cette folie, On se coupe. Dedans, là où le sang coule.
Dedans, des mots qui blessent, des mots méchants, où la folie s'insinue dans la tête, celui où tout est violent et sombre, coloré de rouge et de noir qui ne se sont pas mélangés. Dedans, ce qui est secret, ce qui ne se voit pas sur ce visage quasi inexpressif, dedans, ce qui se cache derrière ces deux prunelles sombres. Dedans, ce que dehors ne doit pas voir. Ce que dehors fuirait, ce que dehors haïrait, ce que dehors ne peut pas comprendre.
Dedans, la folie profonde, insondable, noire et laide. Dehors, ce joli visage, ce joli corps, cette jolie tête. Cet air serein, cette générosité apparente. Dedans, ce qui est malsain, ce qui est caché, ce qui brûle. Un enfer noir, sombre, douloureux, brûlant de larmes, de haine, de remords et de regrets.
Si On avait poursuivi cette procédure qui aurait due être, si On avait dit la vérité au lieu de mentir pour sauver leurs stupides apparences, de parents bien propres sur eux, de mère saine d'esprit, de "jolie famille", On n'aurait pas fini comme ça. On n'aurait pas sombré aussi profondément.
Dehors, les amies qui aiment Surface. Dehors, quand l'une d'elle pleure et que toutes les autres s'attachent autour d'elles, qu'elles laissent On derrière, On pense: "On aussi pourrait pleurer pour être consolée, On aussi pourrait pleurer pour attirer l'attention." Mais On ne pleure pas, mais On ne dit rien, mais On se tait, mais On reste gentille, c'est vrai, après tout, dehors, c'est Surface que les gens aiment. On est triste, on est terriblement triste, mais On est forte, alors On ne pleure jamais devant les autres, On détruit pour apaiser cette souffrance, mais On n'est pas soulagée, au contraire, On a le cœur encore plus lourd.
On repousse ceux qui s'attachent à On, On détruit ceux qui aiment trop On, parce que On sait. On sait que s’ils connaissaient vraiment On, ils prendraient On en horreur. C'est comme maman dit : "Si les autres te voyaient telle que tu es, ils te fuiraient". Alors On reste sage, dehors.
Mais dedans, maman détruit tout. Mais dedans, maman s'approprie tout, maman vole tout, maman prend tout ce qui est cher à On. Maman salit tout avec des mots hideux, horribles, méchants. Papa en rajoute, et le frère aussi. Seule sa sœur essaie de comprendre On. Seule sa sœur reste vraiment attachée à On. On ne se fâche que très rarement contre elle. Elle est la seule à qui On parle gentiment même quand On a envie de tout détruire, de tout briser.
On voit papa à genoux nettoyer ce que On a jeté. De la nourriture. On a de la peine, On a des remords, On ne voudrait pas laisser papa nettoyer à genoux comme ça. Mais On ne dit rien. On regarde juste. C'est maman qui a rendu On comme ça. Et papa dit que c'est trop facile de dire que c'est maman. Oh! Non, ce n'est pas facile. C'est très douloureux de dire, de voir, de sentir que On devient folle à cause d'une personne qui jadis était si chère à On. C'est terriblement triste.
Dehors, On rit, On sort avec sa cousine, On a de bonnes intentions, On ne ment pas, On est dehors, Surface n'est pas un mensonge, c'est tout autant On que On de dedans, On qui détruit. Mais bien sûr, le dire à Dehors serait stupide. Dehors ne comprendrait pas. Dehors deviendrait à son tour violent, laid et froid.
Parfois, On ne comprend pas ces gens qui aime Surface, qui reste avec On sans voir On de Dedans. Elle se demande comment ils font pour ne pas fuir. Et ceux qui fuient, On court après désespérément, On s'accroche, On ne veut pas qu'on l'abandonne. Mais plus On court, et plus ils fuient.
On s'assoie par terre, de longues heures. On s'allonge par terre longtemps, longtemps. On sent le froid du carrelage la pénétrer lentement. C'est comme dedans On. Dedans On, il fait tout froid, il fait tout noir, il n'y a aucun bruit. Dedans On, c'est silencieux, il y fait si froid, si froid. Il y fait si noir, si noir, si noir. On est si triste, si triste. On voudrait sortir, On fait des projets avec des amies, de voyages, d'universités, de cinés.
Mais toujours maman est là qui veille. Maman qui interdit, qui autorise une fois pour mieux interdire après, pour mieux faire sentir à On la morsure de la haine et de la peine. Maman est là qui détruit tout, qui enferme On dans le désespoir, qui l'y jette encore plus profondément.
On s'enfonce, On est parfois si fatiguée de surnager pour garder les yeux hors de l'eau. Une eau de puits, mais pas une eau claire, pas une eau pure. Une eau putride, croupie, empoisonnée.
Dedans On, il fait très froid, très sombre. On n'entend même pas un cœur qui bat. On n'entend rien. Juste le vide. Alors On se recroqueville sur elle-même, On garde bien caché dans une poche une toute petite lumière qui brille. On s'emmitoufle dans des gros pulls, On s'empantoufle, On ramène ses genoux contre On, On écrit. On pleure. On trouve que pleurer est humiliant, On pense qu'On n'a pas le droit de pleurer. Mais tenez, voyez comme c'est drôle, riez. On a les yeux qui fuient. On n'ose pas dire Je.
Parce qu'il faudrait dire "Je pleure".
Histoire publiée le 16/12/2009 à 14h05.
Thèmes : Désespoir, Folie, Violence
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Par dead-rose le 21/12/2009 à 11h25
waw! vraiment bien écrit, c'est sublime
Par cricri2002 le 17/12/2009 à 18h50
bientot la rentée... me tarde pas :(
super histoire
Par lora85 le 17/12/2009 à 11h10
j'adore aussi
Par gothique-jess le 16/12/2009 à 21h17
L'amour c'est comme un rêve,ça ne fait que grandir
Magnifique histoire..J'adore 5*
Bisous Ma Dadine
Par andrea1 le 16/12/2009 à 19h54
Jusqu'à hier.
Magnifique... terriblement touchant et à la fois original.
Par bast52 le 16/12/2009 à 19h54
C'est du Gucci, c'est du goût de chiotte
j'adores
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