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Description d'une personne amoureuse

Encore une fois je me retrouvais seul avec elle, encore une fois je me perdais dans ses yeux comme un vieux pêcheur se perdrait dans la contemplation de la mer. La mer est toute sa vie, il la connaît depuis sa plus tendre enfance et elle l'a toujours passionné. Par son aspect à la fois calme et féroce. Cette inconstance, toute féminine, entre la placidité d'une journée sans vague et le déchaînement inattendu de la tempête hivernale. Cet infini engendrant la vie et la mort, cette force indomptée qui peut aussi se montrer miséricordieuse. La mer est au-dessus du bien et du mal, elle donne et reprend, selon son humeur. Un jour elle vous fait vivre et le jour suivant vous nourrissez ses poissons. Elle vous obsède, vous obnubile, vous subjugue. La mer est un peu comme un dieu -et les hommes l'ont souvent élevée comme telle- , une grandeur qu'un être humain ne peut totalement appréhender, composée de la source même du jaillissement de la vie.
Toutes ces choses, je les retrouvais dans les yeux d'Euphrasie.
Je ne peux m'empêcher d'essayer de vous décrire cette déesse, car pour moi, c'en est une. Commençons par le haut, car il faut bien commencer par quelque chose.
Sa chevelure. De longs et soyeux cheveux blonds, ondulant gracieusement sous la brise marine. Cette cascade de cheveux blonds encadrant un visage dont la beauté n'inspire que l'emphase, même s'il n'en est rien, car on ne peut exagérer la perfection. Mais ce n'est pas là une description suffisante pour le lecteur, car chacun a sa conception de la perfection, voici la mienne, personnifiée en cet être qu'est cette fille en face de moi qui me sourit. Des joues qui s'empourprent dès qu'un regard se fait trop insistant sur ses formes, des sourcils qui se froncent volontiers lorsqu'elle est contrariée et qui s'arquent sous la surprise. Des petites lèvres roses, qui lui sont un grand atout pour faire céder quelqu'un au moindre de ses caprices, car refuser quelque chose à cette moue-là relève d'une force de caractère qui me dépasse. Lorsque ses lèvres s'écartent pour laisser échapper un rire plus cristallin que le chant d'un oiseau amoureux au printemps, on peut apercevoir ses dents. Petites, blanches, avec les incisives légèrement pointues, qui mordent volontiers les lèvres citées plus haut sous le remords. Ensuite ses yeux, souvent ombragés voire cachés, par pudeur, par ses nombreux cils ne font que cacher, tel un voile de mariée, quelque chose de bien plus beau. Lorsque vous avez gagné sa confiance et qu'elle vous dévoile enfin ses yeux, c'est un sentiment unique à la fois d'extase et du besoin de protéger cette créature qui paraît si fragile. Une couleur ne suffit pas à définir des yeux, c'est bien plus complexe que cela. Une multitude de ramifications tirant tout de même vers le bleu, allant du violet à l'azur, en passant par le cyan et le marine. La liste serait longue si l'on devait citer toutes les couleurs de ces iris, surtout qu'il y existe des bleus qui n'ont pas encore été nommés par les scientifiques ou par les Immortels. Bref, nous dirons qu'ils sont bleus, car sinon nous allons y passer cent pages. Il est difficile de continuer une description après tant d'éloges pourtant, par nécessité du livre, il le faut. Descendons, maintenant, attardons nous quelque peu sur ce qu'il nous reste à découvrir, car il y a encore bien des merveilles à entrevoir, même si tout ne peut être dévoilé en une fois, car certaines parties du corps ne s'ouvrent pas à la vue de n'importe qui. En effet, il faut un minimum « travailler » -pour reprendre une expression de Jean Rézeau- la personne pour que cet être se livre tout entier à nous. Nous nous dirigeons donc vers le menton, sur lequel il n'y a pas grand-chose à dire, si ce n'est qu'il n'est ni en galoche ni double et qu'il peut y apparaître une fossette si la belle daigne vous sourire. Nous nous arrêterons là pour le moment car nous sommes trop épris de son visage pour remarquer le reste. Passons maintenant au décor alentour, qui, il faut bien le dire, est comparable au décor de « La Naissance de Vénus » de Michel-Ange. C'est-à-dire qu'il remplit parfaitement sa fonction première, celle d'occuper l'espace plutôt que de le magnifier. Maintenant fermez les yeux, enfin réflexion faite non, car sinon vous ne pourriez lire. Imaginez, cette fille pour laquelle vous seriez prêt à vous damner, un paysage verdoyant balayé par un léger vent qui sent bon la mer avec à l'arrière plan une mer d'huile. Rajoutez à cela encore une belle matinée de printemps ainsi que les pleurs des goélands de la Manche et vous avez une assez bonne idée de ce que j'ai vécu à ce moment-là, qui fut l'un des souvenirs les plus beaux qu'il me reste. Vous avez donc devant vous cette fille, âgée d'environ dix-sept ans, qui vous regarde, l'œil malicieux et qui vous sourit. Seulement il manque un élément capital à cette scène, l'Amour. En effet, je l'aime, moi, jeune paysan sans autre ambition que celle de l'aimer, maintenant et pour l'éternité, au strict minimum. Mais vous ne pouvez vous rendre compte réellement de la scène, car vous ne connaissez pas cet amour. Vous ne connaissez pas cette boule au ventre quand vous pensez à elle, cet affolement du cœur lorsqu'elle pose son regard sur vous, cette plénitude lorsqu'elle pose sa tête sur votre épaule. Vous ne connaissez rien de cela. Vous ne pouvez savoir ce que je ressens lorsqu'elle me laisse toucher ses cheveux. Sentir cette matière si douce et brillante dans mes mains, pouvoir humer le parfum de son cuir chevelu. Ne pouvoir rien faire qui vous ramène inexorablement à elle, toutes vos pensées, toutes vos actions sont liées, quelques fois inconsciemment, à elle. Cette jeune fille, qui ne fait rien d'autre qu'être, mais qui vous efface la peine de votre cœur, qui le rend vivant, plus libre qu'une hirondelle au printemps. Vous voudriez passer votre vie à lui écrire des poèmes sur sa beauté et sur votre amour que vous lui portez. Les journées ne sont pas assez longues pour pouvoir la contempler et les nuits trop pleines d'émotions pour que vous puissiez vous endormir. Et même, lorsque vous y arriver, ce n'est que pour la voir courir dans un champ, s'asseoir au coin du feu et joindre sa main à la vôtre, la voir se baigner dans la mer lors d'un torride jour d'août. Tout cela, c'était ma vie, elle peut vous paraître un peu niaise, mais j'étais heureux, comme jamais auparavant.


PS : J'ai écrit cette description dans le but de continuer cette histoire, si vous pouviez me donner votre avis quant à cette partie descriptive, je vous serai reconnaissant.

Histoire publiée le 21/03/2011 à 19h30.
Thèmes : Amour, Femme, Printemps

Rappel : Ce contenu est protégé par le droit d'auteur. Toute reproduction, même partielle, est interdite sans le consentement de l'auteur.
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Commentaires

Avatar de vampirette18

Par vampirette18 le 11/04/2011 à 20h37
Louis...

Magnifique, tu écris somptueusement bien ! Je suis d'accord avec Perce-Neige.

Avatar de perce-neige-x3

Par perce-neige-x3 le 27/03/2011 à 19h51
L'amour est aveugle, rendons le Sourd.

Impressionnant.

Avatar de anouchka19

Par anouchka19 le 22/03/2011 à 21h50
Au milieu des vipères, et combats de scorpions..."

+5
Bravo !

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