Actualité Cinéma Photos Fonds d'écran Vidéos 3B Poèmes Histoires
Séries TV Musique Sondages Citations Blagues Jeux Blogs t'Chat Forums
Rechercher

Échos

Deux jours lors de mon arrivée aux Grandes Pointes, je sens déjà les mains osseuses de la mort essayant de m'arracher à ma vie. En vérité, je n'espérais rien d'autre que de voir les fourmis sous mon lit. Ma tante croyait que la vie sauvage et l'air frais me feront du bien, mais voilà que s'etrécit la différence entre amélioration et miracle quand il s'agit du cancer. Le troisième matin, le docteur me suggéra d'aller visiter les montagnes que les paysans appellent les Grandes Pointes. J'y allai seule.
C'est avec grande stupéfaction que je distinguais l'impressionnante variété de la couleur verte qui m'entourait, et je n'arrivais à peine à croire que ce ne sont que des centaines de types d'herbes qui en sont la cause. La terre semblait presque chauve, due à l'absence des arbres.
Je n'oubliai pas le sourire espiègle du docteur quand il me parla de l'écho. Il a dit que l'écho est différent ici, aux Grandes Pointes, et ça se répandait même dans le brouillard. Pourquoi, alors? Parce que les terres sont sans arbres? Ou est-ce une sorte de magie?
Ma longue marche se termine sur l'une des <<pointes>>. Il y avait un arbre solitaire qui se reposait près du bout. Je ne pouvais voir grand chose du bas à cause du brouillard, mais je pouvais percevoir dans mon esprit l'immense vide et la profonde tristesse qui y dormaient. Me tenant droite, face au vide, je me mis à crier.

Ma voix partit comme une longue épée, traversant les embruns, et revint en plus faible dans un coup de vent. Le docteur avait raison: il y avait des échos dans le brouillard! Il y en avait!
Et peut-être est-ce vraiment à cause de ce brouillard, ou les Grandes Pointes eurent eux-mêmes déchiré le son, l'écho qui revenait ne fut pas une voix claire, mais mille, qui allèrent se promener dans tous les sens en répantissant sa beauté crisalline. Puis, comme si le dieu des montagnes m'a lui-même entendu de loin, une autre voix revenait en réponse, une voix différente de la mienne, plus forte, plus joyeuse, qui résistait aux déchirures des Grandes Pointes. À ce moment, les embruns s'écartèrent, et, à l'autre bout des montagnes, je distinguai une ombre sur l'une des trois Pointes. Et comme par magie, le soleil se leva derechef et commence à briller.

Sur une pointe se tenait un garcon un peu plus vieux que moi aux cheveux longs flottants, et sa longue silhouette svelte se détacha lentement de la montagne au fur et à mesure que le soleil brillait, et il me fit un geste de la main.
Quelques minutes plus tard, l'inconnu arriva auprès de moi, haletant, mais content.
- Je m'appelle Curtis.
Il me tendit la main.

Quand je lui demandai l'origine du nom Grandes Pointes, il me répondit avec enthousiasme:
- C'est une légende, racontant qu'une pauvre femme qui devait nourrir sa famille avec le peu d'argent qu'elle gagnait en réparant des vêtements pour les familles riches. Lors de sa mort, elle a déposé ses aiguilles, pointes en haut, sur ses terres. Au fil des ans, la terre et les roches ont fini par les couvrir, en formant des étranges montagnes. Quand les archéologues et aventuriers sont venus, ils ont expliqué que tout n'était que l'oeuvre du vent, mais les vieux ont préféré conserver le nom.
Il continua après une courte pause:
- La légende disait aussi que tous les amoureux qui se sont rencontrés sur ces montagnes sont des âmes soeurs qui s'aimeront pour toujours.
- C'est beau.
Curtis est atteint de cancer, comme moi. Il a déménagé dans les montagnes il y a deux semaines sous les conseils de mon docteur et habite à la première étage. Il semble connaître les territoires des Grandes Pointes comme le fond de sa poche. Comment fait-il donc, je me le demande.
Le lendemain, je revis Curtis dans les bois. Il tenait un cerf-volant dans ses mains.
- J'adore les cerf-volants, dit-il, en les regardant s'envoler dans le ciel, moi aussi j'ai l'impression de voler dans les airs, et l'impression de liberté deviant très forte.
Nous nous sommes rendus sur les Grandes Pointes pour lancer le cerf-volant. Il n'y avait pas de brouillard ce jour-là. Dans le doux vent qui s'amenait, j'eus soudain une vision: une maison, des enfants s'amusant à travers les champs, Curtis et moi les regardant jouer.

Depuis ce jour, j'allais avec Curtis tous les jours sur les grandes pointes, et nous criions vers le grand vide et écoutions les échos en tentant de percer le mystère. La magie des Grandes Pointes était immense, elle nous enveloppait, Curtis et moi, et nous transportait dans un autre monde. Elle a créé une sorte de lien – que ce soit de l'amitié ou de l'amour – entre nous, deux jeunes qui attendent patiemment la mort.

Une rude pluie s'était abattue ce matin-là dans le royaume sauvage. Je descendis à la première étage. Curtis était assis sur le lit, le visage souriant.
- Je crois avoir un jeu de société dans la valise.
Il se leva, mais ses jambes tremblèrent un peu, et silencieusement et à mon grand effroi, il tomba sur le sol couvert de tapis, inconscient. Tout mon sang semblais s'être figé tout au milieu de ma tête, et je me mis à crier, comme aux Grandes Pointes. Je ne m'entendais pas. Il y avait cette voix à l'intérieur de ma tête qui m'obligeait à l'écouter. <<Regarde comment il est pâle>>, disait-elle.

J'entre lentement dans la chambre où était couché Curtis. Son visage était blafard. À mon approche, il ouvrit les yeux.
- Salut, toi. Écoute, ma belle, j'ai tant de chose à te dire, mais il me semble que je n'ai plus que quelques heures.
- Ce n'est pas grave, parle, et je t'écouterai pour toujours.
- Tu as pleuré? Pour moi? Ça me console beaucoup.
Il y eut un silence avant que Curtis ouvre la bouche de nouveau.
- Tu te souviens de cet écho? Il doit y avoir de la magie là-dedans. La magie des Grandes Pointes a fait des échos ordinaries une merveille… tout comme toi. Tu as été cette extraordinaire magie qui m'a transformé. Pour dire la vérité, je devais mourir le mois dernier, aux alentours du jour de notre rencontre. Merci, ma belle. Tu m'as donné une chose que je n'ai jamais obtenu, c'est l'amour. Je devrais être content de mourir amoureux, tu ne penses pas?
Sa voix se brisa.
- Allez, va maintenant, tu ne veux pas me voir pleurer.
Il y avait déjà cette larme qui se glissait le long de sa joue droite. Après d'avoir déposé un baiser sur sa main, je me retirai en silence. Adieu, Curtis, adieu.
Et il mourut dans la nuit.

Je suis retournée sur la montagne du premier jour de ma rencontre avec Curtis. L'arbre y était toujours, mais ses feuilles avaient tourné de vert en or. L'automne était arrivé.
Je ne pus décrire l'exact de ce que je ressens – que ce soit de la peine ou du désarroi. Je me mets à crier vers l'autre côté du monde, mais au lieu des échos, il n'y avait que le silence. C'était ce brouillard. Et pourtant, il n'a jamais empêché l'écho de se répandre auparavant. Où donc est cette magie aujourd'hui?
Une voix douce derrière moi répondit:
- Elle s'est envolée, ma belle. Envolée pour de bon.
Je me retourne, il n'y avait personne. Rien que ce petit vent glacial qui m'enveloppait.
Je m'assieds au pied de l'arbre et regarde le ciel nuageux. Il semblait s'éclairer soudain, et le tender bleu me caressa le visage. Puis, je crus voir un cerf-volant et entendre des échos.

Histoire publiée le 19/09/2006 à 04h13.
Thèmes : Cancer, Légende, Stupide

Rappel : Ce contenu est protégé par le droit d'auteur. Toute reproduction, même partielle, est interdite sans le consentement de l'auteur.
Dernière visite le 02/05/2008 à 00h25

Dernière visite le 02/05/2008 à 00h25 Isil Dernière visite le 02/05/2008 à 00h25 - Voir ses histoires
 

Ajouter aux favoris
Ajouter aux favoris
Envoyer à un ami
Envoyer à un ami
Attribuer une note
Note 1Note 2Note 3Note 4Note 5
Moyenne (5 votes)
Note 1Note 2Note 3Note 4Note 5

Commentaires

Avatar de ria36

Par ria36 le 20/07/2007 à 02h05
...!!!

superbe histoire
j'ai beaucoup aimé
Bravo Isil

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire, inscrivez-vous gratuitement !