Elle
Elle, elle se promène dans les rues de Paris. On murmure sur son passage des choses bien et mal. Qu'importe, elle est pressée. Ses talons claquent, durs sur les pavés. Ses chevilles se tordent un peu, normal,après tout, elles sont si fines ! Elle a rendez-vous, elle, elle est marchande d'amour. Son travail est de consoler les âmes désespérées. Rien de si honteux de pareil point de vue n'est ce pas ? Pourtant, bien des gens l'insultent et la dénigrent.
Communément les gens l'appelle "putain" ou plus poliment "prostituée" et plus gentiment "cocotte". De toutes façons, elle, elle n'a plus personne pour la chérir. Lui, il est parti. Il y a longtemps. Il a fait ses bagages un soir où elle gardait la petite fille de la voisine. Il n'est jamais revenu.C'est après qu'elle est devenue ce qu'elle est. Elle vend de l'amour, rien d'autre. Son coeur, elle l'a donné et jamais repris. Peut-on dire qu'elle n'aime pas ses hôtes? Pas vraiment. Elle les aime juste le temps d'une nuit.
Et ils claquent les petits talons.Ils avancent d'un pas rapide et sûr. Ce soir encore, elle va offrir ce qu'elle peut encore donner. Elle n'a plus d'espoir. Enfin,peut-être un peu. Un tout petit peu. Elle attend encore qu'il revienne sans vraiment se l'avouer. Elle secoue sa fine tête d'un air agacé. C'est mauvais. Elle n'aurait pas dût y penser, son travail l'attend. D'ailleurs, elle est un peu nerveuse. Aujourd'hui,c'est un hôte spécial qu'elle reçoit. Elle ne le connait pas. Ce n'est pas comme si elle les connaissaient tous, non, bien sûr que non. C'est juste qu'elle a un étrange pressentiment.
Enfin,ce n'est pas important. Ce n'est plus important. Elle est arrivée. C'est au septième étage d'un immeuble assez chic qu'elle est attendue. Timide, légèrement effarouchée par les regards qui se posent sur elle, elle prend l'ascenseur. Des gens défilent, montent, descendent puis remontent. Elle se prend à rêver. Elle rêve d'avant. De sa vie, de lui, de leurs projets. Ils voulaient une fille qui s'appellerait Agathe,un petit chat blanc qui aurait répondu au doux nom de Saint Pierre, une jolie maison avec un petit bassin où ils y auraient eu une myriade de petits poissons colorés...
Viennent les mauvais souvenirs. Le parfum d'une autre accroché à ses cheveux, son regard lointain lorsqu'il la regardait... Et puis le drame. La maison vide, les vêtements disparus. Ce soir là,elle l'a cherché partout. Puis, elle est rentrée. Elle s'est assise sur le lit tant de fois partagé et a pleuré. Il était parti. L'ascenseur s'arrête doucement. Les portes s'ouvrent.
Machinalement elle lève la tête. Elle sort de sa torpeur et se dirige maintenant vers le numéro treize. La porte est semblable à toutes celles de l'étage mais une chose cependant la distingue. Un parfum vaguement connu. S'insinuent alors en elle d'autres souvenirs douloureux. Elle les chasse brutalement en secouant la tête de droite à gauche comme l'aurait fait un chat agacé par une herbe.
Elle frappe à la porte et entre.
D'abord,elle ne voit rien. Rien que l'obscurité de la pièce. Une main écarte légèrement un rideau d'une fenêtre, laissant entré un timide filet de jour. Ses yeux, maintenant habitués, elle devine un grand salon meublé de meubles de prix et d'objets précieux. L'homme est dos à la fenêtre. A contre jour, elle ne peut pas voir son visage.
Il s'approche d'elle et l'enlace. Une sensation de déjà vu l'inquiète. L'homme lui soulève le menton et l'embrasse. Elle reconnait ces lèvres. Il y a longtemps, elle les embrassait tous les jours... Une larme coule sur sa joue pâle. L'amenant près de la fenêtre,l'homme l'embrasse encore. Au contact de ses lèvres au goût de souvenir, elle frémit. Elle tente de repousser cette homme si effrayant de similitude avec celui qui l'abandonna.
Il la retient et murmure tout contre son oreille de cette voix chaude et aimante qu'elle connait tant :
_ C'est bon maintenant. Tu peux cesser de pleurer. Tu peux cesser de t'humilier ainsi. Je ne partirai plus. Je te le promets. Je suis enfin revenu.
Alors elle pleure. Elle sanglote sans retenue contre cette épaule tant souhaitée. Lorsqu'elle s'est enfin calmer, il la délaisse un instant et disparait dans la pièce à côté. De nouveau elle tremble. De nouveau elle s'inquiète. Mais il revient en portant une chose blanche et mouvante dans ses bras. Il s'assoit sur le canapé à côté d'elle et lui place d'autorité son fardeau dans les bras. C'est étrange. C'est chaud, ça ronronne et sa respire...
Elle ouvre de grands yeux et, comprenant soudain, elle appelle,hésitante :
_ Saint Pierre?
Le chat,entendant son nom lève sur elle ses grands yeux vert et ronronne plus fort. Elle se met à pleurer doucement. De joie cette fois. Elle se tourne vers lui et chuchote :
_ Tu t'es souvenu... Tu n'as pas oublié...
Et lui de répondre :
_ Non, je n'ai rien oublié. J'ai trouvé la maison, les poissons colorés et le chat. Mais Agathe, je ne peux pas la trouver sans toi. Dans une heure, nous prendrons le train et nous irons y habiter. Tu peux tout laisser derrière toi maintenant. Plus rien ne te retient.
Elle le regarde de ses grands yeux humides, pose le chat à terre, se lève et l'embrasse. Elle est heureuse maintenant.
Aujourd'hui, sa fille s'appelle Agathe, elle est rousse, a les yeux verts de sa mère et les lèvres de son père. C'est une enfant de l'amour. Elle,elle est assise à la terrasse et sirote paisiblement une menthe à l'eau. Lui,il est dans le jardin en train de débarrasser les rosiers de leurs liserons.
Saint Pierre qui finalement était une chatte, a eu une portée de sept petits chatons tout aussi blanc qu'elle mais aux yeux bleus. L'un deux toutefois les a vairons. Un bleu et un vert s'il vous plait ! Elle et sa fille ont si bien supplié qu'il fut décidé qu'on les garderait et qu'une fois l'âge, on les stériliserait. En attendant ils dorment dans l'herbe sous l'oeil vigilant de Saint Pierre tandis que Saint Paul,le petit chat aux yeux vairons court après les papillons sous le regard amusé et maternelle d'Agathe.
Elle sourit, soupire et ferme les yeux. Elle est enfin heureuse. Tant d'années à attendre mais finalement, se dit elle, aucune de perdue.
Histoire publiée le 07/11/2008 à 20h01.
Thèmes : Amour, Espoir, Travail
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Par mywonderwall le 14/04/2009 à 18h34
Cherche l'inspiration....
Très belle histoire et très bien écrite, c'est vrai que le retour soudain de l'homme qui l'avait abandonné et le pardon immédiat d'Agathe ne sont pas très réaliste mais pourquoi pas^^.
En tout cas très joli.
Par ptiitexetoile le 18/12/2008 à 11h58
"Evasion annulée..." , "Marrée noire" >> Histoires
Est-ce comme ça, la vie ..? Suffit-il d'attendre pour que tout revienne... Ce n'était pas une illusion, son 'déjà vu' ... Alors peut-être que la vie n'est pas une illusion...
C'est beau, cette histoire... Mais.. Elle n'a pas peur qu'il reparte encore ..? Peut-elle dormir encore alors qu'il peut disparaître encore à tout moment ?
&..Comment l'a-t-il retrouvée ?
Par lilnao13 le 16/11/2008 à 01h32
seiun
Superbe
Par gothique-jess le 10/11/2008 à 19h18
Amour Et Peur
Manifique histoire..Bravo ma Dadine +5*
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