Elle était chocolat
Devant le nombre grandissant de querelles, le directeur de l'orphelinat Sainte-Anne convoqua les enfants et les adolescents de l'établissement et, au lieu de les punir ou d'exprimer des morales dites des dizaines de fois, prit la parole et leur raconte :
« Connaissez-vous l'histoire de Marine ? C'était une petite fille sage, douce et souriante, jusqu'au jour où elle perdit ses parents. Pour elle, ce fut une tragédie, mais même si elle était effondrée, son malheur n'était rien comparé à ce qui l'attendait.
« Elle fut envoyée dans un orphelinat car elle n'avait pas de famille. Elle se retrouva propulsée dans une vie qui ne lui était pas destinée, une vie qui n'est destinée à personne. Tout lui était étranger, mais elle était d'un naturel curieux et optimiste. Elle voulu pour ne pas rester dans sa solitude connaître et rencontrer des gens, des enfants de son âge. Elle alla voir une fille qui lui avait semblé sympathique. Mais cette petite fille lui dit simplement « non ». Quand Marine la questionna sur les raisons de ce refus d'amitié, elle lui répondit froidement « Je ne vais pas avec ceux qui ne se lavent pas. » Marine ne comprit pas immédiatement le sens de ces paroles. Elle essaya de demander ce que cela voulait dire à une autre petite fille. Celle-ci, d'un air dédaigneux lança « Regarde-toi dans un miroir », ce qu'elle fit. Alors elle comprit. Sa peau. Sa peau comparée à celle des deux autres filles était noire. Jamais jusqu'alors Marine se n'était posé la question du problème que cela pouvait poser, et même à ce moment là elle ne comprenait pas. Elle tenta d'expliquer que sa peau était propre, que c'était simplement une couleur innée, en vain. Alors qu'elle commençait à n'aller qu'avec ceux et celles qui étaient comme elle, comme sa peau, elle eut la chance d'être adoptée.
« Sa famille d'adoption était de couleur blanche et était très catholique, religion que Marine connaissait à peine. Cependant elle essaya de s'adapter mais elle était destabilisée vis-à-vis du contraste entre l'attitude entre les filles de l'orphelinat et de celle de ses nouveaux parents.
« Elle continua de grandir au milieu de toutes ces questions. « Pourquoi la couleur de peau fait-elle une personne ? Quelle est la différence entre mes parents adoptifs et ces filles ? »
« Mais un jour elle entra dans l'adolescence. A l'arrivée au lycée les questions qu'elle avait peu à peu enfouies ressurgirent. Pour quelles raisons ? Les intolérances dont elle était témoin ou victime, le propre de la crise d'adolescence avec le passage difficile à l'âge adulte, qui sait ? En tous cas ces questions et ces blessures non guéries et sûrement inguérissables revinrent. Alors Marine devint silencieuse, distante. Distante avec sa famille, mais en fait avec tous les « Blancs » ou même d'une autre couleur de peau que celle chocolat en général. Quand ça a commencé elle n'avait aucun sentiment de haine ou d'envie d'actes violents. Mais la distance qu'elle avait prise, contrairement à son intention, n'avait fait qu'attirer les regards sur elle. On découvrit vite, même si ce n'était pas un secret, qu'elle était orpheline. Alors les moqueries, le dédain, et les sentiments de supériorité vis-à-vis d'elle suivirent. N'allant que vers ceux et celles ayant les même origines, les sarcasmes ne venaient que de ceux et celles dont elle prenait des distances, et le fossé devint de plus en plus conséquent.
« Alors la haine se fit ressentir. Elle ne se posait plus de questions, elle ne cherchait plus des explications. Une haine glaciale mais prête à exploser, une haine noire aux nuances rouges, une haine pure, simple et dure s'était installée en elle. Dans chaque mouvement on la décelait. Ses parents ne la reconnaissaient plus. Elle n'avait pas changé du jour au lendemain, et me sentiment avait réussi à imprégner chaque parcelle de son âme. Une haine due à quelques semaines passées dans un orphelinat comme le vôtre, à entendre ce que vous vous dites.
« Elle s'est alors coupée du reste du monde extérieur. Il n'y avait plus qu'elle et son groupe d'amis. Ils n'étaient qu'une douzaine. Peut-être moins. Ses parents avaient perdu toute autorité sur elle. Une fois même, peut-être plusieurs, Marine les frappa. Ils voulaient l'aider, mais c'était depuis bien longtemps trop tard. Les paroles ne suffisaient plus. Les menaces ne suffisaient plus. Les marques d'affection ou d'amour ne suffisaient plus.
« Et comme nous pouvons facilement le deviner, la haine se transforma en désir de vengeance. Les haïr ne suffisait plus. Elle avait besoin de venger cette haine, de se venger de tous ceux qui lui avaient fait mal. Ses parents furent les premiers témoins de cette vengeance. Elle connaissait toutes les petites choses du quotidien qui les exaspéraient. Le crucifix décroché du dessus du lit, un téléviseur constamment allumé, le pain posé à l'envers sur la table, une poignée de porte démontée et remontée à l'envers… Des petites détails qui n'avaient qu'un seul but : « les rendre fous ». Parfois cela fonctionnait, parfois c'est elle qui perdait patience car ses parents avaient réussi à garder leur calme. Elle racontait ses exploits à ses amis qui racontaient les leurs. Marine trouvait quelque chose en eux qui la poussait à continuer et à ne pas se tourner vers d'autres personnes : la même histoire. La plupart d'entre eux avaient été rejetée à cause de leur couleur de peau, mais il suffisait de regarder dans les clans semblables à côté pour voir que certains avaient été rejetés à cause de leur religion, de leur statu social, de leurs yeux bridés, ou de leur façon de penser.
« Mais tout cela, Marine ne le voyait pas, ou peut-être ne voulait-elle pas le voir. Sa vengeance s'élargit aux autres « clans » autour d'elle, à d'autres camarades du lycée, si bien qu'elle faillit plusieurs fois se faire renvoyer définitivement. A chaque fois ses parents adoptifs faisaient tout pour qu'elle continue sa scolarité, car ils savaient que si elle arrêtait, ce serait fini pour elle également. Mais les violences continuaient encore et encore. Plusieurs dois certaines personnes se retrouvaient à l'hôpital. Elle ne regrettait rien, elle était fière de ce qu'elle faisait.
« Et un jour elle s'enfuit de chez ses parents. Pas un mot, pas un indice laissé pour savoir où elle était partie. Elle n'avait pas dix-huit ans. Elle fut cependant retrouvée six mois après.
« Elle était en prison, et accusée de meurtre. »
Histoire publiée le 11/09/2006 à 19h08.
Thèmes : Douleur, Racisme
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Par wilds le 05/09/2008 à 00h35
http:// www.myspace.com/tobewilds
j'aime bien l'histoire, mais je n'aime pas Marine.
ce que je vais dire va peut-être te choquer, et même surement, voir tout l'monde aussi, moi y compris.
je ne suis pas rasciste, je ne suis pas xénophobe, la plupart de mes potes viennent d'ailleurs, et je ne suis pas du genre à faire le coup de "j'aime pas les arabes, j'aime pas les noirs, mais toi j't'aime bien" je vous en pris, ne pensez pas ça d'moi (à la limite, j'm'en fous, ce que vous pensez de moi, mais ça va vous empêché de réfléchir à ce que je vais dire)
il existe pas mal de cas similaire.
je ne veux pas juger, mais, n'est-ce pas Marine, qui était faible dans l'histoire? En fait, je la trouve même carrément conne.
faut vraiment être con pour basculer là dedans. et influençable.
ok, ya des circonstances atténuantes, mais merde. ça peut paraitre radical, je ne dit pas qu'elle est la seule fautive, mais faut pas non plus la plaindre.
je suis au lycée, en terminal, et depuis que je fait partis de la vie en communautés, c'est à dire, depuis la mini maternelle, je n'ai jamais vu dans mes établissement des personnes être véritablement persécuté par leur différences.
les seules personnes réellement persécutées étaient celles qui avaient peur de leurs différences, ou des autres. le racisme appelle le racisme.
bien sûr, je vis dans une banlieue parisienne où les français "blancs" sont presque en minorité depuis l'enfance par rapport à toutes les autres éthnie, alors peut-être que la tolérance y est plus forte.
mais dans le pire des cas, à part les vieux cons de campagnes qui sont classé monument historique du 19ième, et les gros con de notre âge qui sont en fait peut nombreux, ce ne sont que des cons.
et ya qu'une personne faible, influençable et aussi conne pour basculer dans la violence à cause de ça.
j'explique.
le seul cas récent de raciste que j'ai vu était une fille black qui qualifiait notre proviseur adjoint (black aussi) de "bounty" car il était "blanc à l'intérieur" je vous laisse penser ce que vous en avez à penser...
et puis si vous êtes pas convaincu, allez voir en amérique, là bas vous allez voir ce qu'est le racisme VRAIMENT. c'pas comparable.
j'dis pas que faut s'estimer heureux, mais bon. faut pas dramatiser. ce genre de drame n'arrive plus en france.
même si je tiens à préciser que d'un autre côté, je blâme tout autant la connerie humaine =)
enfin, voilà, j'parle trop.
Par sugaretta le 31/03/2007 à 18h15
un geste vaut plus que des mots...
sa ma touché car j'é aussi été adopté et je suis noire mais jabiter dans en petit village ou le rascime d'exister pas maintenant jai déménager é o collége certain se dise rasciste mais pas avec moi il dise toi on taime tu est différente mais les autre ....??
Par mva1822 le 19/09/2006 à 09h45
Le monde est tellement petit qu'on finit toujours
C'est peut être stupide mais parfois les gens qui sont comme Marine ne s'en rendent malheureusement pas compte, le monde est comme ça, il faut le savoir, et si on ne fait rien, ça deviendra de pire en pire, je pense que cette histoire laisse passer un message important, ne mettez jamais quelqu'un à l'écart pour sa différence, non seulement parce que ces personnes peuvent se faire du mal à elles même mais aussià d'autres personnes qui ne sont pas forcément pour quelque chose pour ce qui est de la persécution des gens "différents"!
Très belle histoire et pleine de vérité, je ne suis pas prête de l'oublier!
Par lauriane91 le 17/09/2006 à 20h40
Surtout que c'est stupide !
Par uriko le 13/09/2006 à 14h17
Sourire de lune
Voilà jusqu'où peut mener la haine de la différence. Parfois, ça va encore plus loin.
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