Actualité Cinéma Photos Fonds d'écran Vidéos 3B Poèmes Histoires
Séries TV Musique Sondages Citations Blagues Jeux Blogs t'Chat Forums
Rechercher

Enfance maltraitée

Il vivait près du ciel, au sommet des terres. Qu'il était bien au milieu des forêts et des champs de fleurs. C'était l'été dans les hauteurs savoyardes. Dans cette nature accueillante et rude, dans ces hivers froids, au milieu des arbres, c'est là qu'il serait venu chercher la serenité, s'il l'avait pu.
C'était un enfant sans nom, sans âge ni visage. C'était un petit bout d'homme isolé au milieu d'une fratrie de filles plus âgées que lui.
Depuis que la mère avait gagné à la loterie, elle dominait la maison d'une main de fer. Elle privilégiait ses filles. Elle investissait toute son energie pour leur réussite. Dans ces contrées perdues, trouver un mari serait un bon placement. Les filles apprirent à lire, compter, écrire et s'occuper d'une maisonnée.
La mère s'était longtemps occupée des troupeaux tandis que le père entretenait le domaine de leurs voisins, la famille De Rocroy.
L'homme était un notable, un homme important et respecté. Il consacrait sa vie à son travail et partait tôt le matin pour revenir tard le soir. Il aurait suffit d'un geste de sa part pour que les métayers soient remplaçés.
Le père de l'enfant lui aussi avait des horaires difficiles mais lui subsistait. La mère ne pouvait supporter cette situation. En effet, ils habitaient une très modeste demeure. Trop petite pour y loger toute la famille.
Dans la grand salle au sol de terre battue, une table, quelques chaises rongées par l'humidité, une cheminée aux cendres éteintes. Il n' y avait dans cette masure ni chaleur ni lumière. Et l'on murmure même que la terre n'était pas la seule à être battue.
Du fait de la structure familiale, l'enfant dormait dans une cabane de bois avec la morsure du froid pour unique compagnon. On aurait dit que la mère le prenait pour un chien. Au moment des repas, l'enfant était toujours le dernier servi. La mère convenait quelques fois de lui jeter les derniers restes.
L'enfant avait les cheveux bruns, les yeux en amande, légèrement verts. Jamais on ne le vit sourire. Il avait emprunté le masque du silence à la comédie humaine. C'était une huitre. Au demeurant, s'il avait pris la parole, il aurait pris une volée de coups et d'injures.
La mère était d'une froideur inouïe. Elle adorait ses filles, uniquement ses filles. Car qui sait ce qu'il pourrait devenir quand elle serait vieille. Et s'il songeait à se venger? Alors la mère entreprit de détruire cet enfant quoiqu'il en coûte. Il fallait l'empêcher de grandir. Parfois le père intervenait mollement alors la mère lui resservait une cruche de piquette et il se taisait. Qu'aurait-il pu faire au milieu de cette meute matriarcale?
Arès ce coup de chance inespéré, la mère s'entêta à devenir la grenouille qui veut dépasser le boeuf. Elle poussa le vice jusqu'à inviter ses riches voisins. Elle s'endetta pour des mois mais ne fallait -il pas paraître? Pendant ce temps, sa haine de l'enfant s'accrut à mesure de sa folie. Privé d'eau, de nourriture, de soins et ...d'affection. L'enfant était isolé dans une forteresse nommée cruauté.
Le jour du repas, les voisins furent surpris voire choqués par la profusion des plats.
Emmanuelle, la jeune épouse avait un visage da'nge et un petit Saint Bernard, Mozart. Sa voix était d'une grande douceur. Dans ces paysages naturels, n'était ce pas la plus jolie des fleurs? Elle passait pour être une femme d'une immense bonté.
En fin de repas, Mozart sauta des genoux d'Emma. Il avait reniflé une présence. Il se dirigea vers la cabane et en ramena un bout d'os à moitié rongé.
_"Ah vous aussi vous avez un chien" demanda Emma.
La mère mal à l'aise ne répondit pas. Ses filles le firent pour elle.
_"Oui et nous le dressons chaque jour, n'est ce pas maman". Le regard de la mère s'illumina de nouveau.
Elle lui porta à manger. L'enfant eut droit à un morceau de viande depuis des mois et quelques coups de savate.
En quittant le domicile Mozart retourna à la cabane. Emma vit que le chiot léchait une petite main. Elle réprima un haut le coeur en mettant son mouchoir sur sa bouche.
Elle en parla à son mari mais celui ci lisait le journal et ne prêta aucune attention à ses divaguations.
Emma voulut en avoir le coeur net. Il faisait chaud, la montagne somnolait et son mari rentrerait tard. Elle changea de tenue et partit à la cabane avec Mozart. Un essaim de mouches dissimulait l'entrée d'où s'élévait une odeur âcre. Emma entendit l'enfant gémir de douleur. Le chiot se précipita pour sécher ses larmes. Cet enfant avait perdu toute lumière. Quand il aperçut Emma, il recula, de peur d'être à nouveau battu.
L'enfant portait des haillons crasseux, il était méconnaissable. Il n'existait que comme souffre douleur.
Aussi étrange que cela paraisse, il portait une médaille (comme tous les chiens!). Une médaille usée par le temps et la maltraitance. Il s'appelait Fritz ou Franz ou quelque chose comme çà. Il était né en octobre.
Elle ne parla de cette histoire à personne. C'était un secret entre elle et lui. Emma déploya des trésors de patience pour le réconforter hiver comme été.
Progressivement, l'enfant s'habitua à leurs présences, il l'attendait même avec impatience. Son plus beau souvenir fut de pouvoir se blottir contre Emma quelques instants. Il aurait voulu lui dire...mais jamais l'enfant ne parlait.
La mère remarqua que son rejeton rejeté reprenait des couleurs. Que faire? L'abandonner, le vendre? Elle laissa faire. Cà faisait une bouche de moins à nourrir.
Que d'émotions dans le regard de l'enfant quand il voyait Emma monter vers lui. Mais cet enfant qui était muré dans le silence réserva une belle surprise à Emma. Dans le tonnelet de Mozart, il laissa un petit poème qui toucha le coeur d'Emma. L'enfant écrivait des poêmes. Dieu seul connaît tous ses secrets.
Quand la mère sentit que l'enfant devenait fort en lui une pluie de coups s'abbatit sur lui, une mousson d'une cruauté immense. Ce fut son dernier plaisir. L'enfant accusa le coup et s'enfuit. Il trouva la force de s'évader pour retrouver Mozart.
Les deux compagnons profitèrent de la nature et de la liberté. Emma ne s'inquiétait pas. Chaque soir, elle trouvait un nouveau poème.
Puis un jour, plus rien. Mozart chercha partout. Emma alerta les secours. Enfin on retrouva sa trace. Il était tombé de la corniche après "être tombé amoureux "d' Emma.
Mozart emprunta mille chemins pour sauver l'enfant mais il se trouvait dans un coin isolé, innaccessible, la grotte des chiens errants. Ils hurlaient à la mort. Les forces de l'enfant l'abandonnaient. Il eut juste le miracle d'envoyer un dernier mot poétique à Emma. Puis il tomba dans les griffes de la meute. Il agonisa quelques heures plus tard après des années de souffrance.

Histoire publiée le 23/07/2008 à 09h36.
Thèmes : Chien, Enfant, Souffrance

Rappel : Ce contenu est protégé par le droit d'auteur. Toute reproduction, même partielle, est interdite sans le consentement de l'auteur.
Dernière visite le 07/08/2008 à 15h47

Dernière visite le 07/08/2008 à 15h47 Edgarpoeme Dernière visite le 07/08/2008 à 15h47 - Voir ses histoires
 

Ajouter aux favoris
Ajouter aux favoris
Envoyer à un ami
Envoyer à un ami
Attribuer une note
Note 1Note 2Note 3Note 4Note 5
Moyenne (1 vote)
Note 1Note 2Note 3Note 4Note 5

Commentaires

Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à en rédiger un !

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire, inscrivez-vous gratuitement !