Entre l'aube et l'Aurore
Le soleil se levait, pâle et tremblant, sur la lande plane et sans espoir. Pas une colline, pas un arbre ni la moindre habitation à l'horizon. C'était comme se retrouver au bout du monde, là où l'on ne sait plus distinguer ce qui vit de ce qui a vécu. Mais elle était là, et elle marchait. Inlassablement, de ce pas mécanique que l'on a quand l'esprit est absent et que le corps n'en fait plus qu'à sa tête. Elle marchait, le regard vide et ses pieds nus sales, noircis par la poussière et la terre des chemins, la plante ensanglantée à force d'être agressée par les arrêtes acérées des cailloux. Elle suivait un itinéraire qui n'épousait nul sentier existant et traversait sans émotion aussi bien les chemins chaotiques, les ruisseaux glacés et les champs trempés de rosée. Elle allait, tournant le dos au soleil levant. On ne voyait d'elle que les cheveux noirs, épais, emmêlés et abimés par les intempéries, qui lui tombaient devant les yeux en une frange trop longue et dévalaient ses épaules frêles jusqu'au milieu de son dos, son immense pull troué aux coudes qui lui arrivait aux genoux et une longue jupe à l'ourlet noircit et déchiqueté. Elle passait, sans témoin pour jurer de son existence, sans indication quant à sa destination, sans même qu'on puisse être sûr qu'elle vive vraiment. Et de toute manière, qu'importait qu'on le sut ou non ? Elle était de ces choses qui n'appellent aucun commentaire. Qu'aurait-on pu en dire ? Elle marchait. Toujours tout droit, sans jamais faillir. Brisée, cassée, peut-être, mais toujours debout. En l'observant, on aurait pu la juger belle. Belle avec sa peau tannée par le soleil, ses yeux sans vie d'un bleu flamboyant et ses lèvres gercées à la rondeur enfantine. Belle dans sa fragilité intouchable, dans sa maigreur insolente, dans sa détermination indifférente, dans son déséquilibre certain.
Belle mais morte. Morte sans l'être. Etre sans exister.
Animée d'une vie dépourvue de sens.
Elle marchait, laissant dans son sillage un parfum de souffrance, un sentiment aigre-doux de désespoir mélancolique, un arrière goût amer de passé mal enterré. Seule dans la lueur hésitante de l'aurore, avançant avec son lot de souvenirs douloureux et de blessures, droite et résistante, elle avançait.
Un pied devant l'autre, ignorant la souffrance de ses muscles malmenés, les yeux fixés sur l'horizon.
Pas à pas, inlassablement, elle marchait.
Malgré tout.
Peut-être aurait-on pu l'arrêter, peut-être aurait-on pu lui demander où elle allait ainsi et depuis combien de temps. Peut-être aurait-on pu lui dire que chacun de ses pas laissait sur le sol une empreinte ensanglantée. Mais pourquoi ? Elle était là et elle passait. Sans autre bruit que sa respiration et le froissement de ses vêtements. Comme un mauvais rêve.
Elle marchait sans faillir, le regard absent et le corps en piètre état.
Elle avançait, de cette démarche saccadée de ceux qui ne pensent plus.
Elle allait de l'avant, dans la lumière insaisissable de l'aurore.
Inéluctablement.
Histoire publiée le 14/11/2009 à 20h17.
Thèmes : Aurore, Détermination, Indifférence, Non-sens, Solitude
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Par lawla077 le 12/09/2010 à 17h30
je t'admire uriko je ne me lasse jamais de lire tes textes... il y'a tellement de sentiment decrit,d'emotion waow genial continue de la sorte je suis l'une de tes plus grande fans
Par dead-rose le 25/06/2010 à 09h38
J'adore
Par lilnao13 le 13/02/2010 à 18h22
Ainsi est fait...le monde.
J'aime.
Par bjsam le 16/11/2009 à 14h58
merci.j'ai beaucoup aimé
mon interview a changé.
j'attend ton prochain texte.
Par caten le 15/11/2009 à 20h08
un coeur qui ne sait plus comment battre tout seul
j'addore!! j'admire le style d'ecriture =) +5
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