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Escapade

Il est deux heures du matin, et je contemple le plafond : cette nuit, comme chaque nuit, je ne dors pas. Dormir n'arrive qu'aux autres. Calmement, sans un bruit, pour surtout ne pas la réveiller, je me lève, m'habille. Je sors dans la rue, dans l'air froid, et commence à marcher. J'aime beaucoup la ville ; elle non plus ne dort jamais. Je croise à plusieurs reprises des fêtards attardés, qui errent dans l'obscurité, trop éméchés pour savoir où aller. J'entends leurs rires, je sens leurs haleines, leurs pensées confuses, embrumées, une dive bouteille à la main. Comme toujours je les ignore, et passe à côté d'eux. Ils ne me remarquent pas. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais la nuit, personne ne me remarque.
Ah, ça y est, ça commence. Comme chaque fois, pris au dépourvu : un instant, je ne suis guère plus qu'une silhouette, une ombre qui passe ; et tout à coup, je sens cette soif dans mes veines, ce fourmillement dans mes ongles. Mon pouls ne cesse de s'accélérer. J'aimerais bien pouvoir l'éviter, ne pas ressentir cet appel. Mais je savais bien qu'au petit jour, je rentrerai chez moi la soif éteinte et sans forces. Je me glisserai près d'elle, toujours sans la réveiller... Ma femme, et toutes les autres femmes d'ailleurs, sont des objets de tant de convoitises et de désirs secrets.
Combien une femme par sa douceur et ses attentions peut combler un homme ! Certainement plus que tout autre chose sur cette terre. Et pourquoi ? Pour tant de choses ! La douceur de leur peau qui nous fait frémir, la tiédeur de leurs baisers, leur regard, tantôt tendre, tantôt plein de désirs de monts et merveilles, ce regard maternel qui n'a pas d'égal pour rassurer un homme sur l'amour qu'elle lui porte. Leur moue boudeuse qui nous faire rire comme elle nous agace. Leur générosité. Et leur odeur...ô combien inimitable, propre à chacune, à nos mères comme à nos femmes, leur odeur nous est si cher...Et l'exquise douceur de la plus petite de toutes leurs attentions. En un mot comme en cent, la femme est douceur, volupté, mais aussi fragilité. Et la sensibilité de leur cœur nous fait tant de fois chavirer.

Lana, ma femme possédait toutes ces qualités, Et pourtant je trouvais le moyen d'aller voir ailleurs. Ce besoin que j'avais en moi mériterait le spectre de la trahison et de la honte si celui-ci était un trophée. Je savais que tout cela menaçait notre couple...
Je continuais néanmoins, poussé par une force que je ne pouvais métriser. Tous les soirs le même rituel s'exécutait. Demain encore je m'allongerai à côté de la femme que j'aime, attendrai qu'elle s'endorme et, ne pouvant pas dormir je partirai croisant à nouveau les éméchés vidant leur réservoir d'alcool. Traversant les mêmes rues sinistres pour arriver devant cette villa, la même que toutes les nuits. Je passerai l'immense grille restée ouverte pour moi. Derrière celle-ci une magnifique piscine éclairée longé par un chemin menant à la porte d'entrer. Seul le bruit du vent faisant trembler les feuilles osera tenir tête aux bruit sourd des mes chaussures sur le gravier. Tout le monde dort, sauf moi, sauf nous. La porte s'ouvrira comme d'habitude sans même que j'ai le temps de toquer. Elle m'attendra, elle m'attend toujours. Je rentrerai sans dire un mot toute en admirant le chrisme poser une un petite table en dessous d'un magnifique idéogramme chinois symbolisant l'amour. On se regardera une seconde, puis deux, puis trois avant de se diriger lentement vers la chambre que je connais maintenant mieux que quiconque. Toujours sans dire un mot elle commencera : tirera les rideaux orangés, m'allongera sur le lit en baldaquin de cette même couleur et commencera à enlever un a un ces vêtements jusqu'au corset noir que j'aimais tant. Tout ceci bien évidemment de la façon la plus gracieuse possible. Douce imitation de la sublime Marilyne Monroe qui me faisait frémir ...

Le jour commençait à se lever, les premiers rayons du soleil firent leur apparition dans la chambre. La mienne. Les rideaux orangés avaient laissé place à un store bleuté, le lit en baladin était à présent un lit futon japonais avec des draps blanc et noir à motifs chinois, et, à coté de moi, la femme mystérieuse de la nuit était devenue la femme que j'aimais. Comment ai-je atterris ici ? Je l'ignore. Plus aucun souvenir ne me revenait au-delà de la villa. Une brume si lointaine en moi comme si je n'avais rien vécu de tout ça. Je me relevais. Mes tempes bourdonnaient et mes yeux se fermaient peu à peu. Une viscosité mentale s'installait alors en moi. Que s'est-t-il passé ? J'avais surement trop bu. Puis mon corps s'affaissa à nouveau. Je n'avais plus mal, mais je n'étais plus moi. Plus vraiment. Comme chaque fois.
J'étais à nouveau dans la rue, mais on ne distinguait pas ses traits, trop flous, trop imprécis. Je marchais. Je croisais ces mêmes personnes qui ne me remarquais toujours pas d'ailleurs, je repassais dans les rues plus sinistres les une que les autres, je me retrouvais à nouveau devant ...
«- Mon cœur ! » Lana ! Que faisait-elle dans la villa ? Avait-elle percé mon secret ? Je me sentais mal, même très mal de cette trahison ainsi que de cette situation, mon cœur battait à la chamade. Je scrutais alors les moindres recoins de la villa espérant que mon esprit m'avait encore une fois joué des tours. Je transpirais néanmoins à grosse goute attendant un nouvelle appel de ma femme que je n'apercevais toujours pas. «- Chéri réveille-toi ! Tu va être en retard au boulot ! »
Mon cœur s'accéléra et je me relevais rapidement abandonnant une seconde fois la villa. Lana se tenait devant moi une tasse de café d'en une main et un livre dans l'autre. Elle s'assit doucement au bord du lit et me tendit le livre tout en chuchotant « C'est pour toi ! J'espère que ça te plaira ».
Sigmund Freud « Inhibitions, symptômes et angoisse ». Je l'a regardais le sourire aux lèvres et les yeux pétillants. Elle n'avait pas oublié à quel point je désirais ce livre. Comme si elle avait lu ma joie sur mon visage elle se leva, me déposa un baiser sur mon front brûlant et repartit en direction de la cuisine qui se trouvait dans la pièce juste a coté de la chambre. Elle y préparait le petit-déjeuner. Une seule question me venait encore à l'esprit. Ais-je vraiment trompé ma femme dans cette sublime villa ? Plus j'y pensais plus mes souvenirs semblaient se brouiller. Le saurai-je un jour... ?

Un homme trompe, et les autres dorment. Rêvera-t-il encore?

Histoire publiée le 13/08/2008 à 17h34.
Thèmes : Femme, Réalité, Rêve, Tromper, Villa

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Commentaires

Avatar de phonic

Par phonic le 05/09/2009 à 12h50
Elle m'a vie

Dans le flous jusque la fin et le pire c'est que l'on y reste tu ecrit trop bien ^^

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