Esprit immatériel prisonnier du corps
J'étais une personne tout à fait normale et banale avant mon accident. Je revenais d'une soirée plutôt arrosée, j'étais sur le chemin du retour lorsque je vis une femme d'une vingtaine d'années traverser la rue. Mes réflexes émoussés par l'alcool, je n'eus pas le temps de l'éviter.
Elle passa par-dessus le pare-brise ainsi que le toit avant de s'écraser sur le bitume dur et froid, sans vie. Quant à moi, je n'ai pas eu plus de chance, ayant perdu le contrôle de la voiture, celle-ci alla droit vers un arbre. Je survécus.
Mais je ne remercie pas le ciel de m'avoir sauvé, oh non, mon sort est bien pire que la mort, je suis tombé dans le coma.
Certains diront que je le mérite, certains diront que c'est mieux que la mort, à ceux-là je voudrais répondre que ce n'est pas le cas, bien au contraire.
Je ne peux pas interagir avec le monde, en effet, je n'entends rien, je ne ressens rien, je suis comme un fantôme qui ne pourrait même pas avoir le plaisir de hanter les mortels.
Cette situation est en quelque sorte juste, j'ai tué une personne et je purge donc ma peine, seul.
Mais cette situation est pire que tout : avez-vous déjà essayé de vous imaginer seul, entouré de néant, ne pouvant faire autre chose qu'implorer la grâce divine que s'arrête là votre calvaire ? Probablement pas, et pourtant c'est ce que je vis, chaque seconde, chaque instant de ma pseudo-existence.
Je n'ai aucune notion du temps, suis-je dans ce purgatoire depuis une minute ? Un jour ? Un siècle ?
Je ne vous demande qu'une chose, tuez-moi ! Oui, cette torture du silence est insoutenable, inhumaine.
J'envie le sort de cette fille à qui j'ai volé la vie. Je voudrais pouvoir disparaître comme ça, en un instant.
Au lieu de ça, j'ai droit à cette agonie sadique.
Je n'en peux plus, je ne fais qu'attendre la mort à bras ouverts, mais la mort ne vient jamais quand on le souhaite.
La mort est trop capricieuse et nous trop faibles pour qu'elle accède à nos désirs ou que nous lui donnions des ordres.
J'attends, j'attends, mais qu'attends-je à la fin ? Est-ce vraiment mieux la mort ? Que se passe-t-il une fois que l'on meurt ?
En tout cas cela ne peut être pire que cela.
Je suis prisonnier du corps, esclave de l'être et à l'état d'âme côtoyant le néant. Je pousse un cri de détresse muet, personne ne m'entend, je ne m'entends même pas moi-même, je n'arrive plus à me représenter les objets, les êtres ni les couleurs, il n'y a que ce vide, cette absence de vie et de pensée, oppressante.
Le jour suivant, mon accident apparut dans les journaux locaux ; un article relatant les faits.
Voilà ce que disait l'article :" Une personne rentrant chez elle avec deux grammes d'alcool dans le sang a percuté une jeune piétonne vers 4h30 du matin, la femme a été renversée par la voiture et peu de temps après la même voiture fut arrêtée par un arbre.
Aucune des deux personnes n'a survécu."
Histoire publiée le 24/11/2010 à 22h52.
Thèmes : Accident, Alcool, Coma, Mort
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Par petitcaleo le 30/11/2010 à 18h59
L'espoir d'un rêve égoiste...
J'aime beaucoup, surtout la chute, qui m'a bien surprise.
Bonne chance pour la suite
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