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Et si c'était vrai...

J'ignore depuis combien de temps je suis sous ce carton, incapable de bouger. Sans doute assez longtemps puisque la pluie l'a tellement détrempé que l'eau passe au travers et me tombe sur la tête en un goutte à goutte irritant. Je n'ai même pas la force de me décaler.
Des gens passent devant moi sans me regarder, pressés de rentrer chez eux, à l'abri et au chaud. Je les hais. Si j'en avais encore la force, je les mordrais. Je ne peux voir d'eux que leurs chaussures. Ils marchent dans les flaques, ça m'éclabousse. J'ai l'impression que l'eau s'infiltre sous ma peau jusqu'à pénétrer les os.
Mes blessures me font mal, certaines saignent encore. Qui me les a infligées déjà ? Je ne sais plus, ils sont si nombreux que je ne m'en souviens que comme d'une masse grouillante, suintant la haine et la méchanceté gratuite.
J'ai froid, j'ai mal. Je suis lacéré, lardé de cicatrices, couvert de bleus. Si seulement je pouvais ramper jusqu'à cette porte et m'abriter dans un coin… Mais je ne peux pas. Je ne peux plus. Mes dernière force m'ont abandonné depuis plusieurs heures déjà. Je suis sans doute condamné à mourir sous ce maudit carton. Demain matin peut-être trouvera-t-on mon cadavre. Mais qui ? Et qu'en fera-t-on ? Me jettera-t-on aux ordures ou m'enterrera-t-on décemment ? Je n'en sais rien. Je ne sais même pas si j'ai envie d'y penser.
La pluie tombe de plus belle, tambourine contre mon pauvre morceau de carton ramolli. Je n'entends plus rien d'autre que ce bruit continu, assourdissant. Puis soudain plus rien. Enfin si, le même bruit mais en plus… En moins… Comme s'il s'était éloigné. Devant mes yeux apparaissent deux chaussures. Des baskets blanches détrempées. Je ferme les yeux, attendant le coup qui ne va pas tarder à venir. Dix secondes. Trente secondes. Une minute. Deux minutes. Toujours rien. L'Autre est-il parti ? Je rouvre les yeux. Non Il est toujours là. Il s'est accroupi et me regarde. C'est avec le peu que je vois que je me rends compte que c'est une fille. Ce sont les pires. Dans peu de temps, elle va me toucher la tête et gazouiller des mots stupides, inutiles. Je me prépare déjà à la mordre. Ah, ça y est ! Une main s'approche. Lentement. Puis retourne à son point de départ et se repose sur son genou. Tiens donc. Aurait-elle vu les coups qui marquent mon pauvre crâne? Aller, décampe! Laisse-moi crever en paix. Je n'ai pas besoin de toi. Brusquement, elle enlève mon carton. Minute, papillon! Elle a peut-être un parapluie dont je peux profiter pour l'instant mais j'en ai besoin, moi, de ce fichu carton! Puis délicatement, elle passe une main sous mon ventre et me soulève. Cette manœuvre m'arrache un long gémissement de douleur. Mais laisse-moi! Ne me touche pas! Qu'est-ce que tu fais imbécile? Repose-moi tout de suite, j'ai mal!
Pourtant, une fois calé dans ses bras, le froid et la douleur s'amenuisent peu à peu. Curieusement, je me sens bien et je ne veux plus, au grand jamais, qu'elle me remette là où elle m'a trouvé. Garde-moi. Tu verras, je peux être gentil. Il faudra juste que tu m'apprennes comment faire. La solitude rend triste, la méchanceté rend sauvage. Quand on vit les deux, ça rend méfiant et agressif. Mais je peux changer! Je te le jure! Ne m'abandonne pas…
Comme si elle avait entendu mes ferventes pensées, la fille resserre sa prise autour de moi et marche à grands pas jusqu'à une porte qu'elle ouvre tant bien que mal du bout du coude. Une fois à l'intérieur, elle pose son parapluie, referme la porte et une bouffée de chaleur envahit mon corps meurtri. Sans me lâcher, elle s'installe sur un fauteuil d'allure confortable et m'enroule dans une serviette avec mille précautions pour me faire le moins mal possible. Bien sûr, la tache n'est pas aisée et elle m'arrache plusieurs gémissements de douleur. Mais je me sens bien. Mieux que je ne l'aurais cru après toutes ces années de solitude et de violence.
Doucement, dans un chuchotement, elle me dévoile son prénom. Il lui va bien, il est chaleureux. Il sonne comme un ronronnement. Marion. Mon soleil, mon ange gardien.
Je ne suis qu'un chat, appelle-moi comme tu voudras. Ca n'a aucune importance. Tant que tu restes à mes côtés, plus rien n'a d'importance.

Histoire publiée le 21/08/2008 à 20h22.
Thèmes : Ange, Blessure, Espoir, Pluie, Solitude, Tristesse

Rappel : Ce contenu est protégé par le droit d'auteur. Toute reproduction, même partielle, est interdite sans le consentement de l'auteur.
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Commentaires

Avatar de knizouw

Par knizouw le 14/05/2010 à 22h54

Magique !

Avatar de mandou-land

Par mandou-land le 27/08/2008 à 23h58


+5 !! pour toi!

Avatar de mandou-land

Par mandou-land le 27/08/2008 à 23h56

mais c'est trop magnifique!
tu sais que j'étais sur le point de pleurer au moins?
(et je rigole pas je te jure que c'est vrai!)
c'est tellement magnifique!

Avatar de fraisou

Par fraisou le 23/08/2008 à 11h24
raison de vivre

merci a marion

Avatar de gomette

Par gomette le 22/08/2008 à 22h52
Tantôt dans les nuages, tantôt dans le sable!

les larmes aux yeux comme à chaque fois que je lis une histoire qui raconte CA...
parce que j'ai deviné le sujet seulement au milieu, et puis parce que c'est pas possible autrement... +5

Avatar de dreamoflife

Par dreamoflife le 22/08/2008 à 15h31
Absence -> en cours =)

J'adore

Avatar de crystalheart

Par crystalheart le 22/08/2008 à 14h01

^^ je t'aime mon petit chat, j't'abandonerais jamais!

Avatar de niagara

Par niagara le 22/08/2008 à 10h59
Is it just a waste of time...?

Belle histoire Je ne m'attendais pas du tout à cette fin

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