Harold
Il y a quelques années, j'ai moi aussi connu ma crise d'adolescence. Il paraît que tout le monde passe par ce stade quelque peu ingrat.
Seulement, la mienne fut plus difficile encore que celle des autres. En effet, j'avais constamment des idées morbides en tête et j'ai commencé à me mettre à l'écart de mes camarades de classe, voire de mes amis les plus proches. Je cherchais une forme de solitude qui finit, à la longue, par me peser. Malheureusement, j'avais réussi à faire fuir tout mon entourage proche et je devais me résigner à être seule. Ma vie ne me convenait pas et je rêvais alors d'aventure ; sous mes airs de grande solitaire un tantinet suicidaire se cachait une utopiste et rêveuse inconditionnelle. Je souhaitais remodeler le monde, avec mon cœur comme unique bagage. Tout plaquer et recommencer une vie ailleurs, voilà ce à quoi j'aspirais quand j'avais seize ans. Mais à seize ans, on ne réfléchit que trop peu aux conséquences de nos actes.
Je suis donc partie de chez moi, avec mon cœur et ma cervelle d'adolescente. J'ai fui ce quotidien monotone qui ne signifiait plus rien pour moi. Les jours ont passé, et je n'étais toujours pas décidée à rentrer à la maison. C'est alors que j'ai rencontré Harold, un SDF, qui m'a trouvée assoupie sur le banc d'un jardin public de la ville. Il a veillé sur moi jusqu'à ce que je recouvre mes esprits. Puis, il m'a interrogée sur les raisons de ma présence dans la rue. Ma première réaction fut bien sûr de me demander ce que me voulait réellement cet homme et je restais craintive face à ses questions, tout en lui révélant néanmoins la vérité. J'étais angoissée à l'idée qu'il me veuille du mal. Mais au fil des minutes, ma langue se délia et la boule dans mon ventre disparut. Il m'écouta de longues heures durant lesquelles il n'interrompit jamais le flux incessant de mes mots, voire de mes maux. Je me souviens avoir fini mon récit en pleurs, sans trop savoir pourquoi je m'étais ainsi confiée à un inconnu.
Ce qu'il fit alors me hante encore aujourd'hui, tant il le fit avec douceur et simplicité : il essuya mes larmes du revers de sa main et sans dire mot, me sourit. Je n'eus même pas de mouvement de recul, tant ses gestes furent bienfaisants. Il m'avait offert son écoute et sa compréhension, sans rien demander en retour. Il venait de me révéler tout ce dont j'avais manqué durant ces dernières années passées aux côtés de gens qui étaient censés être mes amis. Cet homme m'avait réconciliée avec ma propre personne et me fit me sentir en paix avec moi-même, en cet instant donné. Il m'avait témoigné de l'attention et m'avait en somme donné tout ce qu'il avait en sa possession pour me réconforter. J'étais touchée par cette personne qui n'ayant rien, me donnait tout.
Il me raconta alors sa propre histoire : il avait été orphelin très jeune et avait vagabondé de familles d'accueil en foyers pour jeunes durant des années. N'ayant pas droit aux embrassades d'une mère, il grandit dans la crainte incessante d'être rejeté par des parents de substitution. A dix-huit ans, il s'était retrouvé à la rue sans emploi ni qualification, ce qui était la conséquence de son manque d'intérêt à l'école. Faute d'avoir pu s'insérer dans la société étant jeune du fait de son enfance tourmentée, il avait fini par vivre en marge de celle-ci. Cela faisait trois ans maintenant qu'il se trouvait dans cette situation précaire. Il m'expliqua alors que lorsqu'il avait aperçu la jeune fille que j'étais, il s'était senti dans l'obligation de me préserver du monde hostile qu'est celui de la rue. Il aurait aimé que quelqu'un le fasse pour lui. Mais personne n'avait été présent évidemment.
Après s'être racontés nos parcours respectifs, nous passâmes le restant de la journée à échanger nos idées et opinions et à refaire le monde et les gens qui le composent.
Cette journée fut riche en émotions, car j'ai goûté à la vie et ce en toute simplicité. Sans artifice, Harold m'a permis d'ouvrir les yeux sur le bonheur. Sa philanthropie et sa sympathie m'affectèrent fortement car à cette époque, j'avais une image négative d'autrui. Ma crise d'adolescence ainsi que mes difficultés à vivre en société se sont apaisées à la suite de cette étonnante rencontre. Il m'a conseillé de rentrer chez moi afin de retrouver ma famille. J'écoutai son sage conseil non sans me sentir honteuse face à cette situation. Nos chemins se séparèrent alors mais Harold reste pour moi le symbole même de la bonté et de l'altruisme. Il est la preuve qu'un simple geste peut bouleverser une vie et que toute richesse est nulle si elle n'est pas intérieure.
Histoire publiée le 24/05/2010 à 21h41.
Thèmes : Fugue, Générosité, Partage, Sdf, Sympathie
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Par ralpopey le 21/12/2009 à 15h21
Miam , des chocapic !!!!
Une superbe histoire , j'aime !
Par andrea1 le 21/12/2009 à 13h06
Jusqu'à hier.
Très beau texte... magnifique, même.
Par bast52 le 20/12/2009 à 21h51
C'est du Gucci, c'est du goût de chiotte
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