Jardin Secret
Mots amers, douce mélodie...
Un rayon de soleil, filtré par la porte-fenêtre, éclaira la table sur laquelle j'écrivais, penchée sur des feuilles éparpillées. La pointe de mes cheveux ondulés effleurait le papier. La plume continuait sa route, rapide, suivie de près par mes yeux. Mais elle s'arrêta soudain, indécise. Je fronçais les sourcils, la main levée. La plume se rabaissa après un instant et parcoura un bout de chemin avant de s'arrêter définitivement, couchée sur le papier. Mon regard balaya la salle aux meubles anciens : canapés du temps de Louis XIV, bibliothèque aux étagères poussiéreuse remplies de livres en cuir et reliures dorées, horloge de "grand- mère" dont le tic-tac m'accompagnait joyeusement toute la journée, et, devant la fenêtre, un petit chevalet sur lequel était posé une toile inachevée. A ses côtés, sur une table haute, des tubes de gouache dont la peinture répandue formait un arc-en-ciel éphémère. Mon regard revint sur la table et la chaise vide en face de moi. Je soupirais et me levais, me dirigeant vers la porte vitrée. Ma main se posa sur sa surface que j'effleurais et glissa jusqu'à la poignée. La porte s'ouvra. Un vent léger s'engouffra dans la pièce, soulevant un peu de poussière. Je sortis sur la terrasse, le visage levé vers le ciel, souriant au soleil. Je descendis les marches et m'avançais sur l'herbe tendre parsemée de fleurs multicolores. Au fond du jardin se dressait un pommier aux fruits verts et rouges. Je me dirigeais vers le petit muret aux pierres grises recouvertes de mousse sur lequel je montais pour m'asseoir, humant l'air frais. Je parcourus du regard la petite cour, jardin secret de mon cœur, et vis, pendue à un vieux chêne, une balançoire. Je sautais du mur souplement afin de la rejoindre. Le bois était un peu fendu. J'hésitais et m'assis dessus doucement. Le chêne craqua légèrement. Je fis quelques allers-retours, jambes tendues, jambes pliées, de plus en plus haut. L'air sifflait à mes oreilles, la vitesse me grisait. Eclats de rire. Le bois craqua une seconde fois, plus fort, et je jugeais plus prudent de descendre. J'étais redevenue la petite fille d'avant. Je sautillais jusqu'à la terrasse, cueillant au passage une marguerite que je posais sur mes cheveux blonds. Avant de rentrer, j'admirais mon jardin, petit coin de paradis. Je ne refermais pas la porte derrière moi, afin d'aérer un peu la salle, et m'assis sur la chaise. Mes yeux rencontrèrent la lettre. Je repris la plume que je trempais dans le pot d'encre. J'ajoutais quelques mots peureux et me lançais. Au bout d'une heure je posais la plume. Je pris la feuille dans mes mains.
Cher...
Les mots, s'ils sortaient de ma bouche, seraient confus et n'exprimeraient sans doute pas assez ce que je ressens. Je te demande alors de ne pas me reprocher de fuite et de lire cette lettre jusqu'à la fin. L'écriture est tout ce qui me reste, tu sais. Je t'en prie, essaye de comprendre ce que j'ai voulu te dire...
Merci
Merci de m'avoir écoutée,
Même si ce n'est que de bonne foi.
Je n'avais pas grand chose à partager,
Mais merci d'avoir accepté
Les créations futiles faites de mes doigts :
Etoiles scintillantes, cœur de papier...
Tout cela rien que pour toi !
Merci encore de m'avoir réconfortée
Lorsqu'il m'arrivait de pleurer
Et d'avoir répondu à mes "pourquoi"...
Merci d'avoir souri à mes blagues insensées
Et même d'y avoir ri, des fois...
J'aime beaucoup te voir, te toucher
Et puis écouter ce chant, ta voix...
Merci pour tout,
Même si tu ne peux pas m'aimer...
Merci de ne pas m'avoir rejetée
Lorsque je me suis avancée vers toi
Pleurant, le cœur glacé,
Et tremblante de froid...
Merci de m'avoir doucement bercée,
Pauvre petite poupée,
En m'enfermant dans tes bras...
Seulement, je ne peux pas te forcer à m'aimer
Tu en souffrirais alors je ne veux pas...
Je ne veux pas te voir agoniser,
Dépérir petit à petit, mort préméditée...
Je t'en prie, ne restes pas auprès de moi !
Tes ailes sont plus belles déployées plutôt qu'enchaînées à moi...
Maintenant je ne peux que regarder
Ton envol, majestueux dans le ciel bleuté...
Merci de tout mon cœur de t'être occupé de moi
Et de m'avoir offert tes lèvres, inaccessibles désormais...
Je ne peux que te voler ce dernier baiser,
Promesse d'un "au revoir" douloureux
Car je n'ai pas la force de te dire "adieu"...
Je t'offre cette lettre, témoin de mes pêchés et de mes regrets. Je t'en prie, ne la jettes pas, garde-la près de ton cœur... Garde-moi près de ton cœur... Comprend-moi... Merci de ne pas m'avoir rejetée parce que... je crois que... je t'aime.
Je repliais la lettre délicatement, l'embrassais et la déposais dans l'enveloppe sur laquelle j'écrivis l'adresse de mon écriture ronde, penchée. Demain, je la laisserais dans la boîte aux lettres, oui demain... Une larme roula, je l'essuyais du dos de la main. Oui, c'était bien mieux comme ça. Bien mieux... Je me levais maladroitement, à la hâte, et me heurtais au bord de la table. Lentement, je sortis. Le parquet chantait sous mes pas. Dehors, le ciel déclinait en un dégradé orange, rose et bleu. Le soleil disparaissait à l'horizon, entre deux collines verdoyantes. Le chant des grillons avait remplacé le gazouillement des oiseaux. Des papillons de nuit voletaient autour de la lampe et quelques lucioles dansaient follement au milieu de la cour. Je les suivis jusqu'au pommier où je cueillis une pomme verte que je croquais. Le fruit entamé à la main, je levais les yeux vers le ciel où quelques étoiles étaient apparues. Une étoile filante traversa la nuit et je fis le vœu que la vie continuât encore, encore, et encore... à l'infini.
Histoire publiée le 08/12/2006 à 20h28.
Thèmes : Amour, Ephémère, Espoir, Secret
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Par darq-angel le 16/05/2008 à 17h03
The end
C'est vraiment magnifique...comme les autres!
PS:Oui oui c'est bien "ouvrit"
Par shinobugogol le 04/04/2008 à 21h23
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Elle est superbe cette histoire.
Le début (le passage où tu décris l'écriture) me faisait penser à mes soirées d'été où je ne faisais qu'écrire ; écrire jusqu'à en avoir mal à la main, jusqu'à en avoir les yeux qui piquent.
De plus tout ça se lit très bien, tu as vraiment un bon style d'écriture (enfin c'est mon avis, je suis pas une experte XD).
Là je suis hyper-fatiguée, mais prochainement je lirai tes autres histoires !
En attendant 5 étoiles ^^
Bizzz
PS : on dit elle "ouvra" ou elle "ouvrit" ? j'ai un doute...
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