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Je t'aime

Les cheminées fumantes enveloppaient Strasbourg d'une brume artificielle, et firent tousser Antonin. Celui-ci sourit, sans trop savoir pourquoi, à une vieille dame qu'il croisait. Il leva la tête, rêveur, et observa les nuages... celui-ci ressemblait à une rose. Celui-là à un coeur... Plus vite qu'il ne l'aurait pensé, il se retrouva devant la porte.

Il frappa énergiquement. Des pas se firent entendre, et une jolie voix chanta:
- Qui est là?
- C'est Antonin! Répondit celui-ci.
- Je ne connais aucun Antonin! Dit la voix.
Il y eut un silence.
- C'est toi, Ninon? Fit Antonin.
La porte s'ouvrit soudain:
- Mais oui c'est moi, mon Antonin! Je t'ai bien eu.
Il allait protester, mais elle ne lui en laissa pas le temps:
- Entre, dit-elle.
Arrivé au salon, Antonin s'assit dans un fauteuil et soupira. Ninon vint s'asseoir près de lui.
- Alors, que racontes-tu?
- Euh... rien, rien de bien spécial.
Antonin semblait ailleurs. Son amie s'en aperçut et lui demanda s'il allait bien.
- Oui, je vais bien! En fait...
- En fait?
- En fait, j'ai simplement envie de t'embrasser.
Ninon eut un sursaut.
- Me... mais... moi?
- Oui.
Un silence s'ensuivit. Antonin comprit qu'il était allé trop loin.
- Excuse-moi, Ninon, je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça.
- Tu ne le sais pas?
- Euh... à vrai dire, euh... enfin, je voulais dire que...
- Est-ce que tu étais sérieux? Le coupa Ninon.
Il hésita.
- Je suppose que non. J'ai sûrement dit ceci sans réfléchir. Je suis désolé.
- Antonin...
- Je suis désolé, oublie-ça.
- Antonin, embrasse-moi...
Cette fois-ci, ce fut lui qui sursauta. Après un moment, sans mot dire, il approcha ses lèvres de celles de Ninon. Puis, dans le silence de cette maison tranquille, au milieu d'une journée comme les autres, ils s'embrassèrent pour la première fois.
Plusieurs minutes s'écoulèrent. Puis Ninon poussa un soupir qui résonna dans la pièce comme une brise sur l'océan. Antonin en profita pour articuler, le coeur battant:
- Je t'aime.
Son amie le regarda.
- C'est vrai?
- Cela fait déjà un mois... un mois que nous nous sommes vus... un mois que la foudre m'a frappé... et je n'ai jamais eu d'autre amour que le tiens.
- Voyons... tu vas me faire rougir, murmura Ninon.
- Pourquoi? S'écria-t-il. Tu es la personne la plus douce que je n'ai jamais connue! La plus douce de tout Strasbourg! Les gens ne t'arrivent pas à la cheville.
- Mais et toi, tu es si exeptionnel...
- Cela n'est rien à côté de toi. Lorsque je t'embrasse, j'ai l'impression que je m'envole. Quand je te quitte, j'ai l'impression que mon coeur se fait piétiner par un féroce chat, ou transpercer par mille lances empoisonnées.
- Mais toi aussi, Antonin, tu as beaucoup de qualités...
- Ma puce... Ninon...
Mais il ne put continuer. Une fois de plus, leurs lèvres se rejoignirent. Ils déliraient presque tant la fièvre les gagnait... ils étaient en haut d'un frêne, en train de pouvoir à l'air libre. Près d'eux, Tina Arena chantait ''Aimer Jusqu'à L'impossible'' en les regardant. Comme frappé d'un coup de foudre, Antonin fasciné eut à peine le temps d'apercevoir, dans un éclair, comme dans une toile de Cézanne, Ninon réincarnée en sirène... Ecume bouclée, vagues ébouriffées, ciel baigné de nuages qui font cligner la lune, commissures nacrées de lèvres de coquillages, le sourire émaillé de corail blanc, la voix lactée et les seins nus étoilés de mer... tout disparut lorsque Antonin rouvrit les yeux.
- Ninon...
- Oui?...
- Ninon... veux-tu m'épouser?...
- Oui... fit-elle doucement.
Ils discutèrent toute la nuit. Ils parlaient de tout, de rien.
- Tu sais, c'est drôle, dit Ninon, car hier matin, Paul a tenté de me séduire.
- Non, c'est vrai?
- Oui, et comme je lui disais que c'était toi, l'amour de ma vie, il m'a répondu que je perdais mon temps et que je serais bien plus heureuse avec lui.
- Ça ne m'étonne pas de lui, il a toujours essayé de gâcher ma vie privée.
- Heureusement je lui ai dit ceci: ''Le jour où tu seras un tant soit peu civilisé, mon petit bonhomme, tu apprendras que mon Antonin est plus adorable que n'importe qui. Et tu ne lui arrives pas à la cheville.''

Ils s'embrassèrent pendant des heures. Des jours. Des années. Si d'aventure vous ne croyez plus à l'amour, sachez qu'en ce moment même ils s'embrassent quelque part.

Histoire publiée le 23/08/2006 à 20h46.
Thèmes : Amour, Vérité

Rappel : Ce contenu est protégé par le droit d'auteur. Toute reproduction, même partielle, est interdite sans le consentement de l'auteur.
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Commentaires

Avatar de marredevivre

Par marredevivre le 09/03/2008 à 19h58

c'est bien mais sauf que tu es cense les faire toi meme tes histoire!

Avatar de foulonus

Par foulonus le 08/05/2007 à 15h57
HK ça vous gagne [ou pas]

Bien écrit mais ça aurait peut-être était mieux si t'avais laissé plané un peu plus de suspens et que la séduction soit moins aisé,ça aurait permis à ce que le lecteur ne s'attende pas à la fin

Avatar de et0iledemer

Par et0iledemer le 04/03/2007 à 14h49

J'adore ! C'est vraiment très bien !!

Avatar de neclipse

Par neclipse le 27/10/2006 à 22h57
Wouhou !

Pas mal. J'aime bien !

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