Jyria Vallis ~ un nouveau monde ~ page 18
M'extirpant de mes pensées, Vaïlyne me tirait la manche de ma veste pour m'inciter à regarder dans la direction qu'elle pointait du doigt. J'aperçus au loin, niché juste au dessus du fleuve, à la pointe ouest, une sorte de bateau perché dans de grands arbres bien robustes. Je supposai que la vue au balcon devait être époustouflante, mais plus que la vue, c'était la cuisine qui intéressait la jeune sélicat, se léchant d'avance les babines. De son avis expert, elle m'expliqua que ce restaurant faisait le meilleur Tavalgad argenté de toute la ville, bien que j'avais de sérieux doutes quant à son professionnalisme et son impartialité à ce sujet. Jylénia, quant à elle, expliquait qu'il n'était pas très fréquenté malgré la qualité de ses plats, sans doute la vue panoramique n'était pas faite pour ceux sujets au vertige, à moins que le fait qu'il ne tenait que par des branches ne repousse même les plus téméraires, moi le premier. La féline ouvrit la marche, se dirigeant d'un pas certain vers le fameux restaurant, pourtant à l'opposé de la route que l'on empruntait à ce moment. Ma compagne dryade avait sans doute remarqué à nouveau mon regard inquisiteur, et sans perdre une seconde elle se mit à m'expliquer le mode de fonctionnement de la cité. Cette dernière s'organisait par étages, par rangées d'habitations. Tous les 25 mètres de haut étaient marqués par un numéro d'étage, et à chaque niveau se trouvait une grande rue qui faisait toute la longueur de la ville d'Est en Ouest. De haut en bas, plusieurs grandes rues coupaient les premières perpendiculairement, représentées par des lettres. Chaque segment de rue était appelé par le chiffre du niveau suivi par les lettres des deux rues qui la délimitait. C'était un système très pratique pour se repérer, simple et efficace. Les autres rues qui, à l'inverse des grandes, zigzaguaient en tout sens comme un plat de spaghettis étaient, quant à elles, appelées par des noms.
Malgré cette explication bien fournie, je ne comprenais toujours pas pourquoi notre direction ne correspondait pas. Elle m'expliqua alors que la ville était sans cesse en travaux, comme je le remarquai en y faisant davantage attention. De ce fait, certains accès étant bloqués, il fallait faire quelques détours sinueux à travers un labyrinthe de rues diverses. Le chemin fut long mais l'architecture me faisait lentement oublier ce petit tracas. Les bâtisses avaient toutes des allures qui les différenciaient de leurs voisines, la plupart étaient d'ailleurs des entrepôts, sur les trois premiers étages, puis des restaurants et pour finir des hôtels et des agences de tourisme. La particularité de ces habitations qui me frappait le plus était qu'un tiers sortait légèrement de terre, parfois plus ou moins enterré que d'autres, un second tiers était perché dans de puissants arbres ou monté sur pilotis, quant au troisième tiers il était posé sur la terre ferme. Ces architectures originales représentait certainement les peuples les plus nombreux de la région, nain, elfe et homme à mon avis. Je m'émerveillai également de voir comment ces gens se déplaçaient, admirant ces petites voiturettes à deux places défiant la gravité, planant à quelques centimètres du sol, ainsi que de longs vélos tordus tractés par des créatures semblables à des boules de poils, au sens propre du terme, ou même encore ces cabines téléphériques gravitant grâce à de grands cerceaux éparpillés à travers toute la cité. Après une bonne grosse demi-heure, tout cela se fit rare jusqu'à ce que nous tombions sur le vieux bateau perché dans les arbres, en bordure de la grande ville.
Vaïlyne ne se faisait pas prier, elle venait d'entrer alors que nous étions encore à vingt mètres de la porte. L'intérieur était décoré sur le thème du grand large avec des tables en forme de gouvernail. Ce qui me surprenait le plus c'était les chaises en forme de crabe dont une pince gigantesque faisait office de pose-postérieur et de dossier, qui ne me donnait nul envie de m'assoir, bien que j'apprécie l'originalité de l'endroit. Un serveur vint à notre rencontre, un elfe au vu de son teint et de ses longues oreilles, il était habillé à mi-chemin entre le corsaire et le pêcheur, d'un raffinement étonnant pour une tenue aussi originale. Il nous proposa une table mais Jylénia lui en demanda une autre, sur la terrasse, choix que je compris facilement une fois sur les lieux. Sous nos pieds s'étendait une paroi de verre qui surplombait le fleuve, des deux côtés nous avions une vue panoramique des montagnes avoisinantes, de la chute du Vatrianne au loin et du port de Targan dans lequel venait d'accoster un nouveau navire touristique aussi gros que le précédent. Une fois mon extase passée, du moins en partie, je remarquai qu'il n'y avait pas foule, à peine deux tables étaient occupées en plus de la notre même si le soleil n'était pas à son zénith. Il était sans doute trop tôt ou trop tard pour manger. Mon ventre, comme pour chasser cette pensée de mon esprit, me rappelait qu'il était l'heure pour lui.
Histoire publiée le 24/01/2012 à 06h11.
Thèmes : Aventure, Fantasy, Monde, Rêve, Vivre
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