L'enfance, les premiers traumatismes
Je ne me souviens pas de grand chose de mon enfance.
Je sais que j'étais sociable, comme beaucoup d'enfant. J'aimais jouer, comme beaucoup d'enfant.
Mon premier véritable souvenir remonte à mes sept ans. Je rentrais de l'école primaire dans laquelle j'étais avec mon frère de trois ans mon aîné. Nous ne vivions qu'à quelques minutes et pouvions aller à l'école seuls, et en revenir par les mêmes moyens... (Ce que nous en étions fiers ^^). En arrivant à quelques pas de la maison, mon frère m'arrête et me dit d'attendre quelques minutes, de ne surtout pas bouger. Il n'y a ni rien ni personne autour, je ne comprends pas. Mais j'obéis, comme toujours, sans discuter et le regarde courir en direction de chez moi. Je l'attends et les minutes me paraissent interminables. Une idée affolante me vient en tête, avant que mon cher frère, Dimitri, ne réapparaisse. J'ai peur qu'il m'oublie, ou m'abandonne, cette peur qu'a eu chacun d'entre nous, enfant, en étant seul. Dimitri revient donc et passe son bras autour de mes épaules. Souvent, ce n'est que pour me protéger qu'il fait ça, mais là, je ne comprends pas de quoi. J'ai peur et je tremble malgré le soleil qui me chauffe la nuque et les bras.
Quand mon frère ouvre la porte, j'entends des éclats de voix qui proviennent de la cuisine. J'en ignore l'origine. Ou plutôt, je préfère l'ignorer. J'entends mon père hurler des mots que je ne comprends pas, et ma mère crier. Une larme roule sur ma joue. Mon frère la sèche et m'emporte plus loin. J'entends quelque chose se briser, peut être une assiette. Puis plus rien, plus un bruit. Mon frère me fait m'assoir sur mon lit, il me rassure. Me dit que je n'ai aucun souci à me faire, qu'il sera toujours là pour moi.
J'entends un dernier cri de ma mère, voulant empêcher mon père de partir sans doute. Une première porte qui claque. puis celle de la voiture. Le moteur qui se met en route, et qui s'éloigne. L'horreur me frappe alors, croyant que jamais plus mon père ne reviendrait, qu'il était partit sans même nous avoir dit au revoir.
J'entends des pas lourds dans les escaliers, ma mère qui sanglote et mon autre frère, beaucoup plus âgé (il avait 15 ans) la rassurer.
Je me plonge dans un mutisme qui durera toute la soirée, et qui convient à tout le monde. Sauf Dimitri qui s'en inquiète. Je reviens à mes occupations habituelles. Je vais dehors jouer sous le soleil. Ma mère vient me chercher pour manger, mais je n'arrive pas à avaler ce qu'elle m'a servit. Je suis rongé par le chagrin.
Elle m'envoie donc "au lit sans manger, pas même un dessert, pour me punir de mon manque de politesse", dit elle. Pour la première fois, je n'éprouve aucune déception à cette déclaration et monte dans ma chambre en compagnie de mon frère. Il ne veut pas me laisser seul. Je m'endors bientôt aussi paisiblement que possible.
Enfin, je retourne dans le monde d'un petit garçon normal. Avec mes deux parents et mes frères.
J'ouvre les yeux en entendant un "DÉGAGE" je ne sais pas encore ce que ça veut dire, je suis innocent et je ne connais pas ses mots là. C'est mon frère aîné qui les a prononcé. Dimitri est revenu à mes coté, il est assis sur mon lit, et me tient par la main.
Une joie s'installe en moi en entendant mon père dire qu'il veut rentrer chez lui, que c'est sa maison et que nous n'avons rien à dire. Il est revenu, il va encore vivre avec nous. Dim resserre un peu plus ma main,; comme s'il avait peur. En regardant son visage, j'y vois en effet une larme rouler. Il ne doit pas avoir comprit, alors je lui explique que papa est revenu, et que nous seront de nouveau une famille normale. Je n'ai pas le temps de finir ma phrase. Il me bâillonne la bouche avec une main, place un doigt sur ses lèvres en murmurant "chuuut".
Encore des cris, ma mère qui supplie mon père de nous laisser.
Je me ferme, bouche mes oreilles, je ne veux plus entendre. C'est la nuit, et il y a des étoiles. Je décide de les compter pour passer le temps. J'entends un porte s'ouvrir à la volée, j'ignore combien de temps est passé, mais je ne peux plus faire semblant. il se passe quelque chose. Mon frère me tire hors de mon lit avec une violence que je ne lui connais pas. il me jette en dessous du lit, et veut y plonger. Il veut nous protéger. Mais il veut me protéger avant tout.
Mon père est dans la pièce, je vois ses pieds s'approcher de mon frère qui n'a pas eu le temps de se cacher. Et j'entends tout, Je l'entends frapper. J'entends quelque chose tomber. Je regarde et vois Dimitri par terre, le nez en sang. Et les pieds de mon père, qui continuent a frapper.
Je ne sais plus comment s'est finit cette soirée. J'ai fermé les yeux, bouché mes oreilles. J'ai finit par m'endormir sous le lit, malgré le vacarme.
Le lendemain, à l'école, mes copains et ceux de mon frère demandent pourquoi il a des bleus plein le visage. Il dit qu'il s'est bagarré avec le voisin. Tout le monde le croit, il me dit que ce qu'il s'est passé doit rester un secret. Sa maîtresse l'a punit, car elle croyait à cette bagarre inventée, à la fausse violence de mon frère.
Je n'ai jamais reparlé de cette soirée avec mon frère. Je n'ai jamais osé lui demander comment il savait que quelque chose se passait, jamais lui dire à quel point je l'admire pour le courage qu'il a eu et a quel point je lui suis reconnaissant de la protection qu'il m'a toujours apporté.
Je ne parle plus à personne. En classe je reste seul. Pendant les récréés avec mon frère. Étrangement ses amis m'acceptent... Je fais alors la connaissance de Gaëlle, Romain, Vince, Pablo... Et Léa.
Seul mon frère connait le son de ma voix.
Le matin, mon père dort. Quand on rentre de l'école il s'en va. On ne sait pas où, mais quand il revient alors que la nuit est tombée, il rentre et il crie.
Un soir du mois de juillet 2002, un soir où mon frère n'était pas là pour me protéger, où j'étais seul avec mon père, il est monté. Par la peur, je me suis caché sous mes couvertures, je tremblais et j'avais du mal à respirer. Les larmes coulaient et je n'arrivais plus à les retenir. La porte de ma chambre s'ouvre et ma couette m'est retirée. Mon père me tire par les cheveux, que j'avais mi longs, pour me mettre par terre. C'est la première fois qu'il me touche, mais je sais que je vais souffrir, ça commence déjà. Je me prends une baffe, puis deux, puis je finis par ne plus les compter. Je me concentre pour ne laisser paraître aucun signe de douleur, comme le faisait mon frère. Les poings de mon père sont maintenant serrés, il me donne des coup sur le visage, dans le ventre. J'ai mal et je crie finalement pour demander à l'aide, avec pour seule réponse le "TA GUEULE" de mon père. Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais mon instinct me dit de me taire. Je suis roué de coup, et je suis par terre. Je me protège le visage avec les bras, je veux que tout ça finisse. J'ai la vue qui commence à se brouiller et je ne sais pas ce qu'il m'arrive. Les cris de mon père sont de plus en plus lointain, je sens de moins en moins les coups, ils me paraissent de plus en plus légers. Tout devient noir. Je n'entends plus rien.
J'ouvre mes yeux, je ne me souviens pas m'être endormis. J'ai très mal au bras droit. je suis dans une pièce blanche que je ne connais pas. Toute ma famille et autour du lit confortable et moelleux où je suis allongé. Il y a aussi deux femmes en blouse que je ne connais pas. Mon père est là aussi. Il me dit que je me remettrai de cette chute dans les escaliers. Dimitri le regarde avec dégout. Il me tient la main et me la caresse doucement, il me rassure. Il me murmure qu'il est désolé de ne pas avoir pu me protéger.
C'était la première fois qu'il me frappait. Mais pas la dernière. Heureusement, je ne me suis plus jamais retrouvé à l'hôpital par sa faute.
Ce sont mes souvenirs d'enfance.
Histoire publiée le 13/10/2010 à 06h00.
Thèmes : Biographie, Coup, Douleur, Enfant, Evasion, Frère, Fuite, Père, Peur, Protection, Souvenirs
|
| Ajouter aux favoris |
Envoyer à un ami |
Moyenne (1 vote) ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |



Par mad-world-x le 19/10/2010 à 18h16
Ecire, écrire, écrire...
C'est très triste ton histoire ... Courage
Par dead-rose le 13/10/2010 à 20h55
Courage... c'est la vie...
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire, inscrivez-vous gratuitement !