L'envie de vivre
Septembre, ma première pousse de châtaigne sort de terre, je suis encore faible. Je suis un jeune arbre souple, je commence à avoir de belles petites branches. Au fil des années, je me solidifie et je commence à avoir de belles feuilles. Puis vient l'âge où j'eus mes premiers bourgeons, ensuite, j'ai rencontré mon grand amour : Monsieur de la Châtaigne, puis vinrent nos premiers fruits. Je vivais une vie tranquille entourée de mon mari ainsi que de mes enfants tout juste sortis de terre. Nous vivions au rythme des saisons, en accord avec la nature.
Puis le temps passa, je commençais à perdre mes feuilles et je me flétrissais, sans doute à cause de la vieillesse, me dis-je. Mais je remarquais que l'écorce de mon tronc, de mes branches ainsi que de mes rameaux était parsemée de petits champignons. Ces symptômes commençaient à m'inquiéter, je demandais alors conseil à un ami pommier qui était médecin :
« -Bonjour mon cher ami, j'ai remarqué, depuis quelques temps, que j'avais certains soucis de santé, et ceci m'inquiète un peu …
-Oui je vois de quels symptômes vous voulez parler. Ce sont des pycnides bruns ou orangés avec quelques boursouflures jaunâtres. Hum, selon mon diagnostique, vous êtes atteinte du chancre de l'écorce, c'est à dire que ce sont des brulures spécifiques au châtaigner, en quelque sorte, c'est un cancer assez grave Madame de la Châtaigne …
-Je … Enfin … Il … Dites-moi qu'il existe un traitement contre ça … !
-Oui il y en a mais vu l'état avancé de votre maladie, il y a peu de chance que vous surviviez... »
J'étais bouche bée, ne sachant que dire.
« -Mais il va falloir surmonter cette épreuve madame, me dit-il, tout est encore...
-Je crains que je ne puisse pas me battre, le coupais-je, je n'en ai pas la force...
-Il va pourtant le falloir pour vivre madame. »
Voilà un mois que j'ai eu cet entretien, mon mari, déjà assez âgé, mourut. J'étais désespérée, puis vint l'hiver. Ce fut au tour de mes enfants de disparaitre. Ces évènements, n'ont fait que aggraver les choses, mon état s'aggravait, mes écorces tombaient en plaques, je sentais mon tronc se creuser de l'intérieur, je me desséchais ...
Je me sentais mal, comme me l'a dit le médecin, il va falloir combattre ce cancer pour vivre mais est-ce que j'ai encore envie de vivre ? Telle est la question que je me pose. Comme le disait le médecin, il faut que je me batte, mais c'est tellement dur, tout m'a quittée, ma famille, ma joie, mon espoir, tout … Mourir, ce serait tellement plus simple, je pourrais rejoindre ma famille déjà partie, je ne souffrirais plus …
Puis, vint le jour où, lors d'une de mes siestes quotidiennes, une petite fille, pas plus âgée de huit ans, s'est appuyée contre mon vieux tronc desséché. Elle s'est mise à lire une histoire, à voix haute. Je l'écoutais en somnolant ; lorsqu'elle eut fini l'histoire, elle est partie. Elle revint tous les jours ou presque, et je l'attendais avec impatience dans ma triste journée, tel à un rayon de soleil. Malgré ce bonheur, ma maladie continuait de m'abattre, je dépérissais de jour en jour.
Ce fut au mois d'avril, que la jeune fille remarqua que je n'étais pas comme tous les autres arbres du pré. Elle en parla donc au responsable du verger qui lui annonça qu'il ne pouvait rien faire pour moi. La petite, emplie de tristesse vint me voir de plus en plus souvent afin de passer plus de temps avec moi, elle m'appelait même « son arbre protégé » . Lorsqu'elle me quittait, des larmes roulaient sur sa joue, elle pleurait de peur de ne pas me revoir le lendemain.
Enfin arriva le mois de juin, mon mois préféré, celui de ma rencontre avec mon mari. J'ai enfin retrouvé la force de me battre, pour cette petite fille, mon rayon de soleil.
L'été passa, je me battais un peu plus chaque jour, je suis donc allée voir mon voisin le pommier qui me dit :
« -Bravo Madame de la Châtaigne ! Je trouve votre rétablissement spectaculaire ! Votre cancer régresse ! Bientôt, vous serez guérie. Je suis sérieusement époustouflé par votre moral d'acier alors que vous avez perdu tant de personnes de votre entourage.
-Si j'ai eu la force de me battre, c'est grâce à une petite fille, qui va avoir neuf ans maintenant. Elle est comme une deuxième famille pour moi. Ce sont les personnes qui nous sont chères qui nous donne l'envie de nous battre. »
Histoire publiée le 03/12/2011 à 14h23.
Thèmes : Aimer, Mourir, Se battre, Vivre
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Par danse-et-eprouvette le 15/12/2011 à 19h50
Foutu temps qui passe.
Très émouvant, j'aime beaucoup l'idée.
Bravo !
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