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L'oiseau de la nuit

Il faisait nuit, et moi j'étais en plein dans mes folies. J'étais encerclée par quatre murs d'une pâleur effrayante. Tout était sombre devant moi. Des murs blancs m'encerclaient. Je ne pouvais fuir. Je ne pouvais même plus voir la porte. Pour moi elle avait disparu. Tout tournait en rond. Ma tête était sans dessus dessous. Et ça tournait. Le décor tournait. Tout tournait. J'avais l'impression de ressentir le mouvement de la Terre qui gravitait autour du soleil. Je tombais, au sens propre et figuré. Je ne tenais plus debout. Je perdais l'équilibre. Je n'y voyais plus rien. Et d'un coup, je me levai bien décidée. C'était l'espoir d'une désespérée, l'échappatoire d'une prisonnière, prisonnière d'une vie, une vie aussi sombre que de la terre brulée, aussi sombre que la mort elle même. Mortifiée par des forces invisibles, je m'avançai machinalement vers la fenêtre dont je relevai les rideaux. Une seule intention, mourir, disparaître, m'envoler, frôler les nuages de mes doigts, vivre avec des anges, avoir des ailes, m'éloigner, voyager, partir. Alors que je m'apprêtais à faire le grand saut... Je te vis.
Tu as pénétré dans ma chambre à la douceur d'un ange. De tes ailes souples et exquises tu as survolé cet endroit. Et puis tu t'es posé soigneusement là où il ne fallait pas, sur le bord de la fenêtre où ma fin m'était destinée. "Dégage de là" je t'avais crié. Mais je ne sais ni comment ça se faisait ni pourquoi, tu ne bougeais pas, tu refusais strictement de te déplacer. Et puis je me suis laissée tomber derrière, m'adossant au bord de mon lit, et j'ai commencé à sangloter "Dégage de là ! Casse toi ! Fous moi la paix ! Qu'est ce que tu me veux !? Je veux pas te faire du mal, casse toi ! S'il te plait casse toi !" Et ce fut ici où tu t'envolas, mais pas loin, juste sur la petite branche qui dépassait de près de moi. Et tu m'as regardée. Ta petite tête s'est penchée à droite. Tes yeux brillaient. Puis ta voix s'est faite entendre. Tu me regardais d'un regard doux, puis tu as regardé l'endroit où tu étais placé un peu plus tôt. Comme si tu me parlais, je t'écoutais. Comme si tu me comprenais, je t'obéissais. Il était trois heures du matin, et bientôt j'allais y mettre fin. Tes yeux m'en avaient empêchée, ton regard m'avait hypnotisée. Ton chant était d'une délicatesse incroyable, tes paroles avaient un sens inimaginable. Tu me regardais de ton air expressif, et je te contemplais de mon air pensif. Tu me parlais, je t'écoutais. Et puis ce fut à mon tour de prononcer quelques mots insignifiants. Au début je ne voulais pas, mais on aurait dit que tu me le demandais de ta voix. Je ne faisais que murmurer des mots, puis je me suis vidée de mes maux. Puis à un certain moment, il y eut le silence un instant. Je ne comprenais pas pourquoi tu ne fuyais pas, la fenêtre était pourtant bel et bien ouverte. Puis tu t'es envolé, pour atterrir sur sur ma main gelée. Et ton regard s'est infiltré dans le mien, sauvant de la noyade une âme dans le vide. Plus tard, de ton petit bec en macassar, tu as soulevé un objet accroché à mon bras, un bracelet qui avait son histoire. Et tu m'as rejeté ton regard. Un bracelet qu'il m'avait offert, juste avant une éternité de séparation. Repenser à ces derniers moments. On est séparés par le temps, mais on se reverra certainement, mon départ serait donc à jamais gravé dans son cœur, peut être... Tu m'avais rendu son souvenir, tu m'avais empêchée de commettre le pire. A présent je t'en suis reconnaissante, énormément. Et lorsque ce fut fini, tu t'envolas au dessus du ciel, laissant derrière toi une plume de la douceur du miel.
Petit oiseau de la nuit, tu as changé le cours d'une vie, je ne sais si elle existe la magie, mais je sais que toi tu existes petit oiseau, et je t'attendrai encore aujourd'hui, comme je t'ai attendu hier mais tu n'étais pas venu, comme je t'ai attendu avant hier mais tu n'es pas repassé, je t'attendrai petit oiseau de la nuit, je t'attendrai, c'est promis...

Histoire publiée le 16/06/2010 à 09h20.
Thèmes : Ailes, Bonheur, Chant, Consolation, Douleur, Mélancolie, Mort, Nuit, Oiseau, Plume, Regard, Souffrance, Souplesse, Suicide, Tristesse, Vie, Yeux

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Commentaires

Avatar de paskiller

Par paskiller le 27/06/2010 à 07h14

Très bien pensé. J'aime les textes de ce genre et les gens ont tendance à croire que ce que l'on écrit est le reflet de la réalité pure. si s'était le cas, je ne serais surement pas ici aujourd'hui.

Juste une chose: Sépare en paragraphes la prochaine foi. Ça facilite et clarifie un texte.


Avatar de knizouw

Par knizouw le 16/06/2010 à 15h59

I like it

Avatar de fophy

Par fophy le 16/06/2010 à 15h42
Un don pour s'attarder sur les mauvaises personnes

sublime =)
fais pas de conneries hein

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