L'ultime départ
« Il l'a senti ; il l'a ressenti au plus profond de son corps. C'est la dernière fois qu'il verra son chez lui si cher à son cœur. L'hôpital sera sa dernière demeure. Pourtant il n'a aucunement perdu la force de se battre. Le mental est là, mais le physique peine à suivre. Tout un tas de questions surgit. Lui si cartésien, il en arrive à croire à un miracle. Il ne s'imagine pas abandonner ses proches, son épouse et sa fille. Il se demande : ‘Est-ce que ma fille est prête à affronter la vraie vie ? Est-ce qu'elles ne manqueront de rien ?'
La solitude de la chambre n'aide pas à retrouver le moral. Eclairage par des néons, fenêtres bloquées, murs froids, télé haut perchée, bruit des appareillages. Il se dit que le temps est déjà venu. Il fait le point sur sa vie, ses erreurs et ses réussites. Il peut être fier de ce qu'il a accompli. Même s'il a fait preuve de maladresse avec sa fille, il peut tout de même en être fier ; elle aura été son rayon de soleil durant toute sa vie.
Cloué dans son lit, il assiste à sa propre déchéance physique ; il est conscient de devenir un poids. Il sent un regard de pitié chez certaines personnes. Il a envie d'être seul en ayant en même temps l'envie de montrer aux autres qu'il est toujours là. Il arrive encore à tenir des conversations, à rire. C'est la résistance du guerrier.
Ses forces s'amenuisent ; étant médecin de formation, il peut mettre un nom sur tout ce qui se produit en lui. Il peut même anticiper. Il a dit à sa fille : ‘Ne t'inquiète pas, je vais mourir à petit feu'. Un peu brute comme formule, mais une manière de dire qu'ils vont encore passer du temps ensemble.
Le père, la fille : leur relation est basée sur l'observation, les sensations. Peu de communication, mais de l'intuition. Deux caractères forts ; gestes de tendresse quasi inexistants, cela est considéré comme du sentimentalisme. Mais deux grands cœurs bien cachés.
Pour la première fois, elle lui a tenu la main ; cette dernière est glacée. Lui, dans un état de semi-conscience, le sent. Beaucoup de choses passent dans ce geste, qui peut paraître anodin.
C'est le début de soirée, la journée a été longue, peut-être que c'est la dernière. Il est sous morphine en continu. Il comprend ce qu'on lui dit, mais ne peut pas parler. Elle lui raconte ses journées, ses cours avec son prof de maths, les nouvelles à la maison. Et le temps passe ainsi.
C'est l'Assomption. La nuit vient de tomber. Le temps d'un instant, il éprouve du mal à respirer. Sa fille sonne l'infirmière ; son père la regarde comme pour lui dire ‘ça ne sert plus à rien, cette fois c'est la fin.' Sensation terrible en elle, une boule lui serre la gorge. Elle aimerait lui dire certaines choses, mais les mots ne sortent pas ; elle n'y arrive pas, peut-être le manque d'habitude…
22h23, le silence de la chambre se rompt. Le signal tant redouté retentit : le bip continu de l'électrocardiogramme plat. Les nerfs lâchent ; les larmes retenues coulent à n'en plus finir. Cet homme qui paraissait invincible est parti, emporté par la maladie. Les dernières paroles qu'il a adressées à sa fille auront été : ‘Je te fais confiance, je sais que tu sauras t'entourer des bonnes personnes.' Elle aurait voulu lui dire qu'elle l'aimait, mais elle l'a seulement pensé ; peut-être a-t-il senti ce message lorsqu'ils se sont tenus la main.
C'est la fin d'un mythe, c'est la fin d'une vie. C'est l'absence d'un être cher, c'est une blessure longue à cicatriser. C'est faire sa vie sans lui, partager des bons moments sans lui. C'est ne jamais l'oublier, le garder dans son cœur. »
Histoire publiée le 16/10/2009 à 11h04.
Thèmes : Maladie, Mort, Tristesse
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Par sarita-cool le 24/10/2009 à 12h33
.. Nitwit! Blubber! Oddment! Tweak! [By A.D <3]
Magnifique .. ^^ Chapeau !
Par andrea1 le 18/10/2009 à 16h38
Jusqu'à hier.
Superbe...
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