La Cage
« Je ne fais rien, j'attends, je m'ennuie, je me lasse, je me délaisse, je me flétris, je m'efface, en silence je me tue. Je m'ennuie, je m'ennuie, je m'ennuie, je m'ennuie... »
Petit Oiseau dans sa cage, garde les yeux levés vers le bleu infini qui s'écoule du carré découpé dans le mur. Ses yeux, deux billes noires, tristes et vides comme un abîme, ne cillent pas. Il ne rêve qu'à voler, fantasme juste d'étendre ses ailes grises de poussières. Bel Oiseau blanc devenus, gris à force de rester sans bouger, est recouvert d'une couche grisâtre et cotonneuse. Ses ailes le font souffrir, il ne peut pas les étirer dans cet espace exigu. Privé de liberté, condamné à se transformer en banal objet de décoration, l'oiseau s'oublie.
De l'endroit où il est posé, à travers les barreaux, il observe inlassable la course du soleil. Ses yeux ne brillent d'aucun éclat quand il fixe le ciel. Il ne bouge pas.
Parfois une main, gigantesque et hideuse, laisse tomber des grains secs qui ricochent sur le sol métallique avec un bruit assourdissant, atterrissant parfois dans un récipient d'eau sale. Tout était ordonné pour que Oiseau reste en vie, continue de survivre, même contre son gré. Lui n'avait que faire de survivre, de continuer d'exister. Parfois il se promettait de ne plus toucher ni aux grains ni à l'eau, mais c'était sans compter son esprit de survie, c'était plus fort que lui. Oiseau n'était plus, il n'était plus qu'esprit de survie. Il n'y avait plus d'âme dans ses yeux.
Oiseau n'existait plus, mais il vivait.
Ses yeux noirs de jais avaient perdu leur éclat d'antan. Même ses plumes étaient ternes. Il avait des ailes mais ne pouvait pas voler. Parfois, la nuit, il regardait le trou carré dans le mur, caché par le tissu, espérant encore voir le ciel, en se demandant pourquoi la nature lui avait donné des ailes, s'il devait rester enfermé dans cette cage. La raison d'exister de Oiseau était de battre ses ailes et d'un bruissement de plumes, de s'envoler vers sa liberté. Mais sa raison d'exister était contractée contre lui, douloureuse à force de ne pas servir. Oiseau se mourrait.
Les secondes s'écoulèrent, puis les minutes, puis les heures, puis les jours, puis les semaines, et puis les mois. Le regard d'Oiseau restait fixe, fasciné par le ciel, par ce carré bleu qu'il pouvait encore voir. Oiseau dans son désespoir, ne pensait même pas à haïr ceux qui l'avaient enfermés. Tous ses rêves, ses espoirs, ses envies étaient tournés vers ce triste carré bleu. L'idée de vivre sans pouvoir s'y plonger le rendait malade, et lui donnait envie de mourir. Quand le soleil se levait et que ses congénères chantaient, lui n'ouvrait pas son bec. Pourquoi chanterait il le lever du jour alors qu'il ne peut y assister qu'en ayant un simple aperçu ? Il ne pouvait chanter une joie de vivre qui avait depuis longtemps disparu de son cœur.
D'ennui il se noie, Oiseau veut mourir. Avec son court bec orangé et pointu, il entreprit d'arracher de ses ailes ces plumes grisâtres, si sales, qui le dégoutait. Elles lui étaient de toutes façons bien inutiles, s'il ne pouvait s'en servir pour gagner le ciel.
A coup de bec, il les arrache, il les déchiquette, il les mord, il les broie, il les enlève, les déracine, les détache, les extirpe, les extorque, les lacère. Il se dépouille, se débroussaille, se démuni, se désencombre, se dépossède, s'effeuille de son plumage.
S'il enlève toute sa toison, Oiseau mourra et il le sait. C'est si triste et si stupide de mourir de cette façon, mais il s'en fiche. Avant, sa cage le retenait, mais il pouvait toujours rêver. Maintenant le temps a passé, et cela ne lui suffit plus.
Le maître de Oiseau, ce géant qui le nourrit, regarde ce spectacle avec tristesse. Il était heureux au début, d'avoir un bel oiseau blanc chez lui. Mais il avait peur qu'il s'échappe et qu'il l'abandonne, lui pauvre créature condamné à rester à terre ; Alors pour moins se sentir seul, il l'a enfermé. Cependant avec le temps, Oiseau est devenu terne et cela l'a ennuyé. Il voit bien que s'il continue, Oiseau va mourir. Alors de ses gigantesques mains, il arrache la porte de la cage, englobe Oiseau de ses énormes doigts et l'extrait de sa prison. Lentement, il se tourne vers le carré bleu et ouvre ses mains. Oiseau peut sentir la brise sur ses plumes. Prudemment, il étire ses ailes, puis les secoue. Il lui manque des plumes, et agiter ses ailes lui fait mal. Mais Oiseau n'en a que faire. D'un battement brusque, il quitte les mains de son maître, et traverse le carré bleu. Aussitôt il s'immerge dans le bleu infini, et s'y noie.
Dans le ciel, quelques plumes tombent, abimés par des coups de bec. Au loin, une ombre file à travers le ciel, et disparaît au milieu des nuages. Oiseau a retrouvé le royaume où il est roi.
Histoire publiée le 22/06/2010 à 17h44.
Thèmes : Cage, Liberté, Oiseau
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Par blooody-rose le 23/06/2010 à 17h14
Enfin presque.
C'est magnifique... Bravo
Par lilnao13 le 14/01/2010 à 22h26
Ainsi est fait...le monde.
C'est si joli...
Par joip le 13/01/2010 à 18h40
C'est très bien écrit, ça donne presque envie de pleurer… 5/5
Par dead-rose le 22/07/2009 à 14h20
très bien écrit
+5
Par cricri2002 le 03/07/2009 à 13h38
bientot la rentée... me tarde pas :(
c'est triste la vie d'un oiseau en cage!!!
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