La capsule temps 2.
Entre deux textes il trouva une feuille qu'il déplia de ses mains moites. Il comprit très vite qu'il s'agissait d'une page d'un manuscrit, malgré sa détérioration. Il n'était pas sûr d'avoir très envie de le lire... Il n'était pas vraiment à l'aise, ne sachant pas la nature véritable du trésor qu'il venait de déterrer. Le jeune homme avait comme l'impression dérangeante de commettre une faute, comme s'il bravait un interdit. A l'évidence, cette capsule ne lui était pas destinée, mais alors, à qui ? Il s'étira la nuque, l'air éberlué. Mieux valait tout remettre en ordre, replacer cette boîte dans sa tombe, et oublier son existence.
- Bastian !, où es-tu ?
Il ne manquait plus que ça, on l'appelait. Sa mère sans doute. Comme pris en flagrant délit, il s'affaira à rassembler toute la paperasse qu'il avait sortie du tombeau aussi rapidement qu'il le put. Il courut à l'intérieur, et plaça la boite sous son lit. Un instant plus tard, sa mère entra dans sa chambre.
- Ah, te voilà, je me demandais bien où tu étais passé. Tout va bien?
Le garçon s'efforça de prendre un air innoncent, tout en assurant que tout allait pour le mieux.
- Tu es sûr ? insista sa mère. Tu tiens ta BD à l'envers.
Il se sentait de plus en plus gêné par cette inquisition parentale, surtout parce qu'il sentait la boite poindre dans son dos. Elle ne lui appartenait pas, il se sentait l'âme d'un voleur.
- Bon, eh bien, alors à plus tard mon chéri.
La mère tourna les talons à son immense soulagement. Il reprit sa bande dessinée dans le bon sens et tenta de se plonger dans l'histoire. Mais il n'y parvenait pas. L'angle de la capsule lui faisait toujours mal, et la curiosité lui picotait la peau. N'y tenant plus, il la rouvrit et se remit à lire là où il s'était arrêté:
"Cher journal, le 23/11
Il est 17 heures et 17 minutes, à la gare de Lyon un train part pour le rejoindre. Et moi, moi je suis seule, je suis ici si seule et si triste. Le manque est une tempête dans mon âme. Mon coeur bat comme un tambour, je l'entends dans mes tempes comme les pas d'une course effrénée.
Tu sais, mon amour pour lui n'est pas un mensonge. Il est l'expression cristalline et la plus sincère de ce que j'ai de meilleur en moi. Je l'aime comme au premier jour, je l'aime, et mon coeur entier se porte à l'abîme, je l'aime, et cette seule pensée me fait vivre. Oui je suis en lui aussi loin que les mètres qui nous séparent, aussi profondément qu'une mer sans fin, et pour aussi longtemps qu'il faudrait aux hommes pour bâtir une cathédrale de lumière... et plus encore. Mon journal, mon ami, personne ne sait avec quelle force j'attends de le serrer contre moi, et personne ne le saura jamais. Personne ne saurait soupçonner l'immensité déchaînée en moi, l'infini libéré qui n'a de début et de fin, que par lui.
Je suis sur ma terrasse, surplombant mon petit royaume. Je peux voir chaque maison, unie aux autres par une cordée de réverbères. Il me manque, chaque jour il me manque, chaque heure il me manque, chaque minute... Quand on aime on ne compte pas. Je ne compte plus. Lui seul m'importe, je suis toute à lui et ça ne saurait changer. Je suis un corps vide sans lui, une coquille vouée à l'errance. Il sera toujours avec moi, même dans son absence, dans mes paroles, dans mes yeux, dans mes gestes. Il est en moi, dans mes veines, dans mon sang, dans mes larmes et dans mes soupirs."
- A table !
Bastian sursauta.
Histoire publiée le 27/05/2008 à 10h19.
Thèmes : Amour, Capsule temps, Souvenirs
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Par tino le 14/06/2008 à 23h34
C'est trop beau ! Vraiment !
Par lilnao13 le 31/05/2008 à 11h15
meilleure compétence? faire semblant.
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