La fin du début & le début de la fin.
J'ai envie d'écrire. Écrire pour me déstresser, me vider la tête, respirer, m'exprimer. Juste un stylo en main, un bloc-note en guise de support et la plume glisse toute seule, sans réfléchir, j'écris mon ressenti...
Parfois j'ai envie de crier. Gueuler aux gens leur quatre vérités. En frapper certains. Le monde est rempli de pourritures. Je suis entourée de ces gens. Hypocrites tous autant les uns que les autres. On ne peut plus faire confiance en personne. Et pourtant, je ne reste pas seule dans la cour de récréation, je traîne avec des gens. Des filles. Des personnes en qui on devrait tout raconter, gens que l'on devrait nommer « amis ». Et pourtant... Je les déteste. Elles se critiquent les une après les autres derrière leur dos pensant que ce sont les plus belles. Moi, je ne dis rien. Je ne préfère pas. C'est sûrement pour cette raison qu'elles ne disent rien derrière mon dos. Tout ce qu'elles pensent de moi, je le sais. Elles ne me trouvent pas jolie, je ne suis pas assez bavarde, je m'habille mal et en plus de ça, je suis grosse. Bon, c'est vrai que je ne me trouve pas belle, si je ne suis pas bavarde, c'est seulement avec elles parce qu'avec des gens avec lesquels je suis à l'aise, des gens qui me comprennent, je discute. Je rigole même. Et puis, je trouve que je ne m'habille pas si mal que ça. Je porte généralement un slim, un gilet simple et un tee-shirt. Ce qu'il y a de plus basic. Et pour ce poids, pour vous dire, ça m'obsède cette remarque. Tous les jours je la supporte. Plus je me regarde dans ce miroir, plus je me trouve obèse. C'est décidé, je vais maigrir !
Je vous ai parlé de filles avec qui je suis toute la journée mais je ne vous ai pas décrit les garçons. Il y a une bande de huit, ils sont beaux. Enfin, à mon goût. Il y en a un qui me plaît tout particulièrement mais je ne pourrais jamais avoir une relation avec lui. Il ne s'intéresse pas à des filles comme moi et puis, Jaly est déjà folle amoureuse de lui. Il est dans la même classe que moi. Le prof de mathématiques l'a déplacé parce qu'il perturbe certaines personnes.
« Lucas, va t'asseoir aux côtés de... Emmanuelle »
Ce n'est pas possible. Lucas Crustmann vient s'installer près de moi. À ma table. Je n'y crois pas. Jaly me regarde d'un air furieux voulant dire "ne le touche pas, il est à moi". Je fais mine de ne pas l'avoir vu. Lucas se rapproche et s'affale sur la chaise. Il a l'air de ne pas s'intéresser à moi. Tout ce qu'il veut, c'est retourner avec ses potes comme on dit maintenant. C'est la fin des cours, je dois rentrer chez moi mais je n'ai pas envie. Les filles font une soirée demain, elles voudraient que je vienne. Je ne sais pas si j'aurai l'autorisation. J'essayerai. Je marche lentement, Lucas est derrière avec un pote à lui. Je reconnais le son de sa voix. Il parle de soirée lui aussi. J'ouvre la porte d'entrée puis me dirige vers le salon pour y poser mes affaires. Mon père se trouve devant la télévision, une bière à la main et une dizaine d'autres bouteilles vide du même alcools posées sur la table basse. Comme d'habitude. Je me trouve dans la cuisine, cherchant de quoi grignoter jusqu'à repenser à ce qu'à dit Jaly. Maintenant, fini les goûter au retour de l'école. Je bois donc un verre de jus d'orange. Je reprend mes affaires, monte dans ma chambre pour faire mes devoirs. Je peux m'avancer pour la semaine suivante, je n'ai rien d'autre à faire. Lire où écouter de la musique. Je ne dispose ni d'ordinateur ni de télévision dans ma chambre. Il est 19h47 et j'entends la porte d'entrée. C'est ma mère qui rentre du travail un peu plus tard que prévu. Comme chaque lundi et jeudi d'ailleurs. Elle fait les courses. En ouvrant légèrement la porte de ma chambre, je peux entendre mon père crier sur ma mère qui elle, à l'air d'avoir mal.
« Tu étais où ? » Demande t-il enragé.
« Mais je faisais les courses » Réplique t-elle.
« Et quoi d'autres hein ? Quoi d'autre ? Répond ! Répond je te dis ! » Sa voix est pleine de colère comme tous les soirs.
« Mais rien. Lâche moi s'il te plaît, tu me fais mal » Supplie t-elle en versant quelques larmes.
C'est tous les soirs pareil, toujours le même refrain. Il crie. Elle pleure. Il la frappe. Elle pleure. Je dois venir manger mais je n'ai pas faim. En plus, je suis au régime. Mon père m'ordonne de manger ce qui se trouve dans mon assiette. Je me force un peu. Je commence à hésiter et décide de demander à mes parents si je pourrai aller chez Mélisse demain. Là, je commence à avoir mal sans qu'il m'ait touché. Il se lève après avoir donné deux coups de poing sur la table. Il crie, il me frappe, il m'insulte. Pour changer. Là, ma mère panique. Elle pense que c'est de sa faute si je souffre. Je ne lui en veux pas. C'est celle de papa. Je pleure, comme maman tout à l'heure. J'aperçois une larme couler sur la joue de maman. Ce qui me fait encore plus pleurer.
« Maman ne pleure pas, ce n'est pas de ta faute » lui dis-je.
Il m'a lâchée et là, j'ai encore peur de sa réaction. Je sais que ça ne va pas lui plaire. Mais j'ai besoin de le dire. Qu'il sache ce que je pense de lui.
« C'est de ta faute papa si je suis malheureuse ! C'est de ta faute à toi, pas à maman ! Elle souffre aussi. Cesse un peu cette drogue et arrête de boire. Tu fais de notre vie un véritable enfer putain ! »
Je cours vers ma chambre à toute vitesse, il me poursuit pendant que maman le supplie de ne pas me toucher. Trop tard, il pénètre dans la pièce, je suis dos à mon bureau et face à lui. Dans ces moments là, je me dis que j'ai une vie bien merdique. Peut-être l'ai-je mérité ?! Il me saisit par les épaules et penche mon corps en arrière pour que mon crâne se frappe contre le coin de mon bureau. J'ai mal. Il commence à partir mais revient très rapidement en me donnant quelques coups de poings dans le ventre. Je suis à terre. Eh oui, c'est ça ma vie. Si seulement il arrêtait, peut-être que tout serait plus simple. Mais il ne se stoppera pas. Il va continuer de sniffer cette came, de boire jusqu'à ne plus sentir son corps. Oublier qu'il est violent envers les gens qu'il aime. Qu'il aimait. Quant à maman, elle va continuer de se laisser faire. Soumise. Femme battue. Elle ne dit rien à personne, je ne comprend pas. Moi, je n'ai pas le droit. Peut-être qu'elle non plus. Je n'en sais rien. Je tente de trouver le sommeil mais en vain. Toujours j'entends ces pleurs et ces cris. J'écoute ma musique histoire de ne plus supporter ce calvaire. Je ferme les yeux puis les ouvrent en sursaut. Je revois les images de tout à l'heure. Mon crâne se heurte à ce meuble où se trouve une légère tache de sang. Rien de grave. Quand je revois ces coups dans mon ventre, j'ai mal. Je pleure. Et puis merde, ça ne sert à rien de pleurer. C'est signe de faiblesse, or, je suis forte !
Retour au collège. Deux heures de mathématiques. Deux heures avec Lucas. Seule chose qui me fait sourire. Avant de pénétrer dans la salle, je préviens les filles que je ne pourrais pas venir. Je suis déçue, Lucas sera là. Les minutes passent, je fais les exercices demandés par le prof. Je sens un regard se poser sur moi. Celui de mon voisin. Je ne dois surtout pas relever la tête, croise son regard et pourtant, je le fais. Nos regard se croisent, le temps me semble s'arrêter. Regard envoûtant, profond, sincère, mystérieux & connu. Je ne sais pas pourquoi mais connu. Il me sourit, je lui rend.
« C'est curieux, tu me rappelles quelqu'un mais je ne sais plus qui » dit-il espérant que je lui trouve une réponse.
« Je ne sais pas. Il me semble avoir déjà croisé ton regard mais je ne me souviens plus exactement où. » Dis-je, bafouillant quelques mots.
« Tu me dis une fille, oui, elle avait le même prénom que toi, mais je n'ai plus de nouvelles. Elle avait des problèmes de famille. J'aurai tellement voulu l'aider. J'étais amoureux d'elle. Et bizarrement, ça n'a pas changé. » répond-il, l'air surpris de ses sentiments.
Je ne sais pas quoi répondre. Peut-être étais-ce moi, je ne m'en souviens pas. Dû à un traumatisme crânien il y a cinq ans de ça, j'ai oublié ce que j'ai vécu. Il me regarde réfléchir, ne sachant quoi répondre.
« Oh, et c'était quoi ses problèmes familiaux ? » Demandais-je, curieuse.
« Je suis désolé, je n'ai pas le droit de te le dire. Plutôt mourir que de la trahir. »
Mince. Il y tient énormément à cette fille dit donc. Jaly me fusille du regard, je lui fais des gestes pour qu'elle comprenne qu'il n'y a rien. Elle me lance un sourire puis se retourne. La journée passe assez rapidement, je ne cesse de penser à Lucas et son mystérieux secret. Je souhaite une bonne soirée aux filles et je rentre chez moi. Inutile de vous décrire ce qu'il se passe, ça ne change pas. La routine. Comme une chanson n'ayant que le refrain comme parole. Ce soir c'est la fin du début. Le début de la fin. Je ne mange pas, j'évite une colère. J'évite les coups. J'écris sept lettres. Une pour maman, cinq pour les filles et une pour Lucas. J'écris à maman de ne pas avoir la haine contre papa car la haine, c'est la colère des faibles. Je suis persuadée qu'elle est forte, il suffit juste de se défendre, de se battre.
J'écris aux filles tout ce que je pense d'elles mais en fin de compte, je les aime bien tout de même. Lucas. Je lui écris que c'était bien moi. Je m'en suis souvenue, regardant quelques photos d'enfance où j'étais avec lui. Photos que je glisse dans l'enveloppe. C'était mon meilleur ami. On s'aimait en cachette. Il y avait toujours cette angoisse excitante d'être découvert. Je l'aime toujours. Lui aussi. Il me l'a dit. Je sais qu'aimer c'est donner à quelqu'un le pouvoir de nous détruire. Je l'ai détruit. Fallait pas m'aimer. Et puis, qu'il n'essaye pas de m'oublier. Vouloir oublier quelqu'un, c'est y penser d'avantage. Mais je sais qu'avec le temps on oublie pas, on cicatrise. Je clôture cette dernière lettre par un « Je t'aime. À la vie, à la mort. On se l'est juré ».
Je sors par ma fenêtre, je fais le mur comme on dit. Après avoir déposé chaque lettre dans sa boîte correspondante, je retourne dans mon lit. Une lame à la main, je me taillade les veines. Une vie douloureuse. Une mort douloureuse.
C'est la fin du début de ma vie avec Lucas. C'est le début de la fin de ma vie merdique. Et n'oublie pas.
Se suicider n'est pas un acte de faiblesse, mais un acte de courage...
Histoire publiée le 18/01/2009 à 19h28.
Thèmes : Frappée, Maman, Papa, Suicide
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Par petit-ange17 le 19/01/2009 à 20h07
www.Et-Les-Mots-Sont -Perdus.skyblog.com
" [...] le suicide, c'est le sublime courage des vaincus" (G. de Maupassant)

Magnifique
Bizz"
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