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La foi du charbonnier

Il était une foi, et cette foi était aussi remarquable que remarquée pour maintes raisons, que l'on pourrait classer de diverses façons : en fonction de leur degré d'évidence, de leur importance, ou encore du nombre de mots nécessaire à leur évocation. Chacun de ces modes de classification étant aussi honorable que ses semblables, l'auteur juge plus sage de passer ces raisons sous silence, afin d'éviter tout parti pris (une prise de position hardie de l'auteur est toujours, comme chacun sait, susceptible de lui aliéner tel ou tel sous-ensemble du lectorat).
Si le caractère remarquable de la foi éponyme est finalement asséné avec tout le dogmatisme propre aux grands hommes, de Staline à Robinson Crusoë, en revanche, l'auteur est tout disposé à lever tout lever le voile sur les sources de l'intérêt qu'il porte à cette foi, intérêt qui le pousse à ratiociner de manière éhontée et jouissive.
Outre le mauvais calembour liminaire qu'elle permet (ou plutôt nécessite, pourrait-on dire, étant donné le goût immodéré de l'auteur pour ceux-ci), cette foi avait ceci de passionnant qu'elle se rapportait au destin. Or la foi en le destin se distingue de toutes les autres. En effet, elle ne rencontre jamais de preuve de sa fausseté. Elle se renforce donc en proportion exacte de la quantité d'eau que le pêcheur voit passer sous le pont, et contribue ainsi à flatter l'amour propre du fidèle, qui voit avec jubilation les faits coïncider avec sa vision du monde, et s'efforce dès lors, à la façon du missionnaire, de convaincre les mécréants, et ce jusqu'à l'heure où les ciseaux de l'une des Parthes réduisent finalement sa voix prophétique à un râle répugnant et dénué de toute force de persuasion, mais qui constitue pourtant une ultime preuve du bien-fondé de la foi si judicieusement adoptée.
Ici, l'auteur souhaiterait ouvrir une parenthèse afin de se livrer à une confession pleine de contrition. Malgré le titre, malgré la première phrase et malgré l'attention jusqu'ici focalisée sur la foi, le sujet de l'histoire qui s'offre en ce moment, lascive, à l'œil du lecteur (le lecteur est avide depuis bientôt un siècle) n'est précisément pas cette foi, mais un homme simple du nom paradoxal de Ladislas Ibn Masoud, ce qui lui valait les quolibets des fonctionnaires de l'ANPE lorsqu'il s'y présentait. Ladislas Ibn Masoud, comme son nom l'indique, était en effet chômeur depuis la fin de ses études, c'est-à-dire depuis qu'il avait reçu le diplôme du brevet, diplôme qui entraîna à l'époque des dépenses en raison de l'arrêt cardiaque qu'il provoqua chez la pauvre mère de Ladislas (Dichou), Adélaïde Ibn Masoud, née Vladimischenko, morte de joie, et enterrée avec les larmes et la pompe réglementaires. S'il était chômeur, Dichou était également rentier et vivait bien en-dessous de ses moyens. Il se chauffait été comme hiver à l'anthracite, afin d'entretenir l'industrie du charbon sur laquelle était fondée sa fortune. Il avait fait des émules, et le snobisme qui consistait à laisser le chauffage toute l'année s'était répandu à la même vitesse que le respect que Ladislas Ibn Masoud inspirait à la population de Groville, charmante bourgade du Pas-de-Calais où la dynastie minière des Ibn Masoud avait élu domicile depuis l'invention de la pioche, invention qui remonte (c'est un lieu commun) à la plus haute antiquité. Ladislas avait donc tout pour être heureux.
Ici, l'auteur souhaiterait refermer la parenthèse qu'il avait ouverte pour couvrir d'un voile pudique la bassesse sur laquelle il ne reviendra pas.
Une fois cette parenthèse fermée, l'histoire peut commencer.
Elle peine malheureusement à le faire. L'auteur l'y exhorte, mais la rebuffade est de taille. On pourrait presque parler de rébellion, pour peu que l'auteur ait le dessous, ce qui ne lui ressemble pas : son noble front ne s'est encore jamais courbé vers le sol sous l'effet de la soumission ; le soleil de midi ne frappe sa nuque distinguée que lorsque l'auteur s'incline vers une feuille délicieusement vierge, arborant un stylo turgescent qui noircit frénétiquement les lignes blanches afin de finalement libérer toute son ardeur créatrice en un climax final.
Ce climax vient d'avoir lieu, et c'est ainsi que s'achève le récit.

FIN

Histoire publiée le 28/10/2007 à 22h46.
Thèmes : Charbon, Foi, Ratiocination

Rappel : Ce contenu est protégé par le droit d'auteur. Toute reproduction, même partielle, est interdite sans le consentement de l'auteur.
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Commentaires

Avatar de glorfindel

Par glorfindel le 29/10/2007 à 10h10

ah, non ! toutes les phrases ont un sens rien moins qu'occulte. Cite m'en une, je te l'explique.

Quel intérêt à raconter un truc semblable... c'est vrai que pour comprendre ma démarche et certaines références il faut pas mal de culture littéraire. Je te conseille les Fleurs bleues.

Quant à la fin du texte... je n'ose te dévoiler son véritable but !

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