La forêt mystérieuse
Il était une fois une forêt si grande qu'elle couvrait tout le sud d'un pays. Sous les frondaisons épaisses et sombres des anciens, jouaient de leur innocence de jeunes pousses aux couleurs tendres et à l'écorce fragile.
Leurs troncs, ressemblant plus à la tige d'une fleur qu'à un arbre digne de ce nom, se moquaient éperdument du danger environnant. Ils ne connaissait ni la force du vent ni les gifles des pluies d'orage. Leurs aînés veillaient fidèlement à leur sécurité.
Plus à l'intérieur encore de ce pays secret, au pied des arbrisseaux s'étalaient, sans retenue, toutes sortes de créatures. Les plus petites habitaient les rouges champignons et les plus simples nichaient dans le creux des pierres éparpillées aux pieds des géants.
La race des hommes connaît peu ou bien ignore ce monde-là. Quelques rares initiés ou les enfants dont l'âme est toute pure, parfois, parviennent à entrevoir le petit peuple grouillant dans l'ombre des feuillus...
Un jour, un jeune homme très amoureux appela au secours. Il avait besoin d'un abri pour panser les plaies de son amour et un asile pour que son aimée retrouve un peu de confiance en elle. Le jeune homme connaissait le secret du petit peuple d'en bas. Il avait acquis leur estime grâce à la pureté de son âme et la sagesse de son esprit. Une voix lui répondit que la forêt les attendait. Il prit alors la main de la jeune femme et lui demanda de le suivre sans crainte. Tandis qu'ils s'avançaient lentement, l'amoureux partageait avec la jeune femme tous les endroits merveilleux de ce paradis caché.
A l'ouest s'étirait un fin filet d'eau. Il proposa de faire une halte pour écouter les murmures de la source. La demoiselle ferma les yeux et entendit une douce mélodie. Un cri retentit soudain. Un hibou perchait au sommet d'un arbre majestueux. L'oiseau s'adressa à la jeune femme. Apeurée, elle écouta pourtant attentivement la voix de l'ailé. Elle connaissait cette voix mais ne pouvait pas lui attribuer un nom. Le hibou sentait sa crainte. Il lui parla alors doucement. La jeune demoiselle se calmait peu à peu. Le rapace lui demanda de le suivre. Le jeune homme ne lui lâchait pas la main, pressant de temps en temps celle-ci pour dire son soutien. Ils suivirent le volatile pendant un long moment. Ils leur fallut escalader des pierres, mais l'amoureux était ferme et confiant. Il l'accompagnerait jusqu'au bout. Après un long parcours, ils arrivèrent dans une grotte très sombre. Une autre voix accueillit les deux étrangers. Elle ne s'adressait qu'à la jeune fille. Cette fois, il lui fut demandé à qui elle aurait aimé se confier. Elle répondit : ‘à mon grand-père ! Il était si bon. Il m'aimait tant.' La voix rétorqua : ‘petite fille, petit faon de lune, ne me reconnais-tu pas ? C'est moi, ton grand-père !
Ils se parlèrent longtemps. Il écouta, comme toujours, en silence. Il avait mal d'entendre celle qu'il aimait tant et de percevoir la détresse dans cette voix si chère. Il savait son histoire, il savait qu'elle n'avait pas changé. Il lui dit son amour de grand-père, un amour éternel. Il lui montra l'amour du jeune homme. Elle pleura doucement. La voix, avant de s'évanouir dans les cavités de la grotte, confia cette femme à cet homme amoureux.
La nuit au dehors s'avançait à grands pas. Le jeune homme reconduisit la jeune fille au pied de la grotte, juste sous la chute d'eau de la source. Ils prirent un bain car la poussière du chemin collaient aux joues de la jeune filles, là où ses larmes avaient coulé tandis que le jeune homme avait les bras sanglants où les ronces avaient pris un peu de sa chair. La brise légère essuya leur corps. L'amoureux reprit la main de son amour. Il la conduisit jusqu'à une maison biscornue sous le plus vieux de tous les arbres, un chêne à l'écorce tordue par les temps. Là, ils pourraient s'endormir à l'abri de la méchanceté du monde, rien que pour une nuit.
Il demanda à celle qu'il adorait ce qu'elle voudrait y emmener dans cette maison inconnue.
Un sourire effleura les lèvres de la jeune femme. Elle énuméra tout ce à quoi elle tenait.
Le jeune homme sourit à son tour et l'invita à le suivre. D'un pas bien assuré, il reconduisit la belle tout près de la source, dans un étrange abri. Frappant délicatement à l'huis de vieux bois, il l'entrebâillât et tout ce que la jeune fille avait énuméré s'étala devant leurs yeux. Il y avait un livre, un peu de miel. Le feu crépitait dans l'âtre. Une couverture s'étendait devant la cheminée. Une musique qu'elle aimait planait dans l'air chaud du logis.
Le jeune homme la tira tendrement à l'intérieur et la fit s'étendre sur la couverture. A son tour, il s'y assit en tailleur pour que ces jambes servent de coussin à la tête de son amour.
Elle se laissa faire et s'assoupit pendant qu'il lui racontait des histoires magiques. Il lui confia son amitié avec les petits êtres d'en bas. Il lui dit que cet endroit serait toujours là pour eux. Il lui dit aussi que cet endroit serait toujours là pour eux, chaque fois qu'ils seraient malheureux ou fous d'amour. Il lui dit encore tant d'autres choses. Quand les dernières heures du jour s'éteignirent, elle ouvrit soudain les yeux. Elle se trouvait dans sa chambre, étendue sur son lit. Elle commença à douter de tout. Avait-elle rêvé ce voyage dans une forêt si grande qu'elle recouvre tout le sud d'un pays ?
Quand on aime, les mondes secrets se dévoilent. Quand le cœur est vrai, l'invisible apparaît. Les songes d'enfant habitent dans cette forêt. C'est là que tous ceux dont l'âme est belle trouvent la paix . C'est là que vont dormir pour l'éternité, les anges, les elfes, les lutins et les fées. Quand l'amour est aussi pur que le cœur d'un enfant, n'importe quel mortel peut y entrer. Le petit peuple reste invisible mais offre son paradis à ceux qui sont si désespérés qu'ils voudraient mourir. Ils donnent leur royaume le temps de redonner goût à la vie.
Il n'y a qu'une condition pour y accéder : connaître un être qui a déjà fait ses preuves auprès du petit peuple.
Cette jeune femme a eu cette chance une seule fois. Le jeune homme qui l'accompagnait avait la confiance de ce peuple. Aujourd'hui, elle peut seulement regarder l'immense toit vert que forme la forêt mystérieuse. Elle sait désormais où dort son grand-père et où dormiront tous ceux qu'elle a aimé et qui avaient l'âme bonne. Elle n'oubliera jamais cet étrange nuit mais sait qu'elle n'y retournera sans doute plus.
Elle ne remerciera jamais assez le jeune homme qui l'y a conduite.
Il était une fois une forêt au cœur de la nuit. Petits et grands, espérez toute votre vie d'un jour y pénétrer. Travaillez à rendre votre cœur digne de cette forêt.
Arwen Gernak
Histoire publiée le 10/11/2006 à 15h58.
Thèmes : Amour, Contes, Histoires, Magique
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Par nostradamus le 15/11/2006 à 18h43
Sur les ailes des oiseaux, j'ai déposé mes rêves.
merci à toutes les deux. Au plaisir de vous avoir fait plaisir.
Nostradamus
Par aurwell08 le 10/11/2006 à 23h39
est éperdument heureuse
c'est un très belle histoire
merci de l'avoir publiée
Par mva1822 le 10/11/2006 à 22h06
Le monde est tellement petit qu'on finit toujours
Très belle histoire, j'aime beaucoup!
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