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La fugue de Lucie

Prologue :
« Des 36 moyens d'éviter un désastre, le plus sûr est parfois de fuir. »

Je m'appelle Lucie.
J'ai quatorze ans, j'ai les cheveux châtains clairs, des yeux bleus mais pour le reste je ne sais plus très bien.
Je ne sais plus où j'en suis, parce que mes parents hurlent tous les soirs, dès qu'ils rentrent.
Tout ça à cause de mes notes.
Tous les jours, les profs me rendent un contrôle, une interro, parfois une interro surprise.
Et toujours ma note est nullissime.
Nous ne sommes qu'au premier trimestre, et j'en ai déjà marre.
Depuis que je suis en quatrième, ma meilleure note est treize sur vingt. Pas mal, non ?
Morte de rire.
Pourtant, mes parents ont tout fait pour qu'elles remontent : j'ai interdiction de sortir de ma chambre tant que je n'ai pas fini mes devoirs. Ils ont supprimé ma boîte mail, MSN... Je n'ai pas le droit de sortir le week-end si ce n'est avec eux et s'ils n'ont pas vérifié mes devoirs. Et tous les soirs, j'ai droit au discours « tu travailles pour toi et pas pour tes notes… ». Non. Je devrais peut-être, mais je ne le fais pas. C'est bien pour ça qu'ils m'engueulent, non ?
Et en plus je devrais les remercier parce qu'ils m'aident à réussir dans l'avenir. Ben voyons. L'avenir ? Qu'est-ce que j'en ai à faire ? Il paraît que je fais juste une « crise d'ado ». Bande d'enfoirés…

J'ai une seule véritable amie : Aurore. Elle est arrivée il y a deux ans au collège, elle ne connaissait personne et avait perdu toutes ses copines, qu'elle avait nombreuses. Elle avait séduit la moitié des mecs du bahut malgré elle : ses grands yeux noisette, ses longs cheveux bruns et un peu bouclés, sa capacité à s'entendre avec tout le monde… Toutes les filles voulaient être son amie, les plus branchées, les plus cools...
Pourtant, c'est moi qu'elle a choisi. Moi, la fille nulle, moche et débile. Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien.

Ma vie est faite de mensonges et de cachotteries. Je ne dis rien à mes parents, et quand je leur parle, je leur raconte que du mytho.
Combien de fois, dans ma misérable vie, leur ai-je caché des interro et imité leur signature ?
Un soir, je ramène un zéro.
Un de trop.

-Lucie, il faut qu'on parle.
C'est ce que dit mon père, dès qu'il le voit, en compagnie de ma mère. Je m'assois sur le canapé, osant à peine lever les yeux, mes parents sur les fauteuils en face de moi.
-Ce n'est plus possible. Tes notes sont désolantes, tu risques de redoubler. Alors nous avons décidé de réagir.

Ma mère inspire un grand coup et dit :
-Nous avons donc pris une décision. Tu sais que tes professeurs de maths et de français organisent des heures de soutien. Nous voudrions que tu y participes. Et si ça ne marche toujours pas, nous engagerons une monitrice de soutien scolaire à domicile. En plus de celui au collège, bien entendu.
Mon père se racle la gorge et ajoute :
-Ah oui, et nous allions oublier : tu ne pourras pas te présenter pour un bac L, ça ne t'ouvre pas assez de portes, dans l'avenir. Aussi, nous préférerions que tu fasses un bac ES. Bien sûr, le meilleur choix serait S, mais vu tes résultats désolants en maths…tu as le temps bien sûr, mais il n'est jamais trop tôt pour y penser.
Toutes les notes cachées, toutes les engueulades précédentes ressurgissent alors :
-J'en ai rien à cirer de l'avenir ! Aussi pourri que le reste ! On mourra tous un jour de toute façon !
Puis je cours dans ma chambre où je m'enferme à clé.

Mes parents ne bougent pas. Ils pensent certainement que je suis en train de pleurer, que je vais bientôt sortir de ma chambre tellement je suis goulue, et là ils exigeront des excuses, sans quoi je ne mangerai pas. Et ensuite, je serai à genoux devant eux, en leur promettant de m'améliorer, et peut-être d'avoir au moins les compliments.
Ben voyons.
J'aime manger, mais pas à ce point là.
Je ne verse pas une larme. Je prends seulement un grand sac à dos, et je fourre dedans des vêtements pour chaque saison, tout mon argent de poche, mon portable, mon MP-3, une couverture, une taie d'oreiller et un pendentif porte-bonheur que mon ex-petit ami m'a offert un jour de pluie. Exactement comme dans les romans à l'eau de rose que d'habitude je déteste. On ne sortait même pas encore ensemble, on était tout juste copains, c'était au tout début de l'année. On discutait à la sortie du collège et tout d'un coup il s'est mis à pleuvoir. Mais pas un petit crachin. Une grosse pluie, qui a vite fait de nous tremper entièrement. En nous abritant avec nos sacs, on a couru jusqu'à l'immeuble de Raphaël (mon ex) et on s'est abrité dans le hall. J'étais gelée. Je m'apprêtais à lui dire « Salut, à demain » et il m'a mis ce pendentif autours du cou. Puis, comme ça, sans me prévenir, il m'a embrassée. Moi, je n'avais pas beaucoup d'expérience dans ce domaine, alors je l'ai laissé faire. Ça a duré bien deux minutes, mais c'était trop court à mon goût ; j'étais serrée contre lui, et puis, au bout d'un moment, j'ai compris le mouvement, et j'ai continué. Nous étions tous les deux trempés et ça avait quelque chose de follement romantique. Puis il est parti en courant au deuxième étage, sans prendre l'ascenseur. Moi, encore sonnée, je suis restée cinq minutes dans le hall avant de repartir chez moi. Quand on y repense, tout ça est ridicule.
On est sorti ensemble pendant deux ou trois mois. Mais un jour, on a cassé parce qu'une nouvelle est arrivée au bahut. Elle s'appelait Magali Orna. Elle était blonde, évidemment, et avait des cils croulant sous le mascara. C'était une ancienne amie de Raphaël. Et rapidement, il m'a plaqué pour elle.
Non. JE l'ai plaqué. Parce qu'il ne parlait que d'elle et il me regardait à peine lorsque cette poupée Barbie passait sur le même chemin que nous. Pourtant, j'ai gardé les cadeaux de Raphaël, même s'il n'y en avait pas beaucoup. Parce que je l'aime encore.
Finalement, en repassant ces souvenirs, je me dis qu'il ne vaut mieux pas vivre dans le passé. Alors, je balance ce stupide pendentif à l'autre bout de la pièce.
Ensuite, je prends mon manteau, mon sac, et, à pas de loup, je me faufile jusqu'à l'entrée et je prends de la bouffe qui se garde longtemps. Puis, je mets mes chaussures.
J'ai conscience que je risque de regretter mon geste. Mais je voudrais leur donner une bonne leçon. Alors je claque la porte. Je claque une porte sur ma vie.

Histoire publiée le 10/09/2008 à 14h11.
Thèmes : Crise d'ado, Fugue, Lucie

Rappel : Ce contenu est protégé par le droit d'auteur. Toute reproduction, même partielle, est interdite sans le consentement de l'auteur.
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Commentaires

Avatar de lexys

Par lexys le 11/03/2009 à 21h17
Sur la pente descendante.

J'aime beaucoup, je cours lire la suite

Avatar de peterplume

Par peterplume le 23/11/2008 à 13h32

Prof de Psycho à Wavre, j'aimerais pouvoir reprendre quelques passages de ton livre dans mon cours sur l'adolescence. M'autorises-tu à le faire ?
Bravo pour ta belle écriture !
Pierre Stein

Avatar de florent92

Par florent92 le 10/09/2008 à 14h40

Salut éloïse!!! Je met le premier com!! Ses trop bien ton histoire, j'ai failli pleurer. Dommage que la maison d'édition a refusé le roman par ce que tu est soi disans "trop jeune pour écrire des trucs morbides".

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