La Légende de Suyen
I - Suyen
Dans ces lointaines contrées de l'océan Indien vivait paisiblement une famille de raies. Elles faisaient partie d'une colonie qui avait préférée quitter les côtes européennes, pour s'installer dans les eaux chaudes que leur offrait leur nouvel habitat. Cette famille comptait 3 filles, dont Suyen était la cadette. Pendant son temps libre, elle aimait chasser les crustacés avec ses soeurs, elles faisaient des courses dans les profondeurs de la mer, et malgré le fait qu'elle soit la plus jeune, Suyen finissait rarement dernière. Elles rentraient tard le soir, en bravant les recommandations de leur mère qui se faisait toujours du souci pour sa progéniture.
Malgré tout, Suyen ne se plaisait pas dans cet endroit exotique. Elle aurait préféré vivre sur les côtes du Vieux Continent, dans des eaux plus fraîches, au milieu de tant d'autres raies que l'aventure effrayait. Toutefois, elle ne voulait pas abandonner sa famille, et pour rien au monde elle n'aurait accepté de quitter ses soeurs.
Enfin, quand elle fût en âge de voyager seule, elle décida de séjourner quelques mois en Europe, afin d'accomplir son rêve d'enfance.
II - A la découverte de l'Europe
Après un voyage de quelques semaines le long des côtes africaines, Suyen arriva face au détroit de Gibraltar, marquant l'entrée de la Méditerranée. On était alors au début du mois de juin, et déjà les touristes affluaient sur les plages espagnoles. Suyen fit alors sa première rencontre avec les humains, qui eux, autant émerveillés qu'elle, découvraient les raies pour la première fois. Elle aimait se faire photographier, et s'amusait à nager à côté des bateaux de plaisance.
Elle remonta toute la côte méditerranéenne, étant à chaque étape la principale curiosité touristique. Après s'être arrêtée quelques jours en France et avoir contourné la botte italienne, elle arriva en Grèce, où elle passa la fin de ses vacances. On était déjà à la mi-août. Elle faillit se perdre dans le dédale que forment les îles grecques, mais un jeune mâle lui indiqua sa route. Il s'appelait Célian. Ils continuèrent la visite de la Grèce ensemble, et ainsi ils découvrirent qu'ils habitaient dans les colonies voisines, lui résidant au large de la Réunion, et elle près de l'île Maurice.
Suyen et Célian décidèrent de rentrer dans leur océan natal ensemble. Ils passèrent par le canal de Suez, inconnu de Suyen mais qui n'avait pas de secrets pour Célian. En moins d'une semaine, ils étaient dans leurs familles respectives. Ils décidèrent de se revoir de temps en temps, et peut-être même iraient-ils ensemble en Europe l'été prochain.
III - Un été en eaux chaudes
Suyen s'absentait de plus en plus de chez elle, ce qui n'était pas du goût de sa mère, qui, rappelons-le, s'inquiétait énormément pour ses filles, bien qu'elles étaient toutes en âge de se débrouiller par elles-mêmes. Ses soeurs auraient aimé que Suyen soit plus présente pour elles. En effet, celle-ci ne chassait plus que pour se nourrir, et ne nageait plus avec ses soeurs. Elle semblait toujours préoccupée, ce qui n'était pas pour améliorer l'état d'inquiétude de sa mère. Souvent elle s'absentait quelques jours, sans dire où elle partait.
Un jour enfin, elle se décida à présenter Célian à sa famille. Quelle fût la stupeur de ses parents quand Suyen, partie seule pendant quelques jours, revint à deux ! Célian était timide, et le fait que les deux soeurs et la mère de Suyen le pressaient de question n'était pas pour le mettre plus à l'aise. Mais le père intervint (chose très rare, il avait plutôt l'habitude de veiller sur sa famille de loin), et demanda à tout son petit monde de le laisser tranquille pour l'instant. C'est le seul moyen qu'il avait trouvé pour pouvoir lui parler. Il voulait s'assurer que celui qui lui prendrait sa fille serait digne d'elle. Après une série de questions, il fût convenu que les deux tourtereaux partiraient en voyage de noce l'hiver prochain, en Europe.
Suyen déclencha une vague d'amour dans la famille, et ses deux soeurs, jalouses d'elle, s'empressèrent de trouver elles aussi deux braves raies à leur goût et à celui de leur père. Au grand désespoir de leur mère, qui voyait ses filles partir l'une après l'autre. Enfin, l'hiver arriva et on fit les préparatifs pour le second voyage en Europe.
IV - Les Pyrénées
Ayant déjà parcouru la mer Méditerranée, Suyen et Célian décidèrent de visiter la France. Mais ils se rendirent vite compte que les eaux de l'Atlantique Nord étaient trop froides pour eux. Ils s'aventurèrent donc dans les fleuves et rivières français, chose dont sont tout à fait capable cette espèce de raies (qui peuvent passer sans problème de l'eau salée à l'eau douce). Ils remontèrent l'Adour, puis le Gave de Pau. Ils s'aventurèrent au hasard dans les torrents de montagne, s'arrêtant dans les lacs d'altitude, où ils surprirent touristes et résidents. Après quelque temps à errer, ils trouvèrent un endroit magnifique, où ils décidèrent de finir leurs vacances. Le ruisseau descendait tranquillement le long d'une vallée encore sauvage, où broutaient des troupeaux de vaches, surveillés par quelques chiens, les bergers observant à longueur de journée leurs nouveaux hôtes.
Alors les touristes commencèrent à arriver en grande masse, intrigués par la présence des raies dans ce coin retiré des Pyrénées. Les chercheurs ne comprenaient pas plus que les autres ce que pouvaient chercher ici deux animaux marins, et ils ne pouvaient pas répondre quand on leur demandait si l'installation était définitive ou temporaire. Seul, un vieux berger comprenait la situation. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait des raies dans sa vallée. Etant jeune, racontait-il, quelques couples de ces animaux étaient venus se réfugier ici lors d'une violente tempête dans l'océan. Il leur avait fourni des crustacés et des poissons en nombre suffisant pour les nourrir toutes, et chaque jour il venait voir comment elles se portaient. A l'époque, ils n'étaient que 3 bergers à emmener leurs troupeaux dans cette vallée, et ils avaient préféré garder le secret sur cet évènement très étrange.
Un jour, alors qu'il faisait sa tournée quotidienne, une vache malade depuis quelque temps était à l'agonie. Alors une voix s'éleva du ruisseau, demandant au berger de mettre sa vache à l'eau. Le berger, une fois qu'il eu retrouvé ses esprits, poussa la vache jusqu'à ce qu'elle tombe dans le petit torrent. Les raies firent un cercle tout autour d'elle, puis la vache ressortit au bout de quelques secondes, guérie. Bien sûr, personne n'a pu vérifier les dires du berger. Quelques souffrants essayèrent tout de même de rentrer en contact avec les raies, sans résultat.
La fin de l'été arrivant à grands pas, Suyen et Célian repartirent vers l'île de la Réunion, où ils avaient élu domicile. Avant de partir, ils firent leurs adieux aux quelques bergers encore présents dans les pâturages en décrivant une sorte de vache dans l'eau. Le vieux berger avait-il raison ?
V - Une vie de famille
L'année suivante, Suyen et Célian ne partirent pas en vacances. Et pour cause, la famille était passé de 2 à 6 membres. Les petits leur donnaient beaucoup trop de travail, et il leur était impossible de s'absenter du domicile. Puis les petits grandirent, ils apprirent à chasser, et s'amusaient à faire des courses. Suyen étaient toujours derrière eux, prête à intervenir au moindre incident.
Enfin, les enfants furent assez grand pour aller en vacances dans les Pyrénées. Sans hésiter un instant, Suyen et Célian retrouvèrent le chemin de leur voyage de noce, et ils arrivèrent dans le petit torrent tranquille, qui descendait au milieu de la vallée où broutaient paisiblement quelques troupeaux de vaches, surveillés par les bergers heureux de retrouver leurs deux hôtes d'un été. Les visiteurs visitaient, les photographes photographiaient, les chercheurs cherchaient, les bergers en profitaient pour vendre lait et fromages, et tout le monde s'étonnait de la présence des raies, qui revenaient désormais tous les ans à la même période.
En dehors de leurs voyages annuels, notre petite famille restait essentiellement dans leur foyer de la Réunion. Il leur arrivait d'aller de temps à autre passer quelque temps chez les parents de Suyen. A chaque fois, les 3 soeurs arrivaient en même temps avec toute leur famille. Les parents étaient débordés, mais ils s'organisaient de manière à rendre le séjour de leurs filles le plus agréable possible. Parties de chasse et courses étaient toujours au rendez-vous, mais maintenant le nombre de candidats était passé de 3 à une bonne quinzaine. Et tous étaient tristes de se quitter le moment venu, mais heureux d'avoir passé un merveilleux moment ensemble.
VI - Les barrages
Comme chaque année, il était convenu que Suyen et sa famille partent dans leur vallée paisible. Ils remontèrent vers le nord par la mer Rouge, franchirent le canal de Suez, et traversèrent la Méditerranée. De canaux en rivières, ils arrivèrent enfin dans les Pyrénées. Mais quelle fut leur stupeur quand ils virent l'entrée de leur vallée obstruée par un mur de béton ! En effet, un barrage avait été construit durant l'hiver. Et il était impossible à tout animal de le franchir.
Dépitées, les raies décidèrent de rester au pied de l'édifice. Les humains ne tardèrent pas à les voir, et il fut décidé qu'on les emmènerait dans le lac de retenue. A peine une heure plus tard, les voilà qui nageait dans les eaux bleues de ce qu'on avait appelé le lac du Teich. Elles purent continuer à monter jusqu'à la vallée tranquille qui leur était chère. Et tous les ans, les humains se chargeaient de les transporter du bas du barrage au lac.
Mais les besoins des humains grandissaient, et ils allaient devoir construire un autre barrage, précisément dans la vallée de Suyen. Bien sûr, les bergers et toute la population locale étaient contre ce projet, voulant protéger les raies. On trouva alors un compromis. D'abord, les raies pourraient aller dans le lac transportées par des bénévoles. Puis le lac serait creusé de manière à épouser la forme d'une raie. C'est le vieux berger à la légende qui conduisit pour la première fois les raies dans le lac. Jamais une de ses vaches ne tomba malade, et quand elles mouraient c'était qu'elles avaient vécu assez longtemps.
Voilà comment naquit le lac de Suyen. On dit que les raies ont maintenant changé d'endroit et qu'elles préfèrent nager dans les eaux plus profondes du lac du Teich. D'ailleurs, il n'est pas rare de trouver une vache au milieu de l'eau. Le vieux berger avait-il eu raison ?
Histoire publiée le 31/08/2006 à 15h21.
Thèmes : Légende, Suyen
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Par wiix le 09/09/2006 à 20h43
tres different de ce qu'on pense ce qui va ce passer ,des fois c'est trop simple!!mais c'est cool quand meme!!
(il y a des haut et des bas)
Par mat33 le 09/09/2006 à 12h23
Ce n'est pas parce que
Pour information, le lac de Suyen et le lac du Teich existent vraiment, et le lac de Suyen a bien la forme d'une raie quand on le regarde d'un peu plus haut. Et vous pouvez voir tout ça dans le Val d'Azun (65)
Par littlegum le 05/09/2006 à 19h49
'Les étiquettes c'est pour les conserves, pas pour
Zab ton truc mais j'adore
!!!
Par mat33 le 31/08/2006 à 15h51
Ce n'est pas parce que
Elle est carrément géniale ta légende, j'ai jamais lu quelque chose d'aussi beau, d'aussi émotionnel, d'aussi fabuleux ! Merci beaucoup de nous faire partager ce magnifique écrit !
)
(Ben voyons
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