La maison bleue -9-
- Tu récites le bénédicité Rodolphe ? me demande maman.
Je ne sais pas trop quoi répondre à cela. Fait-elle ça pour me mettre mal à l'aise ? Eh bien bravo, c'est tout à fait réussi ! Plus petit, j'avais des cours de catéchisme. Évidemment, je les séchaient. Je ne supporte pas tous ces gens qui se référent à un « Dieu » chaque fois qu'ils doivent prendre une décision, même pas importante la plupart du temps. Et puis le concept de la confession, pour moi c'est bidon. Si je devais aller raconter à un curé ou je ne sais quoi chaque connerie que j'ai faite, je passerais mon temps là-bas.
- Rodolphe ? Le bénédicité, s'il-te-plaît.
- Je ne le connais pas.
Ma mère en reste coite, ne sachant pour une fois pas quoi répondre à cela. Elle doit en ce moment même demander la clémence de Dieu, car elle fait des tas de petits signes religieux bizarres. J'ai soudain envie de rire, mais je me retiens, voulant que ce dîner se passe à peu près correctement.
Seulement je suis apparemment le seul à vouloir la Paix dans cette famille.
- Bénissez nous, Seigneur, bénissez ce repas, ceux qui l'ont préparé… commença papa avec lassitude.
- Arrête donc cela, Norbert ! rugit maman.
Mon père se stoppe illico et fixe le sol comme un petit garçon grondé par ses parents. Il n'a pas bien l'air de comprendre que le petit garçon ici c'est moi, et qu'il fait office de “parent”. Je fronce les sourcils et regarde la porte d'entrée avec envie. Interceptant mon regard, le valet de maison se place devant l'issue en fermant les yeux, faisant comme s'il ne m'avait pas vu. Je suis donc bloqué ici jusqu'à-ce qu'on me libère, à la fin du repas. Repas qui fit plutôt dîner de palace que petite réception en famille.
Tout en sortant, je louche afin de lancer un regard espiègle au valet. Celui-ci garde la tête haute et soutient mon regard avec courage. Je ne peux que m'incliner car une femme de chambre m'amène jusqu'à ma chambre.
- Il faut vous changer Monsieur, dit-elle en me désignant une tenue posée sur le lit.
Je fais la grimace en découvrant une chemise blanche à manches “ pattes d'eph' “, un pantalon droit, sans aucun misérable plis et des chaussures noires cirées. Tout ceci bien évidemment accompagné d'un veston sombre pour aller avec le reste.
Je regarde la pauvre domestique et ravale de suite ma réplique en voyant son air effrayé. D'un coup, je me demande ce qui peut bien lui faire peur à ce point. Est-ce moi, ou bien la sanction que pourrait bien lui infliger mes parents si je n'obéissais pas ? Un élan de gentillesse s'empare de moi, et je lui fais un beau sourire. Un de ces sourires que je réservais habituellement à Solène. Penser à elle me fait un pincement au cœur et je détourne la tête.
Une foule d'images s'impose à moi, que je repousse avec force. Si je me laisse aller maintenant, c'en est fini de moi. Si je baisse les bras si vite, c'est une victoire pour mes parents. Et je refuse de me laisser faire. Pas comme ça, pas sans riposter. Même si j'ai mal, même si cette putain de douleur me tord le ventre, me lacère le cœur.
Histoire publiée le 11/02/2011 à 17h41.
Thèmes : Amour, Désespoir, Drogue, Folie, Haine, Humour, Peur, Tristesse
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