La Mort comme décision
Et je marche encore, encore et encore dans cette ville immense. Je vais ainsi depuis des heures et il y a toujours des rues. Jusqu'où me mèneront–elles ? Et vers quel but ? Je n'en sais rien et je dirais même que je ne veux pas le savoir. Après tout, si j'ère ainsi c'est pour être partie de chez moi et non pour aller quelque part. Pourquoi les gens pensent-ils toujours que si on quitte un endroit, c'est forcément parce qu'on doit se rendre autre part ? Je trouve ça ridicule. Que les idées reçues sont futiles, tout comme ceux qui y crois…
Mais ça c'est une autre histoire que la mienne. D'ailleurs, intéresse-t-elle quelqu'un ? Je n'en sais rien et je ne m'en préoccupe pas : je ne la raconte pas pour les autres mais pour moi. Et, de toute façon, je n'ai pas à justifier !
Mais je m'égare dans mes pensées. En fait, je n'ai rien d'autre à faire à ce moment, seule, marchant sous la pluie, dans ces rues vides. Il doit être 3h30 : les gens dorment ou, en tout cas, ne se trouvent pas dans le même quartier que moi.
Qu'il est appréciable de se retrouver seule à cet instant ! Moi qui suis partie à cause de ce sentiment insupportable d'étouffement, j'ai à présent l'impression que la ville est entre mes mains, là, prête à m'obéir ! Bien que je sache que c'est faux, je me délecte de cette sensation, comme si je pouvais enfin vivre après n'avoir été qu'une coquille vide pendant des années…
Et là, en arrivant à cette conclusion, je sais qu'au détour d'une rue, dans quelques minutes ou dans une heure, je vais croiser quelqu'un et je reviendrais à la dure réalité : je suis seule, sans bagages, sans argent, dans une ville inconnue.
Une personne normale s'inquièterait, s'affolerait même peut-être, mais moi, ça m'est égal. Voilà encore une preuve de ma marginalité.
Pourtant je n'ai jamais voulu être différente des autres. Non ce sont ces autres qui m'ont rejetée. Pourquoi ? Je ne le sais pas vraiment. Les enfants cherchent toujours des prétextes pour pouvoir avoir une tête de turc, prenant exemple sur leurs parents. J'en fus une… Aujourd'hui je suis majeure mais, hélas, rien n'a changé…
C'est fou ce que les gens ont la mémoire sélective : ils ne se rappellent pas le mal qu'ils font mais se rappellent toujours de pourquoi ils laissent de côté certaines personnes. Et à cause de ça, du moment où on est exclu, on l'est pour le reste de sa vie.
De toute façon, ma vie ne vaut pas grand-chose. Et si je continue à ignorer le danger ainsi, elle ne durera pas longtemps. Il faudrait que je la reprenne en main et que je trouve de l'aide. Pourtant, je reste inactive. Je ne veux plus être aidée. Tous ceux qui ont voulu m'apporter leur aide m'ont tous laissé tombé quand ils ont compris qu'il n'y avait pas de solution. En tout cas pas à leurs yeux.
Moi, je vois une solution. On dit souvent que c'est celle des désespérés ou des déséquilibrés. Mais je possède toute ma tête et tous mes moyens. Quant au désespoir, même lui m'a abandonnée. Que dira-t-on alors ? Certainement que la peur a guidé mes actes, bien que je n'ai jamais éprouvé ce sentiment. J'aurais peut-être dû…
Mais l'heure n'est plus aux regrets. Une cloche de quelque église sonne 4h00. Je sors de ma poche le seul bien qu'il me reste : une dague. Mes parents qui croiront qu'un voleur a pris le trésor familial. Ensuite, ils s'apercevront que je suis partie. Qu'en penseront-ils ? Rien. Je ne compte pour personne ici bas.
La lame est froide sur ma peau. Dans la flaque, mon visage blêmit. Je ferme mes yeux. Je me sens faible. Je sais que je viens tomber. J'écarte les bras juste à temps et je m'effondre sur le trottoir. Dans quelques minutes, je serais morte. Personne ne m'a retenue. Tant pis. Je dirais bien adieu, mais à qui ?
Je perds connaissance.
Je perds ma vie.
Histoire publiée le 19/11/2007 à 21h16.
Thèmes : Mort, Solitude, Suicide
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