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La mort des Héros

- Le jour se lève. Veux-tu que je t'apporte de l'eau Jeanne ? murmura la voix douce d'une jeune femme d'une trentaine d'année tout juste.
La femme n'avait pas attendu la réponse de la petite fille et elle s'était déjà levée, se dirigeant vers le puits presque asséché qui se trouvait à quelques mètres d'elles. La petite ne semblait pas avoir entendue. Ses paupières étaient toujours closes et elle semblait dormir profondément d'un de ces sommeils paisibles qu'ont les enfants. Insouciante des dangers qui la guettaient, elle plus que tous les autres. Toutefois elle réussissait chaque soir à s'endormir rapidement grâce aux mensonges de Clara, la servante qui était chargée de sa protection. Jamais de sa vie elle ne s'était vue confier de mission importante. Et voilà qu'à présent elle devait veiller sur la vie de la jeune héritière du royaume. La guerre faisait rage aux quatre coins du pays, et l'ennemi avançait rapidement. Il y avait une semaine qu'elles s'étaient enfuies du palais sur ordre du Roi. Et elles n'avaient plus aucune nouvelle. En temps normal, la mission de protéger sa fille aurait été attribuée à une personne beaucoup plus expérimentée et beaucoup plus forte que Clara. Cependant toutes les forces étaient concentrées sur la protection du royaume et le Roi ne pouvait pas demander à ses plus braves soldats de protéger sa fille car la plupart était déjà morts et les autres estropiés ou incapables de se mouvoir. L'attaque avait été si soudaine que les héros n'avaient pu se réunir pour établir un plan de bataille. Ils avaient dû lutter seuls jusqu'à l'arrivée des renforts et ils avaient quasiment tous péri dans une lutte perdue d'avance. Les troupes ennemies étaient trop nombreuses, trop bien armée. Jamais auparavant ils n'avaient vu de telles armes. Leur bruit transperçait le silence des plaines, et le feu qu'elles crachaient faisait tomber les soldats sans qu'aucun d'eux ne puissent réagir.

Clara se pencha pour attraper le seau en bois qu'elle avait trouvé à proximité du puits et après l'avoir soigneusement attaché elle le lança dans les profondeurs obscures de ce trou béant. Elle avait vu de ses propres yeux les armes cracher un jet de feu et gronder comme le tonnerre. Son regard empli de tristesse se posa sur le corps encore endormi de la jeune fille. Elle croyait en l'espoir de son bonheur futur. Elle savait que c'était impossible, une véritable utopie ; malheureusement elle n'était qu'une simple domestique et ne connaissait pas des mots de cette grandeur, même si elle pouvait en concevoir le sens. Le bruit violent de l'eau qui éclabousse les parois rocheuses du puits lui parvint en écho des profondeurs de ce trou dont elle ne pouvait distinguer le fond. Elle remonta le seau de ses bras frêles, dénudés de tout vêtements, laissant apercevoir leur blancheur. Une blancheur qui indiquait qu'elle n'avait pas souvent été exposée au soleil. Cloîtrée dans le château depuis son plus jeune âge, elle avait voué son éducation à l'apprentissage des recettes de cuisine, de la broderie, du ménage et pour sa culture personnelle, de la géographie. Elle connaissait le moindre recoin des terres de l'Est. Chaque ville, chaque village. Elle en connaissait les noms, l'histoire, et surtout elle avait mémorisé les plans. Une passion qu'elle ne saurait expliquer mais qui lui avait valu de nombreuses frayeurs. La rudesse de sa condition en tant que domestique l'obligeait à rester cachée pour étudier. Si elle avait été prise avec un livre entre les mains elle aurait pu être exilée dans les terres arides, situées au cœur de la plaine désertique de Harasa. Avant de partir le Roi lui avait confié des vivres, une épée protectrice, de nombreux artefacts de protection ainsi qu'une carte afin de se rendre à l'abbaye d'Hydelis. C'était la première fois qu'elle voyait le Roi en personne. Elle, elle était chargée de s'occuper de sa fille et n'avait aucune autorisation pour se rendre dans les appartements du souverain. L'unique droit qui lui était attribué était de suivre la jeune princesse et d'obéir à tous ses caprices. Au tout début cela avait été très difficile pour elle. Alors âgée de vingt deux ans, elle avait éprouvé énormément de contrariété lorsqu'elle avait dû céder pour la première fois aux exigences d'une enfant de trois ans. Pourtant au fil du temps, la jeune fille s'était liée d'amitié avec elle, et malgré quelques caprices d'enfant, jamais Clara n'avait réellement dû obéir à la jeune fille. Clara éprouvait un amour incommensurable pour cette jeune princesse qui la considérait parfois comme une mère. La Reine avait succombé des suites d'une longue maladie héréditaire et la princesse, tout comme Clara, ne l'avait jamais connue. La princesse car elle en avait été éloigné en raison de l'inconnaissance des médecins qui croyait que la maladie était contagieuse, et Clara parce que, comme pour le Roi, elle n'était pas autorisée à la rencontrer.

Elle attrapa le seau d'eau rempli, qui gouttait en raison de nombreuses fuites, notamment due aux caprices du temps sur ce récipient de bois usé. Elle trempa ses mains dedans et les joignit pour contenir l'eau qu'elle lança sur son visage pour se débarbouiller. Elle but ensuite une longue gorgée de cette eau insalubre au goût de viande. Elle n'osa même pas imaginer la raison d'un tel goût et jugea bon de ne pas s'intéresser de trop près sur le contenu du puits. Le fond était invisible en raison de l'obscurité encore présente et elle se rassura de rester dans l'ignorance. Elle n'osa cependant pas remplir leur gourde de cet affreux breuvage et regarda en direction du cheval endormi aux côtés de la jeune princesse et qui supportait leur deux dernières gourdes d'eau fraîche dont l'une était déjà quasiment vide. Elle poussa un soupir de désespoir avant de balancer le seau dans les ténèbres du puits. Depuis une semaine, elle était sur le qui-vive, guettant le moindre bruit inhabituel, la moindre ombre qui aurait si bien pu être des voleurs que des bêtes sanguinaires, assoiffées de sang, que cette guerre avait amené avec elle. Clara n'avait pas encore regardé la carte confié par le Roi qu'elle avait déjà mémorisé depuis des années, en cachette, dans sa loge favorite qu'était les toilettes. Elle savait que là, personne ne serait venu la chercher pour voir ce qu'elle faisait, et chaque fois qu'on l'interrogeait sur ses longues absences elle répondait inlassablement qu'elle avait des problèmes gastriques depuis la naissance. Elle avait entendu ce mot, une fois seulement, prononcé par un médecin lorsqu'elle avait accompagné sa mère et elle ne l'avait jamais oublié depuis. On croyait volontiers à son mensonge, se disant qu'une simple servante ne pouvait pas inventer un mot pareil et qu'elle devait sans aucun doute dire la vérité.

Le seau en bois heurta la surface de l'eau avec un tel choc, que le bruit amplifié par l'écho, réveilla la jeune princesse. Elle mit un certain temps avant de se rappeler pourquoi elle couchait à même le sol, accolé à la jument sur le bas coté d'un sentier escarpé. Malheureusement la mémoire lui revînt en apercevant Clara à qui elle lança un joyeux sourire. Elle ne parvenait pas à croire que la guerre rongeait son pays. Lorsque son père était venu la réveiller, sept jours auparavant, elle avait tout de suite su qu'une chose de grave s'était produite durant la nuit. Jamais une fois dans sa vie, le Roi n'avait pris la peine de se déranger pour réveiller sa fille unique et qu'il le fasse, avait suffi à lui faire comprendre que l'heure était grave. Les discussions étaient de plus en plus sombres, les conseillers se réunissaient de plus en plus, elle savait que le danger était imminent mais elle n'aurait jamais pensé qu'il frapperait si vite. Son père lui avait longuement expliqué qu'elle devait quitter le pays pour parcourir le monde, qu'il était temps pour elle de faire sa propre expérience de la vie et qu'elle devrait pour cela, suivre Clara sans discuter ses ordres. Elle n'était pas dupe mais les adultes ne la croyaient pas capable de comprendre leurs problèmes. C'était tant pis pour eux, elle aurait pu se rendre utile, elle le savait, mais puisqu'on ne voulait pas d'elle, alors elle visiterait le pays comme le Roi son père le lui avait expliqué. Jeanne n'avait jamais quitté l'enceinte du château et tout ce qu'elle connaissait du monde, elle l'avait appris dans les livres. Pourtant elle se l'était imaginé à maintes et maintes reprises, elle en rêvait souvent, surtout depuis le mois dernier. Ces rêves incessants qui la réveillaient toutes les nuits en sursaut dans un lit trempé par sa sueur. Toujours des songes emplis de peur, de tristesse et la plupart du temps, de mort.

Histoire publiée le 02/09/2007 à 21h24.
Thèmes : Destin, Fuite, Guerre, Mort, Princesse

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Commentaires

Avatar de gnrh

Par gnrh le 05/09/2007 à 21h02
En avant vers l'Hypophyse!!!

Marchi beaucoup, ça donne envie de continuer^^. Je vais faire de mon mieux pour la suite.

Avatar de miss-retro

Par miss-retro le 05/09/2007 à 18h05
afin de rétablir la vérité...

Bravo, j'aime beaucoup cette histoire.

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