La pluie de nouilles
Il était une fois, dans un quartier d'Aubaigne, un homme fort affligé par la bêtise de sa femme.
Certes, celle-ci ne le faisait pas exprès, mais les nombreuses bourdes qu'elle commettait faisaient de leur vie un véritable calvaire et menaient même leur ménage à la ruine.
Un jour qu'elle avait dépassé les bornes, il attendit la nuit, et, fou de rage, profita de son sommeil qu'elle avait lourd comme une meule de pierre, pour lui enduire les yeux avec la poix de cordonnier. Ainsi aveuglée, il la conduisit sur le dos de sa mule dans l'arrière-pays.Il la jucha à la cime d'un arbre et tourna les talons, ne voulant plus entendre parler d'elle.
La femme, privée de la vue et en équilibre dangereux sur la branche, allait se lamenter lorsqu'elle entendit du bruit au pied de son arbre. C'étaient deux larrons qui venait de détrousser un riche commerçant d'Aubaigne et qui étaient venus en ce lieu retiré, pour compter leur butin et se réchauffer un peu. La femme comprit vite que ceux qui étaient en bas avaient allumé un grand feu car une chaleur intense montait jusqu'à elle. La poix sur ses yeux se mit alors à fondre.
- Et d'un ! cria-t-elle lorsque son oeil gauche fut libéré.
Les deux brigands se levèrent d'un bond.
- Qu'est-ce que cela peut être ? dit l'un.
- Peut-être un spectre, répondit le second.
Ils n'eurent pas le temps de se rassurer quand la femme s'écria :
- Et de deux ! quand son oeil droit fut débarassé de la couche de colle.
Les bandits, persuadés qu'il avaient affaire à un esprit malfaisant, abandonnèrent le lieu et leurs pièces d'or. La femme descendit de son arbre, et, bien que sotte, ramassa le petit trésor répandu sur le sol et s'en retourna chez elle.
Elle tira son mari du sommeil à grands coups de poing dans la porte. Celui-ci l'envoya d'abord au diable, mais, devant les coups redoublés, il descendit ouvrir.
- Regarde ce que je t'apporte, dit la femme, ravie.
L'homme se demanda s'il n'était pas en train de rêver. Puis, reprenant ses esprits, il s'empara de l'argent et se mit à le compter. Pendant qu'il alignait ses piécettes, il se dit que jamais sa femme ne pourrait tenir sa langue et qu'un jour prochain, il verrait débarquer les gendarmes chez lui.
Il eut alors une drôle d'idée et voici ce qu'il fit.
Tout d'abord, il remercia sa femme avec beaucoup de chaleur et lui dit d'aller se coucher. Il partit dans le petit jour et tira l'épicier de sa couche, pour lui acheter tout son stock de nouilles. Revenu chez lui, il les fit cuire dans la grande marmite puis alla les éparpiller sur tous les arbres de son jardin. Quelques heures plus tard, la femme s'étant éveillée, elle appela son mari :
- Viens voir, il a plu des nouilles cette nuit !
- Tu ne vas pas recommencer à me raconter des sornettes ! s'écria le mari.
- Je ne te raconte pas d'histoires, viens donc voir par toi-même, répondit la femme.
- C'est ma foi vrai, fit semblant de s'étonner l'époux sans scupules, c'est vraiment une étrange chose que cette pluie de nouilles.
Or, comme il l'avait justement pensé, la femme n'attendit pas bien longtemps pour parler de sa trouvaille. Elle prétendit que son mari ne la battait plus depuis qu'elle lui avait ramené un gros sac d'or. La nouvelle parvint aux oreilles du juge qui convoqua le mari, afin de répondre de l'accusation que le notaire détroussé avait porté contre lui.
A la lecture de l'acte d'accusation, celui-ci jura ses grands dieux qu'il n'avait pas l'argent qu'on lui réclamait. Sa femme, qu'on avait citée comme témoin, se récria :
- Comment ? Tu ne te rappelles pas de cet argent ? C'est moi-même qui te l'ai emmené la nuit où j'étais devenue aveugle !
Le mari se contenta de hausser les épaules et reprit sa défense.
- Vous ne pouvez faire confiance à ma femme, elle n'a aucun bon sens et raconte n'importe quoi.
Le juge interogea la femme car cette histoire d'aveuglement le rendait perplexe :
- Pouvez-vous dire précisément quel jour vous avez ramené cet argent à votre époux ?
- Oh, pour ça, c'est bien facile à se rappeler...
C'était le jour de la nuit où il a plu des nouilles, répondit la malheureuse.
- Conduisez-moi cette vieille folle à l'asile, s'écria le juge, outré qu'on puisse lui faire perdre son temps.
Et il acquitta le mari sur-le-champ.
Celui-ci retourna chez lui, et, au bout de quelque temps alla tirer sa femme de l'asile. Avec la fortune qu'elle avait apportée, il n'eut plus besoin de travailler et put s'occuper d'elle. A compter de se jour, elle ne fit plus de bêtises et ils vécurent heureux.
Histoire publiée le 01/09/2007 à 16h23.
Thèmes : Argent, Asile, Bêtise, Couple, Humour, Radinerie, Sottise
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Par catlove le 03/08/2008 à 20h55
Mdr, c'est pas commun comme histoire, j'aime.
De plus, tu écris très bien !
Bravo.
Par linoa1288 le 13/03/2008 à 20h29
I said No to drugs but they just wouldn't listen .
dommage pour le happy ending ...
Par lilnao13 le 25/11/2007 à 16h22
Ainsi est fait...le monde.
lol
Par dmoalunikapollon le 09/10/2007 à 11h53
jador cet femme
Par miss-retro le 05/09/2007 à 18h14
afin de rétablir la vérité...
je ne sais pas quoi dire
Par ptitchaton007 le 05/09/2007 à 17h43
satinette
c'est marrant mais je n'aimerais pas avoir un mari comme ca!
Par milly54 le 03/09/2007 à 11h21
de retour :p
troop fort^^
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