La porte entrouverte
Cette fois, je ne chercherais pas à trouver les mots, je ne pèserais pas ce que je dirais, je ne réfléchirais pas à la façon dont j'écrirais ou dont je disposerais cette lettre. Je n'écrirais pas pour que ma plume plaise, je sortirais mes mots tout droit de mon cœur. Après, à vous de voire si vous aimez ou pas, même si ce n'est pas le but. Je sais que ce n'est pas à cet endroit où il faut que je rédige cette lettre, mais je n'ai personne à qui l'écrire. Enfin, si, mais ces personnes là je ne veux pas qu'elles sachent. Mieux vaut tout dire à des inconnus dont on ne découvrira jamais l'apparence...
Toutes ces idées qui se balancent dans ma tête, toutes ces idées qui se fracassent contre ses bords comme les vagues dispensées par la mer par un orage affreux, toutes ces implacables idées sanglantes, elles ne sont pas venues juste "comme ça", elles ont leur histoire, et ce n'est pas une histoire de "crise d'adolescence" ou je ne sais quoi, elles ont leur véritable source. Mais en fait, il ne faut m'en prendre qu'à moi-même...
Cette toute première blessure, cette toute première overdose, cette toute première crise, c'était suite à ce jour, "le" jour, ou le soir, celui où il a fait ce qui lui a plu avec mon corps. Mais bon, il ne faut en vouloir qu'à moi. Je ne suis pas la seule à le dire de toute façon, j'aurais pu me débattre, j'aurais pu faire plus que ce que j'ai fait... Mais si j'allais mal, c'était à cause de cet "évènement". Si j'ai traversé ces nombreuses overdoses, si ma peau était toujours en sang, si je ne rentrais plus en cours et si je sentais toujours l'alcool, c'était suite à ça.
Ce fut dans cette période où la porte s'ouvrit, cette porte qui séparait le réel de l'irréel, la vie de la mort. La première fois (je sais, j'ai trop répété ce mot), c'était un soir; deux heures et quelques si je me souviens bien. C'était par une nuit d'insomnie. A cet instant précis le hurlement déchirant qui s'était fait entendre me fit bondir le cœur hors de son refuge. J'étais tétanisée par la peur. Il était d'une intensité tellement assourdissante que je failli m'évanouir. Je tremblais, j'avais une peur incontrôlable, j'avais l'impression que quelqu'un me guettait. Alors j'ai ouvert la porte et j'ai couru à grande vitesse vers la chambre de mes parents essayant de retenir mes larmes. (Pas la peine que je développe)
Depuis, plusieurs choses "étranges" se déroulent. Je vois des morts, des fantômes, des cadavres. Tous les gens qui m'entourent, je les vois comme prisonniers décédés. Les pupilles dilatées, trainant des chaines derrière eux, les visages d'une pâleur effrayante. Et plusieurs fois, ils brulent. Un feu ardent les ronge. Chaque fois que je passe quelque part, les regards sont virés sur moi. Toutes les têtes se tournent vers moi, celles des inconnus et des connaissances. Ils me transpercent du regard comme une flèche transperçant un corps. C'était comme s'ils complotaient tous pour m'assassiner, c'était comme un signe, le signe de ma mort. J'avais peur des gens, du feu qui les menaçait, de la mort qui les hantait, et surtout de leurs pensées qui me guettaient. Je croyait en un complot général, et j'y crois, je le sais. Ce n'est quand même pas normal qu'ils me voient tous de cette façon. Et ce n'est pas banal que j'entende ces cris au beau milieu de la nuit, ces cris qui surgissent de nulle part. Ces cris que je ne reconnaitrais jamais, ceux qui disent des choses. Ça commente en hurlant, ça parle en criant. Et si ce n'est comme ça, c'est en chuchotant au fin fond de mes tympans.
Ainsi par une violente rafale de vent la porte s'est entrouverte, laissant une sensation de réel dans l'irréel, ou le contraire. Je n'en sais rien.
J'ai peur, j'ai mal, j'ai tout. Tout est ancré dans mon esprit comme une liste de mots dans un dictionnaire. Je ressens toutes les sensations qui existent et qui n'existent pas. Je ne sais plus, je ne sais pas, je ne saurais jamais. Je suis entièrement perdue dans un abîme d'émotions aussi sinistres qu'un cimetière hanté à l'heure du crépuscule.
La rentrée approche, je ne veux pas voire des gens, je ne veux pas, je ne peux pas, je ne peux pas voire leur visage pâle, je ne veux pas les voire bruler, je ne veux pas les voire couverts de chaines, je ne supporterais pas, et je n'ai pas envie de les voire tous me fixer des yeux comme un assassin guettant sa proie, j'ai peur des gens...
Je suis incapable de tenir, c'est impossible. J'ai peur. J'ai tenu pendant plus d'un mois entier, c'est-à-dire quatre semaines et demi. Toute cette durée sans toucher à mes lames, sans toucher à la drogue, quatre semaines et demi que je souffre de manque et que je résiste, quatre semaines et demi que j'ai envie de m'arracher la peau et que je me griffe pour éviter de me mutiler, quatre semaines et demi... Tout ce temps, j'ai supporté les regards, j'ai fermé les yeux chaque soir, j'ai essayé de me boucher les oreilles pour ne rien entendre. Pourtant, je les entendais, je les ressentais. Et je ne veux pas que la porte s'ouvre plus grand...
Je suis réellement navrée, en fait finalement je sais à qui j'enverrais cette lettre... Mais, non, je n'ai pas envie de lui faire mal. S'il atterrit dessus je n'y pourrais rien et il y verra un peu plus clair, mais je ne veux pas lui faire du mal, je tiens à lui plus qu'à la prunelle de mes yeux.
Tout ça pour dire que je ne pourrais pas continuer ainsi, je ne peux pas. Oui, tout ça à cause d'une porte. Mais tant qu'elle ne se refermera pas je passerais ma vie ainsi, et je veux aussi éviter qu'elle ne s'ouvre plus grand... La meilleur façon pour la verrouiller serait donc d'y enfoncer la clé... La clé qui se trouve juste à quelques pas de moi...
Je suis désolée, vraiment...
Non, ça ne sera pas tout de suite, j'ai encore beaucoup à faire avant, mais ça arrivera, quelques heures, quelques jours, pas plus...
Pardon...
Histoire publiée le 23/08/2010 à 14h07.
Thèmes : Adieu, Cri, Délivrance, Irréel, Lettre, Mort, Pardon, Peur, Pleurs, Poids, Porte, Vie
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Par angelll le 25/08/2010 à 13h32
You raise me up... <3
Je trouve ton histoire vraiment magnifique remplie de sentiments c'est à la fois si triste mais tellement beau et très bien formuler...

ça mérite bien un +5
Comme dit candiies fais pas de conneries hein...
Si tu as besoin de parler je suis là
Par candiies le 25/08/2010 à 12h52
Ta lettre est bien écrite, mais...
Fais pas de conneries, stp...
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