La prostituée au grand coeur
Escorte, fille de joie, pute, biatch, racoleuse, qu'importe le nom que vous attribuez aux femmes qui ont des rapports sexuels contre de l'argent, qu'importe votre regard sur la chose, votre répulsion ou votre absence de compréhension, j'attends nullement de la compassion. J'écris cette histoire pour moi. Par besoin d'exorciser ma souffrance.
Au risque d'en choquer plus d'un ou d'agacer plus d'une, j'avais un boulot avant (dit respectable) mais un boulot ennuyeux et une vie insatisfaite. Chaque jour tué dans l'ennui et l'insatisfaction m'éloignait de mes projets et rêves. Suit le jour où j'ai dû faire face à une difficulté bien plus grande que l'ennui profond et la frustration. Ce même jour, qui m'a poussée à faire ce choix, à vendre ma dignité, à me précipiter dans le néant.
J'ai offert mes charmes à des inconnus, or, pour parler crûment la nature de cette activité est et restera : pute. Et ce, même si je n'étais pas sur un trottoir mais derrière le clavier d'un pc.
En terme de temps, les rendez-vous n'allaient pas au delà d'une heure vu le montant élevé de ma prestation. En somme, la sélection était rapide.
Je me souviens du premier client. Je ne peux occulter la première fois. Comment ne pas se rappeler ce grondement sourd au creux de ma poitrine qui a déchiré tout mon être ? La gêne et la peur qui ont envahit mon corps entier par des tremblements au milieu de son sinistre salon. La répulsion que j'ai éprouvé quand ses mains ont agrippé les courbes de mon corps. L'absence totale de désir. La douleur que j'ai eu lors de la pénétration. La manière dont j'ai simulé le plaisir. Le plafond que j'ai fixé pour ne pas croiser son regard immonde. L'acte médiocre. Sa jouissance fugace.
Il y en a eu d'autres après celui-ci. Des hommes mariés et en couple pour la plupart. Certains dont je comprenais la situation mais dont je ne pouvais m'empêcher de blâmer l'adultère et la tromperie. Car croyez-le ou pas, cette activité a toujours été en opposition avec mes propres valeurs. En aucun temps, elle ne reflétait mon monde, ni la personne que j'étais. J'étais une prostituée au grand cœur.
Je me souviens aussi, de cette double vie que j'ai mené. Les inventions qu'il a fallu sortir pour justifier mes absences. Les mensonges pour préserver mon anonymat et ceux qui remplissaient ma vie. L'instant d'avant, je jouais avec la fille d'une copine et je la câlinais, l'heure suivante, je me retrouvais chez un client à vomir mon mépris de moi même et le désir stérile que j'éprouvais à l'égard du client.
Bien entendu, je me consolais de suite. Je m'offrais du réconfort. Notamment dans les soirées alcoolisées. Je buvais pour noyer mon secret. Oui, j'avais l'argent mais je n'étais pas plus heureuse qu'avant. Juste plus abîmée. Le cœur et le corps souillés.
Lorsque j'étais en rendez-vous, ma sensibilité me quittait.
J'avais toujours de l'appréhension avant chaque rendez-vous. Néanmoins, pendant les rapports, j'étais impassible, détachée. Je ne vivais pas l'acte. Je voyais une femme et un homme. Cette femme me ressemblait physiquement, pourtant, elle n'était pas moi. Je la regardais avec indifférence.
Cependant, tout revenait aussitôt que je quittais le client. La tristesse froide, la répugnance pour ma personne, le désarroi.....
Et puis, je prenais un taxi, j'appelais une copine, on sortait et j'oubliais tout jusqu'au lendemain. C'était facile, l'alcool était un exutoire.
Du moins, c'est ce que je pensais. Je me croyais forte au point de taire mon mal, d'omettre mon activité. C'est certain, je réussissais à faire abstraction devant tout le monde, je me devais de sourire, d'échanger, rire pour ne pas sombrer....J'allais même jusqu'à penser que ma sensibilité était restée intacte....
Or, cela fait quatre mois que j'ai arrêté de me prostituer et la vérité est que je ne contrôle plus mon émotivité depuis. J'ai les nerfs à vif.
Par moments, je suis indifférente aux soucis d'autrui, je m'en fiche royalement. Et même s'il m'arrive encore de pleurer, mes pleurs sont nerveux car si peu de choses depuis me touchent réellement. C'est comme si j'étais vide d'émotions, que je ne ressentais plus rien. Comme si la compassion, l'espoir, l'envie m'avaient quittée.
Ni innocente, ni coupable. Ni dépressive, ni épanouie, je marche dans le trouble. Je ne suis plus là. J'ai cessé d'exister.
Histoire publiée le 24/10/2011 à 18h03.
Thèmes : Coeur, Désordre, Perte, Prostitution
|
| Ajouter aux favoris |
Envoyer à un ami |
Moyenne (5 votes) ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |



Par floriane83 le 15/11/2011 à 20h54
Toute une histoire
J'aime bien ton texte , qu'il retrace ta vie ou non bisous
Par anarchiste le 27/10/2011 à 18h28
Je sais pas si cette histoire est réelle ou pas, mais dans tous les cas: Pourquoi cacher aux autres ce qu'on fait?
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire, inscrivez-vous gratuitement !