Le doute engendre les fausses vérités
Il y a des jours où l'on se rend compte que l'on aurait mieux fait de rester coucher. Voir même de s'étouffer avec l'oreiller. Des jours où, comme ça, on a envie de tuer quelqu'un dés le réveil. Sans vraiment savoir pourquoi.
Moi, je me suis réveillée avec une rage, une haine dont je n'ai pas compris la cause. Pas tout de suite. J'avoue que ça m'a fait peur. J'ai tenté de reprendre le contrôle de moi-même mais ça n'a pas marché. Alors j'ai réfléchi. Pourquoi ? Pourquoi cette colère, cette fureur ? Contre qui ou quoi ? Il me semblait que dans la seconde qui avait précédé mon réveil je savais, j'avais la réponse. Mais les rêves ne sont qu'une vague fumée, qui s'évente quand on ouvre les yeux. Il m'arrivait souvent de me souvenir de mes songes mais celui-là, pour une raison qui m'échappait, s'était effiloché au moment-même où j'avais ouvert les yeux. Je forçai ma mémoire, espérant une image, un résidu de machin, un bout de quelque chose. N'importe quoi susceptible de m'expliquer cette humeur massacrante. En vain.
Découragée, j'entrepris de me préparer un petit déjeuner réparateur : pains au chocolat, thé trop sucré, biscuits beurrés. Une alarme se mit à sonner furieusement au fond de mon crâne : régime ! Régime ! Régime ! Ce à quoi la petite voix de la raison répondit très lucidement : ta gueule, c'est dimanche. Pas faux. Dimanche c'est jour de repos, c'est le jour des kilos. Pas très diététique, ce genre d'idées-là… Et puis zut !
Je m'installai paresseusement devant la télé. Mais les images sur l'écran me semblaient n'avoir aucun sens. Je plongeais dans un état semi-comateux quand une voix stridente me vrilla les tympans :
« Quoi ? Tu m'as trompée ? Mais… Comment as-tu osé ? »
Un mauvais feuilleton. Je m'apprêtais à changer de chaîne quand j'eus un flash. Mon rêve… C'était ça ! J'avais rêvé de mon copain avec une autre fille, dont je n'avais pas vu le visage. Une fille rousse…
Le cœur serré, je courus dans la chambre et fouillai la penderie. Là. Sur la veste de son costume préféré, dans le pli du coude… Un cheveu. Roux, bouclé, très long. Rien à voir avec mes cheveux châtains, courts. Je ne connaissais qu'une personne à qui ce cheveu puisse appartenir. La jeune et jolie voisine de palier. Sentant la violence monter en moi, je crispai les poings en notant qu'il n'était pas rentré de la nuit. Comment avais-je pu être aussi crédule ?
Le message sur le répondeur, bien sûr. Il m'avait prévenue qu'il ne rentrait pas cette nuit. Une pensée sournoise s'insinua dans ma tête : et si, comble d'ironie, il avait appelé de chez elle et non pas de son travail ?
Frénétiquement, je fouillai la chambre à la recherche de son numéro de téléphone du travail. Je le dénichai dans un fond de tiroir, griffonné sur un bout de papier chiffonné. Je le comparai au numéro inscrit sur le sans-fil. Pas le même. Les mains tremblantes, j'attrapai l'annuaire afin de dégotter le numéro de la voisine. Un filet de sueur glacé me fila entre les omoplates. Je frissonnai.
Rien. Cette garce était sur liste rouge, c'était bien ma veine. Il ne me restait plus qu'à rappeler le numéro.
Nerveusement, j'appuyai sur les touches en faisant une pause entre chaque chiffre. Et si… Et si je tombai sur elle ? Que faire ? Lui parler, l'insulter ou raccrocher ?
La première sonnerie retentit à l'autre bout du fil. Deuxième sonnerie. A la troisième, quelqu'un décrocha :
« Allô ? »
Une voix endormie, mais une voix de femme, à n'en pas douter. Je raccrochai brutalement, puis insulta le combiné de tous les noms d'oiseaux de mon vocabulaire.
Au moins ça avait le mérite d'être clair. Si je n'en étais pas sûre, maintenant je ne pouvais plus douter : mon copain me trompait. Avec la salope de l'appartement d'en face.
Etape un : faire comme si je ne savais rien.
Etape deux : acheter de la mort aux rats
Etape trois : inviter la voisine à dîner.
Etape quatre : faire disparaître le corps.
Et bien sûr, il ne faut pas oublier l'étape cinq : fuir la police qui me collera aux fesses.
Meilleur plan : faire mes valises et me tirer. Non. Ca les arrangerait et ça ne me rendrait pas ma dignité. Que faire ? La tuer ? L'étriper ? L'écarteler, la sale garce ? Et lui ? Le torturer ? L'émasculer, ce salaud ?
Trop de questions. Beaucoup trop de questions. Pas l'ombre d'une réponse. Distraitement, je pose les yeux sur la porte de la cuisine. Manger.
Je pèle une orange sans cesser de gamberger. Puis, avisant un couteau, j'ai l'illumination : partir. Partir là où il ne pourra plus me faire de mal. Il viendra à mon enterrement, se séparera d'elle, dégoûté de lui-même. Quant à elle, elle vivra avec le poids de ma mort sur la conscience. L'idéal…
Une lettre. Il faut que j'explique pourquoi je pars, dans quelles conditions.
Apaisée, Je couche quelques mots sur un carré de papier, le plie soigneusement en quatre et le glisse dans une enveloppe. Maintenant, préparons mon départ. Couteau ou lame de rasoir ? Lame de rasoir, ce sera plus rapide. Enfin, je crois.
Avant, en riant, on me demandait comment je souhaitais mourir. Je répondais invariablement : dans ma baignoire. Ainsi en sera-t-il.
Je me laisse glisser dans l'eau chaude avec délice, sachant que c'est la dernière fois. Inspirant un grand coup, je tranche les veines du poignet droit, puis celles du poignet gauche.
Au bout de cinq minutes, constatant que ça ne va pas assez vite, j'essaie de m'attaquer au pli du coude. Mais je ne parviens pas à prendre la lame. J'avais lu ça quelque part : quand on se coupe les veines, il arrive qu'on appuie trop fort et qu'on coupe les tendons en même temps. Pas de bol.
Au moment où je me sens partir, une panique s'insinue en moi. L'instinct de survie sans doute. Affolée, je tente d'arrêter le flot de sang qui colore l'eau du bain. Mais mes mains ne m'obéissent pas.
Et merde. Décidément, aujourd'hui, j'aurais mieux fait de m'étouffer dans mon oreiller. Au lieu de ça, je vais mourir dans ma baignoire.
La dernière chose que je vois, c'est lui. Il entre dans la salle de bain. Me voit. Hurle. Je n'entends plus rien. Tant pis. Il me prend dans ses bras, pleure. Hypocrite. Salaud. Vas retrouver ta rousse, laisse-moi. Aller, dégage.
Tu me dégoûtes.
Il lâche la femme. C'est trop tard. Les larmes l'aveuglent. Tremblant, il prend l'enveloppe à côté de la baignoire, la décachette. La lecture le laisse abasourdi. Elle l'accuse, il ne sait pourquoi, de l'avoir trompée avec la voisine. Puis, il se souvient : hier, la jeune femme l'a appelé parce que la plomberie fuyait. Il a passé une partie de la nuit à essayer d'arrêter l'inondation et a passé l'autre partie dans un hôtel. Il n'est pas rentré, il ne voulait pas réveiller sa copine. Il l'a appelée, se souvient-il. De chez la voisine.
« Oh putain, c'est pas vrai. »
Elle réfléchissait trop, il le lui a toujours dit. Elle réfléchissait beaucoup trop.
Des regrets. Ils n'arrangeront rien.
Que faire ? Que faire…
Histoire publiée le 29/12/2006 à 14h33.
Thèmes : Amour, Doute, Mensonge, Sang, Vérités
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Par krilin123 le 04/09/2007 à 15h25
Mouais... j'en sais rien. Elle ne me plaît qu'a moitiée cette histoire. Ce n'est pas par rapport à ta façon d'ecrire ni sur l'histoire, l'histoire est bien mais c'est plutot le scenario de la fin qui me choque
Elle décide carrément de se suicider !
Elle y va un peu fort je trouve !
Par clotte le 18/04/2007 à 16h53
Plus là !!
Superbe texte

J'ai beaucoup aimé.
La fin était peut-être un peu prévisible mais c'est tellement bien écrit que ça ne gache rien
Par lilnao13 le 14/04/2007 à 19h04
Ainsi est fait...le monde.
Très triste, vraiment émouvant. Ca fait beaucoup réfléchir.
Par milly54 le 02/04/2007 à 19h45
de retour :p
trop joli
Par cissoup70 le 30/12/2006 à 00h50
1° rencontre lexodienne <3
Hum... le suicide est moins on est pas super copain... cependant l'histoire est très bien, mais je me doutais qu'elle avait fait ça pour rien

Bonne fin d'année
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