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Le jour où tout a basculé.

Le soleil brille dans le ciel et réchauffe de ses rayons le cimetière froid et désolé. Je m'assois sur l'herbe fraîche du matin, et je pose un bouquet de fleurs devant les trois tombes alignées devant moi. L'odeur des jonquilles me fait éternuer. J'y suis allergique, ma mère ne cessait de se plaindre car c'était ses fleurs préférées et elle adorait en décorer toute la maison. Elle me manque, mon père et mon petit frère aussi me manquent. J'avais cru qu'après dix ans, ma douleur s'apaiserait. J'avais cru qu'ayant une nouvelle vie avec mon mari et mes enfants, ce souvenir qui me laisse un cuisant sentiment de culpabilité accompagné d'un intense chagrin s'émousserait. Il n'en est rien, car même si au fil des années à venir cette douleur sera moins oppressante, elle sera toujours là, prête à rejaillir au moindre signe de dépression et me faire me souvenir dans les moindres détails ce qui s'est passé avant. Et c'est ce qui m'arrive maintenant.

J'avais dix-sept ans, et ce jour-là, c'était le grand jour. J'allais participer à un concert classique ; mon premier concert. Je joue du violoncelle. Mes parents en étaient fiers. Je dévalai l'escalier menant à l'étage de ma maison en portant mon instrument, pendant que ma mère pressait mon petit frère de se dépêcher. Je montai dans la voiture, mon père m'y attendait. Un moment plus tard, la famille était au complet, et il était grand temps de partir si on ne voulait pas être en retard. Car il pleuvait, et cela pouvait nous ralentir. Me voyant nerveuse, mon père alluma l'autoradio sur la station chanson classique. C'était reposant, et je me laissais aller contre le siège confortable, quand mon regard se posa sur mon poignet nu. J'avais oublié mon bracelet porte-bonheur, celui que m'avait offert mon grand-père. Terrorisée, j'ai harcelé mon père jusqu'à ce qu'il accepte de faire demi-tour, et puis soulagée, je contemplai par la fenêtre le panorama de la forêt qui défilait devant moi, accompagné de ma chanson préférée de Beethoven. C'était parfait. C'était trop parfait. L'instant d'après, sur les notes tragiques de Beethoven, il eut un son de crissement, puis le son des fenêtres qui se brisaient, et finalement le noir.

J'entends un son derrière moi : c'est mon jeune fils. Mon mari est venu me chercher, le temps passe si vite. Comme il est passé vite durant ces mois que j'ai passé à l'hôpital avec seulement un bras et des côtes cassé, ainsi que quelques contusions. Alors que ma famille gisait sous terre, à cause de moi. Je pense surtout à mon petit frère puisque je lui ai volé son avenir, sa vie. Mon fils m'embrasse ; il ressemble beaucoup à son défunt jeune oncle.
Je me lève et rejoins ma famille. Car malgré ma responsabilité dans cet événement tragique, Dieu m'a donné une nouvelle vie. Avant de partir, je lève les yeux vers le ciel bleu dégagé. Je sais que ma famille me regarde de là-haut, et je sais aussi qu'ils veulent que je profite de cette opportunité de vivre, d'avoir un avenir plein de bonheur. Et c'est ce que j'ai l'intention de faire.

Histoire publiée le 26/01/2011 à 12h48.
Thèmes : Accident, Famille, Souvenir, Tristesse

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