Le Roi est mort ( Karwold 4)
Deux hommes marchent sur le pont d'un navire, l'un est blond, jeune. Il a une barbe souple et les cheveux noués en queue de guerrier. Le second est d'un âge plus mûr, sa pilosité est grisonnante, il a un bouc au menton. Le premier parle :
« Papa, pourquoi est-ce toujours nous qui prenons le premier quart ?
- Parce qu'il faut bien quelqu'un pour monter la garde, Marian. Tu sais aussi que les autres ivrognes préfèrent dormir un peu avant.
- Oui, mais bon, ça fait quand même deux mois et…
- Ne discute pas ! Nous sommes de garde, point. »
Le dénommé Marian se retourne et ne parle plus…
J'écris le reste de mon épopée au présent, car c'est à partir de ce jour là que ma vie a changé. Le présent vous permettra de mieux plonger dans l'histoire…
Je marche tranquillement dans les couloirs de l'aile Nord du château, qui est face à l'océan. Deux de mes hommes sont avec moi, les autres étant en train de patrouiller dans le reste du château. Il fait nuit. Au loin, un point orange apparait. C'est sûrement un voyageur. Puis un second apparait, un troisième, et c'est toute une multitude de torches qui illuminent le paysage. Il doit bien y avoir trois milles hommes dans la plaine. Soudain, j'aperçois une épée au clair . Je comprends aussitôt ce qu'il se passe. Je donne un ordre et nous nous précipitons à la cloche d'alarme. Lorsque elle retentit, tous les quartiers des gardes de toutes les ailes du château s'éveillent en même temps et enfilent directement leur armure, ceignent leur épée et prennent leur lance. Ils sont rapides à réagir car cette alarme ne sonne que dans les cas les plus graves. Nous entendons soudain un immense tintement de cloches, qui alerte la population et l'armée, qui se prépare déjà. La bataille qui va suivre sera simple, car en tout, il y a quatre milles hommes armés à l'intérieur des murs. De plus, nos murailles sont assez épaisses, les assaillants auront du mal à les passer. Un cor retentit. Les hommes dans la plaine chargent. D'un coup, l'océan éclate de mille feux. Ce ne sont pas seulement trois milles hommes qui nous attaquent, mais aussi une flotte barbare. Et le port, lui, n'est pas protégé par des murailles. Des catapultes embarquées sur les navires s'activent et font voler en éclat la moitié de notre flotte, mais aussi, les murailles. Ainsi, c'est par plusieurs failles que les barbares se répandent dans notre belle cité. Des flammes embrasent les habitations populaires du quai. Les navires ennemis s'approchent des docks, et grâce à un mécanisme inconnu, des plaques s'abaissent de chaque bateau et permettent aux troupes embarquées de se déverser dans la ville. Un de mes hommes me tire de ma contemplation et me dit qu'il est temps de mériter notre solde. J'acquiesce et ramasse ma lance avant de guider mes hommes, qui sont revenus des autres ailes, dans la bataille.
Arrivés au seuil du palais, nous bifurquons pour aller aider les gardes des portes de la citadelle. Nous arrivons au milieu du fracas des armes et plongeons au cœur de la bataille, les pointes mortelles de nos lances dirigées sur les gorges de nos ennemis. Après plusieurs assauts, tous nos pieux sont brisés et nous dégainons nos épées pour nous jeter ensuite dans la mêlée. Nos lames tranchent des gorges, séparent des têtes de leur support, transpercent le cuir de nos ennemis, et la bataille dure, dure, et les ennemis reviennent toujours. Dès que nous en tuons un, deux viennent le remplacer. Le premier de mes hommes à tomber est Mengroth. Son frère, Mengrath, est pris d'une rage sanguinaire et se jette littéralement sur nos ennemis, ramasse une seconde épée et se transforme en machine à tuer. Il reçoit un carreau d'arbalète dans le ventre, s'écroule, mais se relève et repart, plus déchainé que jamais. Il fallut plusieurs lâches carreaux pour le mettre enfin à terre. Devant les vagues d'ennemis, nous abandonnons les portes aux assaillants. Accompagnés de ce qui reste de la garde , nous nous retranchons dans les quartiers en périphérie du cœur de la cité. Nous retrouvons d'autres hommes et apprenons que toutes les portes sont prises. Nous entendons des cris et de nombreux pas lourds, puis nous voyons, au bout de la rue menant à la place, des barbares arriver, les haches levées. Nous nous mettons en garde et les attendons de pieds fermes. Nos ennemis accourent, s'empalent sur les lances récupérées dans un baraquement proche, refluent et reviennent. Leur vague se brise une seconde fois sur nos pointes, une troisième fois, puis les lances cèdent et les bêtes sanguinaires se jettent sur nous. Nous en éliminons un bon nombre, mais nous perdons aussi beaucoup d'hommes. Galor, l'un de mes soldats, se fait ouvrir le crâne, puis le malade sanguinaire tenant la hache lui remet un coup, au même endroit. Mon ami s'effondre dans un gargouillis horrible, je vais alors me charger personnellement du décérébré qui a fait cela. Je m'approche, feinte sur la gauche, puis évite un coup de hache, et lui enfonce mon épée jusqu'à la garde, entre les yeux. La lame ressort de l'autre côté de la tête et l'imbécile louche pour voir pourquoi il a mal. Il tombe ensuite en arrière, laissant mon épée glisser de son crâne vide. Le combat est de plus en plus terrible et la horde de monstres sans cervelle nous repousse de plus en plus vers le cœur de la cité. Arrivés à la place principale, nous découvrons que de toutes les rues débouchant sur le cœur de la ville sortent des hommes dans la même position que nous. Nous reculons toujours plus, puis, les défenseurs d'une des artères principales lâchent et nous nous retrouvons tous entrainés vers le palais. Ici, les gardes de réserve nous attendent et nous arrivons enfin à repousser les ennemis. Une fois les portes du palais fermées, nous nous jetons dans une contre-attaque meurtrière. De retour au centre de la citadelle, nous repoussons les barbares dans les artères principales. Mais notre avantage tourne, comme une brindille portée par le vent . Les « sans-cervelles » ont reçus des renforts et ont recommencés à nous pousser vers le palais. Jestrag, l'un de mes meilleurs hommes, est renversé par un colosse, et les autres barbares, plus petits, se jettent sur mon compagnon d'arme sans lui laisser le temps d'essayer de se relever, et lui séparent tous les membres de son corps, comme un bûcheron débiterait un arbre. Plusieurs minutes plus tard, nous sommes tous devant les portes du palais, à défendre notre vie. Les archers nous couvrent des meurtrières, mais les barbares ne cessent de revenir. Nous réussissons à faire une percée, puis entendant un ordre crié par le général, nous prenons la fuite. Aucun ennemi ne nous poursuit, quelque flèches sont tirées en l'air, qui nous déciment, tuant, en plus des inconnus nous ayant suivis, Mernac. Nous réussissons à atteindre la sortie de la ville et allons nous réfugier sous le couvert des arbres. Je fais le point. Genwell, Boldrac et Durgin sont indemnes, et Glarthir a une blessure superficielle à la jambe. Nous ne sommes plus que cinq, sur dix.
La nuit tombe, nous décidons de retourner à la ville, en passant par derrière : par là où sont arrivés les monstres sanguinaires. Nous entendons deux voix :
« Mais non papa, je ne veux pas faire de mal à ces femmes. Je veux me battre. Amuse toi avec si tu veux, mais moi je vais tenir le siège du palais avec les autres
- Qu'est-ce que tu es bête, Marian, tu ne sais pas apprécier les choses. Soit, si tu veux te faire tuer, vas-y, mais ne compte pas sur moi pour te donner ma bénédiction. »
Nous entendons des pas s'approchant, et d'autres s'éloignant. Le dénommé Marian passe et péri, la gorge tranchée. J'ordonne à mes hommes d'attendre là et de tuer quiconque n'est pas avec nous. Je pars en courant furtivement dans l'ombre et rattrape le père de Marian. Il est devant plusieurs femmes sans défense et je devine son sourire. Je m'approche discrètement et lui tranche la gorge d'un coup sec. Il tombe lamentablement à terre. Les femmes me regardent en pleurant de joie. Je leur explique un itinéraire pour sortir de la ville et se rendre chez un paysan, un ami, et d'annoncer qu'elles viennent de la part de Karwold. Elles me remercient et partent rapidement. Je retourne là où j'ai laissé mes hommes et les retrouve en larmes. Durgin tient dans ses bras le corps inanimé de Boldrac. Je comprends qu'ils ont été attaqués. J'adresse une courte prière pour notre frère d'armes, puis entraine mes derniers hommes vers le palais. Nous trouvons les portes défoncées, les cadavres de nos troupes et les derniers défendant, qui tombent un à un, pour la vie du roi. Nous sautons sur les barbares et les prenons par surprise. Nous harcelons leurs flancs en nous déplaçant sans cesse, tailladant et tuant tout sur notre passage. Glarthir reçoit un coup de taille et se fait décapiter. Petit à petit, les mal formés cérébraux nous font reculer et font tomber Durgin. Nous détalons et nous cachons. Il ne me restait, sur mes neufs hommes, que Genwell. Nous risquons un coup d'œil et voyons le dernier défenseur de la Raison tomber. Le roi dégaine une épée trois fois plus grande que lui, fait un mouliné et abats dix hommes. Puis, il donne un coup, un seul, et quatre hommes meurent. Un carreau lui transperce la main, il lâche son épée. Deux barbares le saisissent, pendant qu'un autre enfonce deux pieux côte à côte dans le sol. Le roi est décapité, ce qui nous arrache un hoquet de terreur et de douleur, puis sa tête est planté dans un pieu, le reste du corps dans l'autre. Il les aura regardé dans les yeux jusqu'à la fin.
Nous partons en courant, sortons de la ville et nous rendons chez le paysan que j'avais indiqué aux jeunes femmes. Nous les découvrons, nues, mortes. Le fermier est planté dans le mur de sa chaumière, ses entrailles se déversant sur le sol. Les barbares n'ont rien épargné.
Deux jours plus tard, nous arrivons à la ville de Greynian, où nous racontons ce qu'il s'est déroulé à la capitale et aux alentours. La foule, en pleurs, crie : « Le Roi est mort ! »
Histoire publiée le 13/04/2008 à 11h24.
Thèmes : Fantastique, Mort, Sang
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Par amrasanarion le 09/12/2008 à 17h50
Lexode est mort
C'est bon, j'ai tout lu !
C'est une histoire vraiment triste en effet ! Des barbares en large supériorité numérique, attaquant lâchement sur deux front, et qui violent les femmes et n'épargnent pas le moindre fermier... Il n'ont laissé aucune chance au Bien de gagner... Même les héros se sont fait submergés, même le roi...
Par amrasanarion le 03/12/2008 à 23h12
Lexode est mort
Je te mets déjà par avance les 5 étoiles sur 5 !
Je lirais la suite bientôt ! 
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