Le soldat au regard d'audace
Mon amour,
Je m'adresse à toi, en ce magnifique levé de soleil, en ce petit vent matinal qui parcours mon terrain de combat, et qui parcours mon cœur mélancolique, c'est tout ce qu'il me reste de beau depuis que je me suis éclipsé.
Voilà trois ans et six jours que je suis parti affronter les périples de cette guerre qui ne semble trouver aucune fin, je compte les minutes et les secondes à ton absence, je ne sais pas ce que tu deviens, ni même si tu es en vie, je suis presque sur que tu n'as reçu aucune de mes lettres, mais pourtant je t'écrirai jusqu'à mon dernier souffle, jusqu'à ce que mon cœur fasse le choix d'arrêter, jusqu'à ce qu'il soit épuisé pour continuer à se battre.
Mon destin doit-il être comme cela, loin de toi mon amour ? Dois-je finir mes combats pour te retrouver, pour reconstruire ma vie comme si je n'avais jamais vécu la guerre et ses souffrances ?
Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis anéanti de ne pas avoir la possibilité de te toucher, de ne plus entendre ton souffle qui me donnait l'envie de vivre, l'envie d'arriver à bout des écorchures que la vie nous inflige.
Ma princesse, chaque seconde ici, je risque ma vie, je n'ai pas le droit de décrocher souviens toi ! Je suis parti avec une promesse que je t'ai murmuré à l'oreille, et un tendre baiser au coin de tes lèvres qui était peut-être le dernier.
Je suis épuisé, par ces combats chaque jour, épuisé d'être loin de toi, épuisé de voir tous ces gens qui n'ont rien demandé à la vie à terre le cœur sanglant remplit de désespoir, de lire dans les yeux de millier de personne des larmes de haine.
A chacune de mes bouffées de souffle, je vois, je lis dans mes pensées, ton magnifique visage, ton si beau regard qui ne fait pas sourire mes lèvres abimées par la lutte, elles n'ont plus la force, mais qui fait bien sûr sourire mon cœur et qui bat plus vite à chaque fois que tes yeux croisent les miens dans mes rêves.
Tu es la seule chose qui me pousse à continuer ma course, je suis essoufflé, certes, mais je puise ma force dans ton sourire et ta beauté excessive.
Je prends ma plus belle plume chaque jour pour toi mon amour, j'ai besoin d'oublier combien cette guerre m'a meurtri, j'ai besoin d'oublier les assassins qui tueraient presque le sourire aux lèvres que je vois tous les jours dans cette lutte, j'ai besoin que l'on m'accorde silence loin de tout ce qui pourrait me faire penser que la vie n'est faite que pour nous blesser.
J'ai le cœur désespéré, il m'arrive souvent de me demander si tu penses encore à moi, si tu ne m'as pas oublié, où si je ne suis pour toi qu'un lointain souvenir que tu n'aurais jamais voulu avoir.
Je ne trouverai jamais réponse à mes questions car tu n'as répondu à aucune des lettres que je t'ai envoyées.
Parfois, j'essaye de redessiner tes baisers sur mes joues, de me rappeler combien j'avais de la chance de t'avoir, maintenant ce n'est plus moi qui t'ai mais la bataille qui m'a.
Oui, cette bataille qui devient de plus en plus difficile chaque jour, je me dois de mitrailler des centaine de personnes sans laisser paraître aucune pitié, pour ne pas me faire mitrailler à mon tour, je me dois d'éviter tout ce qui pourrait ressemblait à des sentiments, ou montrer que j'ai un cœur et non pas une pierre, je dois juste me contenter de voir un paysage rempli de corps qui ne donnent aucun signe de vie, et qui représentent la haine, la colère, le mépris, je ne suis pas parti pour gagner qu'un combat, chaque jour est une bataille ici, heureusement que j'ai vécu en temps qu'homme avant cette guerre, car sinon je ne ressemblerai plus à ce qui pourrait paraître d'un humain, je ne représenterai qu'un monstre, le combat a fait de moi quelqu'un de méchant, je me sens impuissant face à tout ce sang, toute ces bombes, qui fusent de tous les côtés !
La guerre ne laisse aucun répit, chaque fois que j'ouvre les yeux j'ai déjà hâte que la nuit tombe pour compenser ma fatigue par un court moment de sommeil.
Je t'écris de mes mains écorchées et usées par les combats, c'est un vrai calvaire chaque jour de vivre ici, se laver devient un confort, manger à ma faim n'est plus qu'un lointain souvenir, les conditions de vie ne sont que dérisoires, j'aurais beau crier ma haine de vivre comme cela, personne ne m'écouterait, sauf ma feuille qui auparavant était blanche, elle n'est maintenant que vieillie par le temps avec quelques gouttes de sang qui n'est même pas le mien.
Je n'ai qu'une dizaine de minutes par jour de temps libre et je le consacre à t'écrire, pour t'écrire une lettre comme celle ci, il me faut plus d'une semaine et je regrette de ne pas avoir plus de temps, le reste est destiné à risquer ma vie.
Je vis dans la peur à chaque instant, au temps même où je t'écris, je peux quitter le monde à n'importe quel moment.
Je n'arrive pas à croire, que moi, homme que j'étais auparavant, je suis arrivé à m'habituer à voir ces horreurs, j'ai beau contourner ces corps sanglants, ces armes meurtrières, ces bombes, j'essaie d'éloigner mon regard de tout cela, je n'y arrive pas, j'en suis entouré, j'ai beau fuir, ces images sont gravées en moi comme si j'étais en train de les photographier.
Je ne peux pas dire que je suis l'homme le plus balafré de cette guerre, car beaucoup ont perdu la vie avant moi, une jambe ou un bras, j'ai été épargné, je n'ai eu que quelque blessures qui ne semblent que bénignes pour une guerre.
Dans ce défi plus dur chaque jour, il nous faut avoir quelqu'un sur qui compter, quelqu'un qui nous aide à ne plus voir les tourments de la lutte, ce quelqu'un pour moi, c'est Frédéric, le frère que je n'ai jamais eu, un vrai gaillard qui ne lâche rien, il a 32 ans tout comme moi, il est à mes yeux tout ce qui représente le courage, je suis même persuadé qu'il m'en a fait don car avant de me lier avec lui, je n'étais qu'un faible.
Mon amour, mes dix minutes d'aujourd'hui s'écoulent petit à petit, je finis ma lettre sur celle de ce jour car les jours qui suivent je ne pourrais même pas rajouter quelques lignes, je pars en mission loin de mon camp.
Je vais devoir repartir dans quelques secondes au combat, pour relayer mes amis de bataille, qui eux aussi vont prendre les quelques minutes de repos qui leur sont destinées.
Dans cette bataille, tu me fais avancer, même si je me bats contre mon gré je te garderai dans mes pensées pour l'éternité, Je t'aimerai à jamais, la guerre ne pourra m'en empêcher.
Charles
Mademoiselle,
En ce temps triste, je vous écris pour vous faire part de ma colère, de ma nostalgie, de devoir vous annoncer le décès de Charles.
Je ne comprends pas, comment, lui, homme audacieux qui en voulait à la vie, a t-il pu se faire gagner par elle ? Je ne pense trouver aucune réponse, mais je me battrai pour lui, je combattrai en son honneur.
Cela fait déjà 3 semaines qu'il nous a quittés lors de la mission que nous avions, loin du camp.
Une longue marche, un long chemin à parcourir, des millions de personnes le corps charcuté, des milliers de soldats, des centaines de femmes désespérées, des dizaines de regards attristés et une grenade qui lui est atterri dessus qui l'a littéralement enlevé à la vie, je l'ai vu de mes propres yeux, je suis arrivé trop tard, voilà c'était fini, il n'était plus là, il ne restait que son âme de battant.
J'ai tenté désespérément de l'appeler pour qu'il nous revienne même si je savais qu'au fond c'était impossible, j'ai crié ma haine, j'ai appelé, j'ai cassé, j'ai tué, j'ai vu, j'ai su, je n'arrivai plus, la seule chose qu'on a su me dire c'est : « Fred, c'est fini, il ne reviendra pas, partons, nous n'avons plus le temps » voilà sur quoi Charles nous a quitté.
Je m'en veux de ne pas avoir été là, pourtant je n'étais pas si loin, juste à quelque mètres, qui étaient des mètres de trop.
Je m'adresse à vous mademoiselle, pour vous conter sa mort, car vous êtes tout ce qu'il me reste pour lui rendre hommage.
Je sais que vous ne recevez surement pas les lettres que nous vous envoyons, mais pourtant j'ai besoin de vous dire tout cela, je lisais dans les yeux de Charles combien il vous aimait, j'ai besoin de m'adresser à quelqu'un qui comptait pour lui.
Il passait son temps libre à vous écrire, j'ai voulu le relayer car maintenant il ne peut plus, je pense que tel aurait était son souhait.
Je veux que l'on se souvienne de Charles comme d'un homme vaillant, je veux qu'il soit aux yeux du monde un héros.
Frédéric
Histoire publiée le 21/12/2010 à 15h05.
Thèmes : Amour, Audace, Courage, Désespoir, Front, Guerre, Haine, Soldat, Tristesse
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Par mag34 le 14/01/2011 à 19h02
Il guette mon cou pour y planter sa haine...
je suis amoureuse de cette lettre, magnifique, c'est l'une des plus belles choses que j'ai eu la chance de lire, un tissu d'images et de mots, qui est parfaitement mené, un talent incroyable
BRAVO je suis fan
Par angelll le 28/12/2010 à 16h36
You raise me up... <3
Sublime vraiment là je sais pas quoi dire à part sublime!
Par dead-rose le 23/12/2010 à 10h39
Magnifique...
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