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Le taxi brousse

C'est vêtu de blanc que je suis arrivé à la gare, alors que le soleil baillait encore et peinait à sortir de
sa tanière.

Petit à petit le tohu-bohu venait à la vie sous les poussées de cohorte de vendeurs et de voyageurs.
Je reconnus le taxi brousse par ses couleurs bigarrées et me dirigeai vers lui comme hypnotisé par celles ci; c'est alors qu'un klaxon me fit sortir de cette torpeur matinale qui m'enveloppait toujours. Une voiture uxueuse comme on en voit pas tout les jours et dont la beauté contrastait avec le lieu s'avança. Un homme égamment vêtu en sortit ; l'autre, qui conduisait se précipita prendre un ticket au guichet. Apres l'avoir imité je m'assis sur un vieux banc et regardait la voiture qui sortait de la gare sous le regard parfois envieux, parfois aigris des badauds.
Une femme m'interpella, me demanda de lui compléter son argent afin qu'elle puisse se prendre un ticket.Elle me parlait en patois et avait un bébé au dos c'est peut être ce qui me fis fléchir;je ne sais pas trop.
Il était l'heure et il fallait partir. En montant je ne put m'empêcher de jeter un coup d'oeil sur le taxi brousse, une véritable épave affaiblie par des années de service et des kilomètres de route non bitumées, une brouette à moteur et je pensais : "Tiendra t'il la route ?" .Comme attiré par mon regard inquiet, le chauffeur me dit en souriant :" Pas avoir peur, camion très fort ".A l'intérieur je me retrouvai assis entre deux personnes, à ma droite l'homme de la Mercedes élégamment vêtu d'un costume que la poussière du trajet se fera un plaisir de massacrer, à ma gauche la femme au bébé accoutrée d'haillons si malpropres que la poussière n'osera pas s'y attaquer de peur de se salir.
Me voilà entre deux réalités sociales si éloignées et pourtant ils étaient à quelques centimètres l'un de l'autre. Proximité géographique et distance sociale ; Quelle problématique ! Pensai-je.
Le taxi brousse démarra, pas sans qu'on l'eût poussé sur une cinquantaine de mètres. Le voyage commença, il fut interminable. J'avais essayé à plusieurs reprises de sortir mon bouquin mais les secousses répétitives m'en dissuadaient ; de plus la poussière commençait à me donner mal aux yeux.Après de longues heures de route, nous fîmes escale dans un petit village. Le véhicule fut assailli par les vendeuses présentant leurs marchandises.
Je regardais l'une d'entre elles : elle était jeune, belle, aux formes purement africaines. Ni les flocons de poussières qui tapissaient son corps et ni les rayons ardus du soleil n'avaient réussi à jalousement camoufler sa grande beauté. " Si belle malgré sa pauvreté, qu'aurait t';elle été si elle avait pu fréquenter les salons de beauté de la capitale" pensai-je. Je l'appelai et lui achetai quatre oranges, je sais pas trop pourquoi je le fis, je n'avais pas faim, peut être était-ce pour la voir de plus près, pour la contempler, ou peut être pour la remercier d'être aussi belle.
Le véhicule repartit laissant derrière lui les habiles vendeuses qui avaient réussi à faire ouvrir à chaque passager son porte-monnaie : de véritables commerçantes bien qu'elles n'aient pas fait HEC. Le voyage continua sur cette route qui serpentait et s'engouffrait dans la brousse pour ressortir plus loin. Le crépuscule guettait, la nuit vint. La brousse était calme à part quelques cris d'animaux et le bruit du moteur du taxi brousse qui déchirait le calme comme ses phares l'obscurité qui tentait de l'envelopper. Tous dormaient a bord sauf le chauffeur, infatigable vieillard qui connaissait la piste comme sa poche, que je rejoignis réveillé par une secousse. Devant moi un homme grand qui, je m'en souviens encore, bagarrait à la gare pour ne pas qu'on lui abîmât son colis, dormait maintenant. A coté de moi, le bébé de la femme, agrippé
au sein de sa mère, dormait aussi. Même le guerrier le plus infatigable et l'enfant le plus insupportable finissent par s'incliner devant le sommeil.C'est a l'aube naissante que nous arrivâmes à destination. En descendant je regardai une dernière fois cette épave qui nous avait transportés et m'exclamai : " Il a tenu la route !". Je me dirigeai vers la sortie de la gare en pensant : " Il a su dompter la route cette fois mais qu'adviendra t'il le jour ou elle sera plus féroce ?"

C'est vêtu de jaune poussière que j'ai quitté la gare alors que le soleil baillait encore et peinait à sortir de sa tanière.

Histoire publiée le 23/01/2007 à 20h41.
Thèmes : Afrique, Réalité, Voyage

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