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Le vaisseau fantôme (partie IV)

Nous repartîmes très tôt. Les hommes avaient protesté mais cette fois je demeurai intransigeant. Je ne voulais pas rester un jour de plus, la mer me manquait. Ils ne protestèrent, pas longtemps cependant , l'appel de la mer se faisant sentir pour eux aussi. Le vent était bon, j'avais l'impression qu'un Dieu inconnu veillait sur nous, il est rare d'avoir autant de chance pendant une traversée et le début de la deuxième. J'avais le sentiment que cela était trop beau pour durer, la suite me prouva que j'avais raison. La première partie du voyage se déroula de la même façon que la première traversée, les mêmes rituels immuables. Le salut, le pas des marins, la cuisine, le vent, le ciel et les étoiles... Une seule fois le vent se leva violemment, sans que je puisse le prévoir. Une des voiles se déchira. J'envoyai des marins dans les drisses et y allai moi-même. Je déteste faire prendre des risques à quelqu'un sans les partager. Il n'y eu pas de morts. Nous détachâmes la voile, l'enroulâmes puis redescendîmes prudemment. Elle fut réparée rapidement et remise en place le lendemain quand la tempête se fut calmée. La traversé fut plus calme après. Il eut une rixe un instant mais elle tourna court d'elle même. Le mousse tomba malade, je le soignai dans ma cabine, il se rétablit vite. Je descendais souvent voir notre précieuse cargaison, il aurait suffit d'un rat qui perce un sac pour que tout se répande, se mêlant à la poussière du sol, et tout était perdu. Je décidai de diminuer légèrement les rations du chat du bord pour qu'il guette plus attentivement sans toutefois le rendre famélique et le laisser à jeun.

Je le surpris une fois, une souris dans la bouche, mais il venait de la cuisine, pas de la cale. Je crois que c'était d'ailleurs le seul rongeur du bord, nos chat étant un chasseur hors pair, je suspecte qu'aucun d'entre eux n'ai l'idée saugrenue de monter. Sans doute celle-ci devait avoir un problème d'intelligence... Le soir, il m'arrivait souvent de monter sur le pont et de regarder les étoiles, me laissant bercer par la douceur qu'elles dégagent, par la sensation de paix intérieure qu'elles procurent. Jusqu'à là, tout se passa très bien.

Nous étions arrivés près de l'équateur quand le brouillard tomba. Incompréhensible en cette saison et dans cette latitude. La mer était lisse comme un miroir, il n'y avait pas souffle de vent mais du bastingage je ne pouvais pas même voir l'écume blanche qui entourait le bateau. Nous restâmes coincé là dedans une semaine. Tout le monde avait les nerfs à vif, et je dois dire que moi aussi. Tout les sons était étouffés comme si l'on nous avait mis un tampon d'ouate serré dans les oreilles, il faisait nuit en plein jour et nous n'avancions pas. Tout semblait fantasmagorique, on avait l'impression de voir passer des ombres. Une nuit que nous étions assemblé sur le pont, allongés nous crûmes entrevoir une masse sombre passer furtivement près de nous mais j'eus beau souffler de toute mes forces dans ma corne de brume, personne ne répondit. Un grand malaise s'empara de nous. Pour ma part je n'étais pas vraiment touché, ne croyant pas à toute ces superstitions mais j'entendais parler autour de moi du Hollandais volant, du Capitaine Van der Decken qui avait été damné. L'histoire raconte qu'en effet celui-ci subissait la plus forte tempête que jamais un marin n'avait vécu il injuria Dieu car le bateau était sur le point de sombrer et qu'il fut condamné à errer éternellement dans les limbes et sur les flots, n'étant ni mort ni vivant et avec lui son équipage. Chaque fois que l'on apercevait le bateau, on était frappé de mort car il était chargé d'emmener avec lui les âmes des marins morts et celle de ceux qui allait mourir. On dit aussi qu'il s'agit du Capitaine Barent Fokke, qui connu pour son mauvais caractère avait passé un pacte avec le diable pour rendre son navire le plus rapide du monde. Il finissait évidement damné, pour ne pas trop changer et subissait le même destin que le premier. Seul l'amour pure d'une jeune femme, prête à se sacrifier pour eux pouvait les sauver. Mais tout ceci n'est que superstition et je n'y crois guère. Je dois cependant avouer que je faillis y croire moi-même, tellement l'atmosphère était étrange. Nous étions dans une étrange disposition d'esprit, les nerfs échauffés, prêt à croire à tout.

C'est pourquoi nul ne fut très surprit quand quelques nuits après un grand cri angoissé monta du dehors. Nous nous précipitâmes dehors pour voir la chose la plus étrange qu'il m'a jamais été donné de voir. Je crois que une restâmes tous figé sur place avant d'aller lentement nous accouder au bastingage. La brume s'était ouverte, mais pas naturellement, non, plutôt comme si une main énorme l'avait tiré de chaque coté, comme on ouvre un rideau. Il faisait affreusement froid, comme si l'haleine de la mort passa sur nos corps et les dépouillait de toute chair, ne nous laissant que des squelettes dansant, des os qui s'entrechoquait, ce qui était d'ailleurs le cas, nous claquions des dents. Nous scrutâmes de tout nos yeux le morceau d'horizon qui s'offrait à nous puis, peu à peu nous vîmes une masse sombre et compact qui avançait lentement vers nous.

Histoire publiée le 29/06/2007 à 22h07.
Thèmes : Aventure, Etrange, Mer, Réflexion

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